freelance

La Civilisation Freelance

L’émergence des freelances bouscule les discours tout faits d’un bout à l’autre du champ politique. Il n’est ni vrai patron, ni salarié. Le mouvement échappe aux cases traditionnelles : est-il une nouvelle forme de précarisation ou un affranchissement ?

Assistons-nous à l’émergence d’une sorte de conscience de classe dans le monde des freelances ? A un sentiment commun de partager, au delà du spectre très diversifié de professions et de talents, un destin, des objectifs et des conditions de vie ? Personne ne peut y répondre et c’est d’ailleurs une bonne nouvelle. Cela signifie que l’histoire n’est pas écrite. C’est donc à nous de le faire !

Continue Reading
work means victory

La fin de la société du Travail ?

Il y a des mots que l’on charge de sens comme des vieilles bourriques jusqu’à se qu’ils deviennent incapables de ne plus rien transporter. Le travail est l’un de ces mots mâchés, ruminé au fil des crises et des interventions politiques. L’accès du plus grand nombre à un travail, n’importe lequel, est souvent présenté comme le sésame suprême vers la transcendance terrestre, et ressemble de plus en plus aux objectifs abscons mais sacralisés de certains régimes soviétiques. La crispation autour de l’Emploi nous empêche de poser un regard neuf sur le sens du travail.

Continue Reading
kropotkine

« L’Entraide » comme facteur de l’évolution

Une soirée d’hiver au tout début de XXème siècle, Monsieur Z. se promène dans la rue au banlieue de Budapest, quand quelque chose attire son attention. C’est un livre qui porte le titre en allemand « Fürst Peter Kropotkin. Gegenseitige Hilfe in der Tier- und Menschenwelt« . Il secoue la neige et apporte ce livre chez lui. A côté de la cheminée il l’ouvre au hasard et lit un passage suivant: « Il en est de même de l’observation du capitaine Stansbury pendant son voyage vers Utah ; il vit un pélican aveuglé nourri, et bien nourri, par d’autres pélicans qui lui apportaient des poissons d’une distance de quarante-cinq kilomètres ». Quelqu’un frappe à sa porte…

Continue Reading

Des Espaces et des Idées

Je me suis souvent demandé pourquoi certains espaces, certaines villes ou certains territoires ont vu naitre tant d’idées nouvelles ou d’innovations en tous genres. Pourquoi certaines entreprises ont été, ou sont encore des terreaux à idées tandis que d’autres apparaissent incapables de proposer de véritables nouveautés? On pense à Athènes, cette cité si petite par sa taille mais dont la fécondité fut absolument stupéfiante à tous les niveaux (philosophiques, politiques, religieux, scientifiques …) au point qu’elle irrigue encore notre époque.

Continue Reading

Peut-on vraiment « vendre » de la production intellectuelle ?

Il n’y a rien de plus utile que l’eau, mais elle ne peut presque rien acheter ; à peine y a-t-il moyen de rien avoir en échange. Un diamant, au contraire, n’a presque aucune valeur quant à l’usage, mais on trouvera fréquemment à l’échanger contre une très grande quantité d’autres marchandises.

Adam Smith

Le diamant liquéfié

Au moyen âge, le livre se vend comme un diamant, c’est un objet rare, difficile à produire et à distribuer. Il s’échange à des prix très élevés et reste la propriété des classes fortunées. Il est conservé précieusement dans des bibliothèques et fait la fierté de ses possesseurs.

Au XXIème siècle, la connaissance se déverse à torrents dans les canaux numériques. Elle est devenue un flux que l’on recueille sur ses timelines Facebook ou Twitter et que l’on souhaite partager le plus largement possible. A l’heure de l’économie de la connaissance, elle est devenue une denrée aussi utile que l’eau, et comme l’eau, son prix est devenu très faible. La presse écrite par exemple, n’en finit pas de voir son chiffre d’affaires diminuer et se retrouve de plus en plus dépendante d’une assistance respiratoire publique ou privée (ce qui nuit évidemment au principe d’indépendance de la presse).

Nous vivons à une époque où la valeur d’usage de la production intellectuelle n’a jamais été aussi élevée, et dans le même temps, sa valeur d’échange n’a jamais été aussi faible.

Comment comprendre, comment interpréter ce phénomène paradoxal ? Pourquoi l’information, la connaissance, la production intellectuelle ne trouve plus actuellement de moyen viable de se vendre ? Et comment trouver d’autres modèles pour les secteurs de la production intellectuelle ?

Les idées ne s’échangent pas comme des marchandises

Qu’entend t’on par production intellectuelle ? Composer une chanson, c’est de la production intellectuelle. L’interpréter durant un concert, en revanche, n’en est pas,  c’est une prestation, un service.

Un article de presse, un roman, l’écriture et la mise en scène d’une pièce de théâtre, la composition musicale sont autant d’exemples de production intellectuelle. Une création architecturale ou la recette originale de Coca-Cola sont également des productions intellectuelles. Bref, il s’agit de toute création originale dont la valeur ajoutée réside dans l’idée plus que dans l’application directe.

