Ce qui s’est passé à Berlin est loin d’être anodin. Pendant que nous postions un article sur la piraterie et son rôle dans les sociétés à travers les âges,  le « Piratenpartei », ou Parti Pirate, récoltait à Berlin 8,9% des suffrages. Un parti 100% issu de la culture white hat plaçant la transparence des systèmes politiques au coeur de leur programme. 15 députés pirates (sur 130 au total) entrent aujourd’hui au parlement de Berlin. L’image est surréaliste.

Des trentenaires chevelus et barbus, sac à dos et basket, qui circulent tout sourire au milieu d’hommes politiques guindés dans un décor plus que sérieux.

Au delà de l’image qui ne peut laisser indifférent, cette entrée fracassante en politique du jeune parti pirate symbolise l’entrée en politique d’une nouvelle classe, jusqu’alors non représentée par les partis traditionnels; classe que l’on désigne souvent par l’appellation « créatif culturel » (bien que ce parti pirate représente la frange bien geek de ce mouvement).  Impossible en voyant ces images de ne pas faire le lien avec Wikileaks et son rôle dans la reconstruction de l’Islande. Impossible de ne pas penser aux mouvement indignés qui traduisent une désillusion des jeunes face aux pouvoirs politiques traditionnels. Ces nouveaux visages qui bousculent les conventions sont porteurs de promesses pour tous ceux qui réfléchissent aujourd’hui sur de nouvelles façons d’appréhender la politique. Leur apport sera essentiel. Les problématiques de transparence des pratiques politiques, d’ouverture des données publiques (open data), d’implication des citoyens dans les processus décisionnels sont essentielles. Il suffit de regarder les débats de l’assemblée nationale et les mesures adoptées dans le domaine de l’internet pour se rendre compte de la méconnaissance totale de ces sujets par la classe politique.

Il est essentiel de se rendre compte que ces nouveaux élus l’ont été par la masse et à peu de frais  (40 000 euros de frais pour la campagne contre 1,7 million pour le SPD). Il ne s’agit pas comme en France d’un CNN (Conseil National du Numérique) où les sphère dirigeantes nomment des membres. Il s’agit de membres élus. A leur échelle, ils illustrent déjà leurs convictions. Les reportages les montrent, après leur élection, dialoguant via leur ordinateur avec les sympathisants du mouvement.

Une certaine vision de l’écologie

Les rapports qu’ils entretiennent avec les verts sont également emblématiques du mouvement. S’ils partagent un certain nombre de convictions avec ces derniers, ils leur reprochent leur côté propret et rangé. Encore l’une des caractéristiques de cette frange de la population, convaincue par la cause écologique, mais mal à l’aise avec ses représentants politiques. C’est au sein de cette population que se développe notamment les mouvement de consommation collaborative. Ces systèmes, se basant sur l’accès aux biens plutôt que sur leur propriété, ont un impact écologique considérable et sont aujourd’hui regardés de près par les mouvements verts pour la réponse efficace à des problématiques complexes qu’ils proposent. Pourtant les acteurs de la consommation collaborative se revendiquent rarement comme issus directement de l’écologie. Ils mettent en avant le lien social et les économies qu’ils permettent de réaliser au même titre que la réduction de l’impact écologique. Ils intègrent les problématiques écolos dans leur ADN et dans leur mode de fonctionnement sans le brandir comme un étendard castrateur ou comme un argument marketing.

Bref, cette entrée fracassante du parti pirate dans la vie politique berlinoise est bien loin d’être anecdotique. Pour sûr, elle fera des petits.

Elle illustre l’émergence d’une politisation dans son sens noble d’une grosse partie de la population, désabusée par les partis traditionnels, confiants dans les logiques d’intelligence collective et avide de transparence.

Je me réjouis personnellement de voir cette bien chère Berlin, encore une fois, proposer au monde une vision différente de voir et de faire les choses.  Affaire à suivre.

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Eric

4 thoughts on “Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour les pirates

  1. Apo amok on 24 septembre 2011 at 5 h 39 min Répondre

    Peut on voir la gueule de ces barbus a l’assemblee?

    1. Eric on 26 septembre 2011 at 10 h 00 min Répondre

      Bien sur cher Apo : en voilà un exemple http://www.youtube.com/watch?v=BcS3tPrU9kE

  2. Emile Pennes on 26 septembre 2011 at 0 h 49 min Répondre

    Ce phénomène est loin d’être anodin: le parti des pirates suédois avait fait plus de 7% en 2009 ce qui leur avait permis d’obtenir un député européen !

    Il faut voir si le mouvement arrive néanmoins à ne pas se faire phagocyter… Le député pirate européen fait par exemple parti du groupe des verts / alliance libre européenne ce qui, à mon sens, atténue la rupture et la portée d’un tel mouvement.

    1. Eric on 26 septembre 2011 at 9 h 59 min Répondre

      Je suis d’accord avec toi mais c’est assez délicat. Ce succès n’est pas sans rappeller celui des verts de Joschka Fischer il y a 30 ans. Force est de constater qu’ils se sont bien assagis. Mais force est aussi de constater qu’ils ont fait bouger les lignes. Il est possible que le mouvement dans le temps se fasse un peu phagocyter, mais pas mal de choses dans l’ADN du mouvement semble tout de même prévu pour éviter ces effets (notamment le tirage au sort et l’amateurisme politique, piliers de la démocratie athénienne).

      Du reste, il est pour moi évident que leur apport sur les sujets attrayants à l’informatique et l’internet sera déterminant et essentiel. Les gouvernements ont besoin de ces compétences ! Comme je le dit à la fin de l’article, affaire a suivre 🙂

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