Le modèle actuel d’échange de la production intellectuelle repose sur les théories classiques qui ont d’abord été élaborées pour les biens industriels. Le problème, c’est que la production intellectuelle et la production industrielle n’obéissent pas aux mêmes lois en ce qui concerne l’échange et la distribution.

Les conditions de l’échange marchand

Si l’on revient aux conditions de l’échange marchand, on s’aperçoit que pour qu’un échange soit possible il faut 3 conditions:

  • D’abord, il ne doit porter que sur des objets, des choses extérieures aux individus, des choses qui relèvent de l’avoir et non de l’être. Un état affectif par exemple ne s’échange pas ; impossible d’acheter du bonheur à un homme heureux pour soulager une dépression !
  • Ensuite, il faut, pour que l’échange ait lieu, une symétrie entre un manque et un excédent ; « c’est parce qu’il y a une égalité de tous dans le manque et parce que, en même temps, tous ne manquent pas de la même chose qu’il peut y avoir échange.» nous signale Frédéric Laupiès dans un petit bouquin intitulé Leçon philosophique sur l’échange.
  • Enfin, il faut pouvoir être en mesure de réaliser une équivalence entre les objets échangés. Cette équivalence se réalise notamment par la monnaie qui permet de « rendre les objets  égaux », de pouvoir les estimer et les comparer entre eux.

Essayons de voir si les conditions de l’échange marchand sont remplies pour les productions intellectuelles.

L’idée toute nue

Lorsqu’un auteur fait imprimer un ouvrage ou représenter une pièce, il les livre au public, qui s’en empare quand ils sont bons, qui les lit, qui les apprend, qui les répète, qui s’en pénètre et qui en fait sa propriété.
Le Chapelier

 

On dit que l’on « possède » une connaissance. Comme un objet, on peut l’acquérir, la transmettre… On pourrait croire qu’elle est donc un simple avoir immatériel mais elle est aussi un élément constitutif de l’être. On ne peut choisir de s’en séparer délibérément et, plus important encore, on ne la perd pas en la transmettant à d’autres (au contraire). Lorsque l’on vend un marteau, on perd la possession et l’usage du bien. Mais lorsque l’on transmet une connaissance, on ne s’en dépossède pas.

Jusqu’à présent, on était parvenu à vendre de la production intellectuelle parce que celle-ci devait encore passer par un support physique. Avant Internet, un essai dépendait d’un support papier, un album de musique dépendait d’une cassette, d’un CD etc.

Le business model de la production intellectuelle reposait en fait sur la confusion entre l’objet et le sens porté par cet objet. L’objet était acquis et valorisé en temps que symbole. On peut vendre un symbole car il est la matérialisation d’une idée porteuse de sens. Lorsque l’on achète des fringues de marque, on n’achète pas seulement un produit fonctionnel, mais on achète aussi le « sens » porté par la marque.

Ainsi, lorsqu’elle avait encore un contenant physique, l’idée pouvait être vendue dans son emballage symbolique mais, avec la dématérialisation totale qu’a permis le numérique, on peut désormais distribuer l’idée toute nue.

Mais peut-on vendre une idée nue lorsque l’on sait que sa diffusion ne prive personne et qu’on contraire, elle valorise socialement celui qui l’émet ?

L’impossibilité de rémunérer les contributeurs

On ne crée rien ex-nihilo. En dehors du secteur primaire, toute production s’appuie sur création antérieure mais pouvons-nous toujours identifier les sources de nos créations ? Le fabricant de voitures a payé ses fournisseurs en amont qui eux-même ont dû régler leurs partenaires. De cette manière, tous les contributeurs de la chaîne de valeur ont été rémunérés. Mais si je vendais ce billet, me faudrait-il en reverser une part à ma maitresse de CP qui m’a appris à écrire ? Aux auteurs des liens que je cite ? A tous ceux qui m’ont inspiré d’une manière ou d’une autre ? Aux inventeurs de la langue française ?

Ce sont des millions de personnes qui ont en réalité façonné cet article, et qui mériteraient rétribution. Mais il serait impossible de dénouer l’inextricable enchevêtrement d’intervenants qui sont entrés dans ce processus de création. Du reste, il serait assez déprimant de tenter de chiffrer l’apport de chacun…

Il y’a donc une injustice fondamentale à vendre à son seul profit, quelque chose qui a en réalité été produite par des communautés entières…

Est-ce cela qui fit dire à Picasso que les bons artistes copient et que les grands artistes volent ?

greatArtist

L’impossible estimation des prix

La dernière condition de l’échange marchand est la possibilité d’estimer la valeur d’une production et d’introduire une équivalence entre les produits.

Déterminer un prix et introduire une équivalence monétaire entre les produits est une tâche déjà compliquée dans le cas d’un produit industriel. Elle a souvent été la cause de clashs entre économistes. Devons-nous valoriser les produits au travail incorporé dans leur fabrication ? Le prix n’est-il que le résultat d’une offre et d’une demande ? dans quelle mesure depend-il de la rareté ?

Néanmoins, pour les produits industriels, certains critères objectifs peuvent faciliter la tâche. Un marteau par exemple est un bien standardisé et utilitaire qui ne pose pas d’insurmontables difficultés. Entre deux marteaux, nous pouvons plus ou moins estimer la qualité sur des critères objectifs (matériaux utilisés, montage plus ou moins solide), les fonctionnalités de chaque produit (taille et surface de la masse, arrache-clou ou non…) et fixer un prix minimum qui couvre les coûts de production.

Mais si je décidais de vendre cet article, sur quels critères établir son prix ? Sur le temps que j’y ai consacré ? Cela n’aurait aucun sens … Sur sa qualité ? Mais comment la mesurer ? En comparant les prix de vente d’un article similaire ? Mais sur quels critères le comparer ? A minima, si j’avais un support matériel, un magazine papier par exemple, je pourrais à la limite fixer un prix et trouver une sorte de business model. Mais ce billet n’est qu’un assemblage de pixels, un simple petit courant électrique sans réalité physique …

N’étant pas véritablement un avoir, ne fonctionnant pas sur le schéma manque/excédent et ne pouvant être estimée sur des bases suffisamment solides, on voit que la production intellectuelle ne saurait être soumise aux même lois d’échanges que celles qui prévalent sur le marché des biens et des services traditionnels.

II) Comment valoriser la production intellectuelle ?

Si vous êtes parvenu jusqu’à ces lignes et que vous aspirez à vivre du fruit de vos œuvres intellectuelles, artistiques ou culturelles, tout ceci pourrait vous paraître un peu décourageant.

Nous parvenons à un point où l’on commence à réaliser qu’il n’y a plus vraiment de rétribution matérielle solide pour les productions intellectuelles.

Mais ne désespérons point ! Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de formes de rétribution à la production intellectuelle ! Il existe d’autres manières d’être rétribué pour son travail, en voici quelques exemples :

  • retribution en visibilité
  • rétribution en réputation
  • retribution en confiance
  • retribution en connaissances
  • retribution en relations
  • retribution en amour-propre

Certes, cela ne fait directement gagner de l’argent mais ces rétributions peuvent rapidement se transformer en apports matériels. Sans vouloir nécessairement chercher un « effet de levier » systématique entre l’activité de production intellectuelle, les répercutions du travail de production intellectuelle rejailliront sur vos activités complémentaires et pourront indirectement vous permettre de vivre mieux.

Un musicien par exemple, ne peut plus se contenter de créer des chansons, il doit monter sur scène. Et l’on observe qu’avec la diffusion plus large, plus rapide et beaucoup moins couteuse que permettent les nouveaux médias, les recettes générées par les concerts à travers le monde atteignent des niveaux exceptionnels.

On remarque aussi que certains artistes amateurs ayant réussi à se faire remarquer pour leurs créations ont pu trouver grâce à leur notoriété et au soutien d’un public, de quoi vivre de leurs créations. L’humoriste Jon lajoie a commencé sa « carrière » en diffusant gratuitement des vidéos sur Youtube et remplit désormais des salles entières.

En somme, ce qui devient difficile, c’est de  vivre uniquement  de ses oeuvres intellectuelles et de les vendre pour elles-même.

Je me souviens d’un excellent article lu sur OWNI.  Guillaume Henchoz, un journaliste semi bénévole qui exerce d’autres activités rémunérées par ailleurs, comparait sa condition à celle d’un moine en défendant l’idée que « l’on peut pratiquer le journalisme comme un art monastique et bénévole, en parallèle -et non en marge- d’une activité salariée. »

Ora et Labora (prie et travaille), c’est la devise des moines bénédictins. Une devise qui pourrait bien convenir aux acteurs de la production intellectuelle à l’heure numérique. Les moines n’attendent pas de rémunération matérielle pour leurs efforts spirituels.

Ils récoltent des fruits de leur travail physique, de quoi subvenir à leurs besoins physiques et espèrent obtenir des fruits de leur travail spirituel et intellectuel de quoi nourrir les besoins de leurs esprits.

Ora et Labora

L’économie du partage face au modèle économique dominant

Il faut parfois savoir revenir aux fondamentaux. Particulièrement dans les périodes de crises structurelles comme celles que nous traversons aujourd’hui et qui remettent directement en cause les bases mêmes de nos économies. Nous ne pourrons pas comprendre ce que signifie économie du partage si l’on ne se demande pas d’abord ce que le mot « économie » veut vraiment dire. Je m’en tiendrai à la définition de Wikipédia qui me paraît être assez juste et inspirante :

L’économie est l’activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l’échange et la consommation de biens et de services.

Si l’on s’intéresse aux modifications structurelles que l’on doit apporter à nos économies, il faut se poser des questions telles que :

  • Comment produit-t-on ? Existe-t-il d’autres façons de produire ?
  • De quelles manières sont distribués les biens et services produits ? N’existe-t-il pas d’autres voies ?
  • Pourquoi et comment les agents économiques échangent-t-ils entre eux ? Pourrait-il en être autrement ?
  • Quelle est notre manière de consommer ? Est-t-elle optimale ?

Je me suis demandé si nous pouvions comparer point par point le modèle économique dominant issu des théories classiques avec l’économie du Partage, modèle émergeant et prometteur mais qui doit encore prouver sa validité. Le graphique ci-dessus est le résultat de cet exercice. Ce qui suit explicite et détaille les differences entre les deux modèles.

1-Production

Dans le système économique dominant la production est planifiée, organisée et structurée par des agents économiques clairement identifiés; les entreprises, s’organisant de plus souvent de manière hiérarchisée et  pyramidale. Les producteurs cherchent à augmenter leur compétitivité au moyen d’économies d’échelles rendues possibles par la standardisation et la division du travail. On pense à la manufacture d’épingles d’Adam Smith. Les biens et les services produits par les entreprises sont protégés par des brevets et des licences qui leur garantissent l’exclusivité sur leurs productions et qui sont censées valoriser les innovations qu’elles ont crées et portées de l’idée jusqu’au produit.

Dans l’économie du Partage, il n’est pas toujours évident de distinguer clairement un acteur unique qui accompagne le produit de la conception à la vente. Tel produit peut avoir été dessiné par un anonyme, mis en ligne gratuitement et de manière ouverte par ce dernier, exploité par un autre à des fins commerciales et diffusé ensuite de manière virale par la communauté internet. OWNI a récemment publié un article sur l’incroyable dissémination d’une simple photo mise en ligne sur FlickR et qui s’est retrouvée imprimée à des milliers d’exemplaires sur des tee-shirts, des couvertures d’albums ou même des tatouages… Le processus de création s’est considérablement ouvert. Dès lors, on comprend aisément, que les règles légales liées à la propriété intellectuelle et à la responsabilité du producteur volent en éclats. La création et l’innovation en open source opèrent de manière organique. Chacun est libre de rajouter une pierre à la somme existante, la cohérence de l’édifice est assurée par des plateformes intelligentes et des mécanismes de filtrages organiques capable de faire émerger les créations à plus forte valeur ajoutée. Wikipédia en est un exemple frappant.

Mais si le processus de création Open Source est d’abord né sur Internet et concerne avant tout la production intellectuelle et culturelle, il commence à se répandre aux biens concrets. Il existe déjà des moyens de participer à la construction d’une voiture conçue en open source comme il est possible de fabriquer soit-même des engins agricoles à des prix très nettement en dessous de ceux du marché en suivant les plans d’un agriculteur très collaboratif.

2-Distribution

Dans le système économique dominant, la distribution s’organise selon un modèle « top-down », de l’usine du producteur à la poche du consommateur en passant par une série d’intermédiaires; grossistes, semi-grossistes, détaillants … Par conséquent, les circuits de distribution sont longs et souvent peu écologiques. Des pièces conçues aux USA vont être fabriquées en Chine et en Indonésie, assemblées en Roumanie pour être consommées en France.

Les producteurs; un relativement faible nombre d’entreprises s’adressent à la multitude des consommateurs isolés les uns des autres. C’est un schéma few-to-many.

Dans l’économie du Partage, le nombre d’intermédiaire tend à diminuer considérablement. Les nouveaux moyens d’information et de communication ont permis l’instauration d’un dialogue « many-to-many » tel que l’avait prophétisé Isaac Asimov. Le développement de modes de distribution plus horizontaux – tel que le Peer-to-Peer – est une conséquence de ce phénomène mais il est loin d’être isolé et n’est pas cantonné à l’échange de produits dématérialisés; Ebay, Craigslist, AirBnB, Couchsurfing ou Supermarmitte sont autant d’exemples de plateformes de distribution fonctionnant selon un schéma many-to-many. Les produits agricoles ne sont pas en reste; des initiatives comme les AMAP et La Ruche qui dit Oui visent à raccourcir les circuits de distribution en garantissant des prix avantageux pour les producteurs sans pénaliser les consommateurs.

3-Echange

Dans le système économique dominant, les échanges sont caractérisés par une recherche permanente d’équivalence, on attend pour chaque produit fourni, pour chaque service rendu, une contrepartie immédiate d’un niveau égal à la prestation. Pour réaliser l’équivalence et faciliter la mesure de la contrepartie, on fait appel à la monnaie comme intermédiaire des échanges. L’économie classique a permis de multiplier les échanges entre individus n’ayant pas forcément confiance les uns envers les autres dès lors que la rétribution apportée pouvait être jugée fiable et solide. Elle a permis aux échanges de quitter la sphère locale et d’offrir un cadre mondial aux échanges commerciaux. Pour cela elle s’est appuyée sur des monnaies (solides et stables) et sur des lois contractuelles (pouvant palier aux déficiences).

Dans l’économie du Partage, l’équivalence immédiate n’est pas toujours recherchée. Sous de nombreux aspects, les comportements d’échange qui se retrouvent dans l’économie du partage ressemblent à la « Logique don et contre don« .  Loin d’être un système naïf issu de l’idéalisme de certains exaltés, ce mode de transaction a pu être remis en service grâce aux avancées numériques. Internet nous montre en temps réel les bienfaits et les bénéfices mutuels que nous pouvons retirer de la logique « don et contre don » et donne une visibilité à ceux qui adoptent ce comportement. Sur CouchSurfing par exemple, si j’ai accueilli de nombreux membres et qu’ils m’ont laissé des commentaires positifs, je serais considéré comme un partenaire digne de confiance et il me sera nettement plus facile de trouver de bonnes conditions d’accueil lors de mon prochain déplacement. La toile, en offrant une visibilité aux contributeurs de bonne volonté est ainsi constituée de millions de communautés qui fonctionnent sur ces principes collaboratifs.

Or, là où les communautés apparaissent, là où les membres peuvent se faire confiance et compter l’un sur l’autre, le rôle de la monnaie et des lois diminue. C’est un phénomène auquel nous pourrons nous attendre dans les prochaines années, particulièrement en ces périodes troublées où la confiance dans notre système monétaire est ébranlée.

4-Consommation

Dans le système économique dominant historiquement conçu à une époque où les ressources étaient rares et où les moyens de communication restaient limités, les notions de possession et de consommation se confondaient bien souvent; avant de consommer, il fallait posséder. Comme il était difficile de faire correspondre les besoins ponctuels avec les ressources permettant d’y répondre, il était nécessaire d’avoir autour de soit tout ce qu’il faut pour faire face aux éventualités.

Dans l’économie du Partage, l’âge de l’accès annoncé par Jérémie Rifkin il y a une dizaine d’années est  en passe de devenir une réalité tangible. « D’ici à 25 ans, l’idée même de propriété paraîtra singulièrement limitée, voire complètement démodée » annonçait-il. « C’est de l’accès plus que de la propriété que dépendra désormais notre statut social. » Le développement de la mobilité partagée est une illustration de ce phénomène. L’accès prime sur la possession. Voici sans doute LE concept clé sur lequel repose la consommation collaborative. Ainsi, lorsque l’on sait qu’une voiture fonctionne en moyenne une heure par jour, ne serait-il pas plus efficace, moins couteux et plus intelligent d’en répartir l’usage entre plusieurs individus qui auraient besoin d’un véhicule à des moments différents ? Le développement phénoménal des moyens de communication, permettant à chacun d’interagir avec chacun de n’importe où et d’une manière instantanée rend possible cette meilleure allocation des ressources. C’est peut-être là que reposent les principaux gisements de progrès pour nos économies.

David et Goliath

Transformer une communauté en mouvement ; la méthode Harvey Milk

Ce billet est une traduction de l’article d’Alex Hillman initialement publié sur DangerouslyAwsome.
Alors que le concept de communauté prend de plus en plus de place dans la vie sociale et le business, il m’a parut intéressant d’en proposer une traduction française :

My Name is Harvey Milk and I’m here to recruit you

Voilà son cri de guerre. Ce weekend, je me suis posé pour regarder Milk, un documentaire sur la vie d’Harvey Milk, premier homme politique américain ouvertement gay. Le travail d’Harvey Milk pour les droits des homosexuels est intéressant en soit. Je n’entrerai pas dans le détail mais je vous recommande chaudement ce film. Ce qui m’intéresse ici, c’est la stratégie qu’utilise Harvey Milk pour inspirer, motiver, organiser et mobiliser une communauté et la faire passer à l’action. Je suis convaincu que cette dynamique en quatre temps, avec itération, est une technique particulièrement puissante et qui mérite réflexion.

1 – Inspirez

La première action que va entreprendre Milk est modeste; il s’agit simplement de sortir de l’ombre.  Dans le contexte de l’époque, aller de l’avant sur le sujet de l’homosexualité était en soit une source d’inspiration. Lors de son parcours, il perdit de nombreuses élections, mais sa ténacité et son combat attiraient un nombre croissant de militants au fil des années. Tous n’étaient pas également impliqués dans le mouvement et n’avaient pas la même expérience. Anne Kronenberg, qui deviendra l’organisatrice en chef du mouvement, avait déjà à son actif plusieurs campagnes électorales alors que d’autres comme Cleve Jones n’en avaient pas. Harvey a pourtant su reconnaitre son potentiel et  savait quand et comment permettre à Cleve d’exprimer son talent. Milk ne faisait aucune discrimination;

Lorsque vous organisez une communauté, la première chose à faire, c’est de ne pas rester seul. Inspirez votre entourage et gagnez une masse critique. Puis identifier du sang neuf qui continuera à recruter et à répandre le message.

2 – Motivez

Dès lors que vous avez atteint une taille critique, que vous vous êtes entourés de partenaires actifs et passionnés, ne vous reposez pas sur vos lauriers. Osez, surprenez. Dans le film, on voit Harvey mener une manifestation de milliers de résidents gays du quartier de Castro à San Fransisco la nuit où le conté de Dade vota l’expulsion des enseignants homosexuels des écoles. Il a su canaliser l’énergie des manifestants au bord de l’émeute par son discours et son charisme. C’est bien cet évènement qui a permit à Milk de provoquer une réaction en chaîne et de convaincre les supporters potentiels de devenir des supporters effectifs du mouvement.

En tant qu’organisateur de communauté, votre deuxième étape est de montrer à votre groupe les moyens d’actions et de leur donner la possibilité de les mettre eux-même en oeuvre. Chaque membre doit pouvoir regarder ce que vous faites et se dire « je peux le faire également ». Et vous bien sûr, devez leur répondre « bien sûr que tu peux le faire ».

3-Organisez

C’est dans ce domaine qu’Harvey s’illustra tout particulièrement; lorsque ses choix devinrent tactiques, il su s’appuyer sur les relations qu’il avaient nouées. Milk maitrisait l’art de la délégation. Il connaissait ses meilleurs disciples et savait à quel moment et comment compter sur eux. Lorsque vous organisez quelque chose, pensez à décomposer vos objectifs et les tâches à accomplir en « petits morceaux », en sous-objectifs compréhensibles et atteignables, puis répartissez ces tâches parmi vos partisans.

En faisant en sorte que vos objectifs soient clairs et réalisables, vous créez des situations dans lesquelles vos membres ont une chance de réussir. Une fois qu’il auront connu le goût de la victoire, ils auront encore plus faim d’autres victoires et reviendront prêts et plus expérimentés pour retrouver d’autres combats.

« Mais s’ils échouent ? » Pas grave. Comme les tâches ont été fragmentées, il échoueront sans nuire au mouvement et en tireront des leçons. Mais le plus important est que d’autres apprendront également de cet échec.

En tant qu’organisateur de communautés, votre troisième étape est d’organiser, mais pas de micro-gérer. Sachez déléguer et récompenser le succès par de nouveaux objectifs plus ambitieux. Sachez aussi voir en l’échec le gain d’expérience. Il y a souvent plus à apprendre de l’échec que du succès.

4-Mobilisez

C’est beaucoup plus simple que ce que l’on croit, surtout si vous avez suivi les étapes précédentes.

Vous avez déjà un groupe de personne rassemblées autour d’une vision commune, vous avez des gens inspirés et inspirants. Vous avez su diviser vos objectifs de manière à créer des situations propices à la victoire (et peu sensibles à l’échec). Maintenant, vous pouvez y aller. Mobilisez c’est transformer vos plans en action. Choisissez une cible de référence et faites en sorte que chacun puisse s’y focaliser en même temps. Chacun doit regarder vers le même objectif et appuyer sur la gâchette au même instant.

En tant qu’organisateur de communauté, votre quatrième étape est de repérer votre cible, de la fixer et de tirer lorsque vous serez prêt.

5-Recommencer

Quand vous pensez avoir fini, ne vous arrêtez pas; c’est l’occasion de commencer un nouveau cycle. A chaque fois que vous recommencez un cycle, son impact sera toujours plus grand que le précédent. Vous avez avec vous plus de gens capables d’inspirer, de motiver, d’organiser et de mobiliser. Chaque action déployée entraine davantage d’actions que vous pourrez déployer. Les communautés grandissent jusqu’à un point de rupture et continuent de grandir sous d’autres formes. C’est ainsi qu’elles fonctionnent et c’est une bonne chose.

En tant qu’organisateur de communauté, votre dernière étape est de ne jamais avoir de dernière étape. Recommencez.

 

 

Vies et morts des communautés

Comment les espaces de coworking peuvent être à l’origine de nouvelles communautés ? Comment peuvent-ils leur permettre de se fédérer et de s’organiser plus efficacement ? Voilà des questions centrales pour les Mutins car – on ne le dira jamais assez – le succès d’un espace de coworking dépend avant tout de sa capacité à faire naitre, à rassembler et à faire croitre une communauté. Pour cela, il faut d’abord essayer de comprendre ce qu’est exactement une communauté. Comment elle nait, comment elle s’organise et comment elle peut disparaître…

Un patrimoine commun

la découverte de l’origine étymologique du mot communauté m’a mis en joie ; le mot vient du latin cum numus, c’est un groupe de personnes ; cum qui partagent quelque chose ; numus, un bien, une ressource ou au contraire une obligation, une dette… Ainsi, le partage serait à l’origine de la constitution des communautés… C’est beau ! Et cela rejoint une idée mutine avancée lors d’un article précédent ; l’échange, le don et le lien social.

Romulus et Rémus

Naissance des communautés

Mais quels peuvent être ces patrimoines communs ou ces dépendances à un même élément, capables de fonder de nouvelles communautés ?

Un territoire ou un lieu commun

D’abord, il peut s’agir d’un territoire ou d’un lieu fréquenté régulièrement par plusieurs individus. A force de s’y retrouver, des liens pourront se créer ce qui pourra donner naissance à une communauté de lieu. Les relations qui naissent sur les lieux de travail, dans les écoles ou les villages peuvent donner naissance à ce genre de communauté.

Des ressources partagées

La mise en commun des ressources est un facteur majeur de création de communautés. Que ce soit un puits où chacun vient s’abreuver, une usine ou une maison familiale, le fait de partager et de dépendre de certaines ressources favorise la création de lien social.

Une langue commune

La langue est aussi un patrimoine commun, partagé de manière indivisible par telle ou telle population. Par conséquent, elle permet d’être la base d’une communauté. La communauté des partisans de l’esperanto est un exemple de la fondation d’une communauté par la langue.

Une mémoire, une histoire commune

L’appartenance à un passé commun, réel, romancé ou fantasmé est un facteur d’unité et un moyen de rassembler les hommes. Dans l’antiquité, la création d’un passé mythique a joué un rôle important dans la constitution d’une identité grecque, juive ou romaine. Sous la IIIème république, les figures de héros nationaux tels que Vercingétorix ou Jeanne d’Arc ont été mises en avant pour renforcer l’unité nationale.

Des connaissances et des techniques partagées

Les cercles de penseurs, les communautés scientifiques, les corporations de métiers sont autant d’exemples de communautés constituées autour de savoirs ou de techniques partagées.

Des valeurs, centres d’intérêt ou idéaux communs

Enfin, certaines communautés sont constituées autour de valeurs, de centres d’intérêt ou d’idéaux communs. les communautés religieuses, les familles politiques ou encore les clubs de sport appartiennent à cette catégorie.

En pratique, les communautés s’imbriquent les unes dans les autres. Les communautés qui naissent au sein d’une entreprise par exemple, peuvent être à la fois communautés de lieu, de ressources, de connaissances, d’histoire et de valeurs. Les communautés les plus solides sont celles capables de réunir un maximum de patrimoine commun. Il existe toutefois un risque inhérent au fait de partager un trop grand patrimoine commun, celui de tomber dans une sorte de consanguinité culturelle, de se refermer, et de sombrer dans le communautarisme… Pour éviter cela, les communautés les plus complètes doivent veiller à rester ouvertes et réceptives à d’autres influences.

Comment peut naitre une communauté dans un espace de coworking ? En partageant le même lieu, les mêmes ressources, en mettant en commun leurs idées et leurs compétences, les coworkers multiplient les occasions de fonder de nouvelles communautés.

L’âge adulte

La communauté s’oppose à la société et à l’association en ce qu’elle est formée indépendamment de la volonté de ses membres et qu’ils ne décident pas de leur implication.

Une communauté n’est pas nécessairement un groupe opérationnel, elle peut exister d’elle-même, sans que ses membres en soient réellement conscients. Elle peut exister sans projet nettement formalisé ni leader établi.

Il arrive toutefois que la communauté finisse par prendre conscience d’elle-même et décide de s’organiser. C’est là, sans doute, le véritable acte de naissance d’une société. En me renseignant sur le sujet, je suis tombé sur Ferdinand Tönnies, sociologue et philosophe. Lisez plutôt : « Tönnies explique, à travers les notions de volonté organique (Wesenwille) et celle de volonté réfléchie (Kürwille), le passage de l’individu de la communauté (Gemeinschaft) vers la société (Gesellschaft). Pour lui, la volonté organique est à l’origine de la forme de vie sociale communautaire. Elle est une spécificité du comportement des individus vivant en communauté, caractérisée par l’attachement, l’affection qu’a l’individu, envers sa famille, son village, ceux qui y habitent et les pratiques coutumières et religieuses y existant. La forme sociale sociétale est, quant à elle, le produit de la volonté réfléchie, c’est-à-dire qu’elle est issue de la pensée humaine. »

Une société, c’est donc d’abord une communauté qui a pris conscience d’elle-même et qui a décidé de s’organiser.

Cette prise de conscience peut survenir de plusieurs manières :

  • La communauté entre en contact, (pacifiquement ou non) avec une force extérieure et réalise par là même qu’elle existe.
  • Un ou plusieurs leaders parviennent à faire prendre conscience de l’unité de la communauté et/ou à proposer un projet collectif.
  • De nouveaux outils, de nouvelles techniques ou de nouveaux moyens de communication font prendre conscience de l’existence de communautés jusqu’à lors dispersées.

Le Mahatmah Cette prise de conscience est sans doute en train de se réaliser sur Internet. Le développement de nouvelles fonctionnalités web permettant de rassembler et d’organiser des communautés diffuses (réseaux sociaux, P2P…). La découverte de la puissance de la culture numérique et de sa capacité à influer le cours des évènements (Wikileaks, Anonymous) et le sentiment d’agression perçu par les communautés numériques (répression numérique en Tunisie, Egypte, Iran, chine, lois Hadopi…) sont peut-être en train de transformer les communautés en ligne en sociétés en ligne.

Comment les espaces de coworking peuvent permettre de fédérer, de renforcer et d’organiser les communautés existantes ? Comment peuvent-il transformer les communautés en micro-sociétés ? Internet a vu naitre un nombre impressionnant de communautés qui n’avaient pas de lieux physiques pour se rassembler et s’organiser. Les espaces de coworking peuvent remédier à cela ; ils permettent aux micro-sociétés en puissance de se réunir, d’y organiser des évènements ou encore de s’y former pour être plus efficace dans leurs actions collectives.

La mort des communautés

Lorsqu’une communauté perd le patrimoine commun qui fait son unité, elle perd du même coup sa raison d’être.

Une communauté n’a plus lieu d’être si elle n’a plus rien à partager.

Je vois 3 causes de mortalité principales pour une communauté :

  • le patrimoine commun disparait : Suite à un changement technologique, culturel, politique ou idéologique, l’élément commun qui faisait l’unité de la communauté disparait. Ce patrimoine peut également disparaitre en cas de dispersion géographique d’une communauté ou en cas de disparition d’une ressource partagée. L’exode rural donne un bon exemple de la destruction de communautés. En quelques années, les communautés rurales unies autour d’un lieu (village), d’une ressource commune (la terre) d’un métier (agriculture), d’une mémoire commune voire d’une langue ou d’un patois local ont été délocalisées, dispersées et finalement assimilées. Elles ont laissé la place à de nouvelles communautés plus urbaines, plus industrielles…
  • le patrimoine commun est confisqué : Il peut arriver, lorsque la communauté a commencé à s’organiser, que le patrimoine commun soit confisqué par une ou plusieurs personnes éminentes qui auraient été tentées de confondre « gestion » du patrimoine commun avec « appropriation » du patrimoine… l’histoire fourmille d’illustrations : idées religieuses et valeurs morales confisquées par un clergé, hommes d’Etat véreux ayant tendance à confondre les caisses de l’Etat avec les leurs, historiens malhonnêtes réécrivant l’histoire… Or si le patrimoine autrefois partagé par tous est confisqué par quelques-uns, le bien commun devient bien privé et la communauté disparait.
  • la communauté n’a plus de raison d’être : Cette dernière cause de mortalité représente en quelque sorte la belle mort des communautés, celle qui survient lorsque la communauté a atteint une taille critique ou une maturité suffisante. La communauté perd alors son pouvoir fédérateur et sa vitalité, elle n’est plus un vecteur identitaire assez fort pour l’individu. Elle se scinde alors en plusieurs sous-communautés plus vivaces qui, partant d’une base commune, y ajoutent des éléments propres et créent une nouvelle dynamique.

En revanche, une société peut survivre à la communauté dont elle était issue. De la même manière qu’un récif de corail continue de garder sa structure longtemps après que ses micro-organismes soient morts, les structures sociales peuvent perdurer un temps mais elle perdent alors leur vitalité, deviennent rigides, cassantes et finissent par s’effriter progressivement…

Tableau récapitulatif :

communautés et sociétés

Coworking : 5 atouts français

Individualisme, conservatisme, aversion au risque, culte du secret professionnel, voilà quelques-uns des traits de caractère pas très sympathiques souvent attribués aux français quand il s’agit de business… Des caractéristiques pas franchement compatibles avec le coworking, d’autant plus que notre mère patrie est encore à la traine dans ce domaine si nous la comparons à ses voisins européens. Pourtant, la France dispose de plusieurs atouts précieux qui nous laissent penser qu’elle pourrait elle aussi devenir une terre d’accueil pour les espaces de coworking. En voici quelques-uns.

1) Des précédents historiques

Avant même que le concept de coworking n’émerge véritablement, la France fut un temps un pays pionnier pour les communautés créatives.

De puissantes communautés ont commencé à se former en France pendant le siècle des lumières dans les cafés et les salons de certaines personnalités ( comme le café Procope ou l’hôtel de madame de Lambert). Des esprits éclairés s’y rassemblaient fréquemment pour échanger et débattre autour des idées progressistes de l’époque. A la veille des révolutions de 1848, les cercles de libres penseurs apparaissent en France et se fédèrent progressivement jusqu’à la veille de la Commune de Paris. Ces communautés intellectuelles, philosophiques et politiques se rassemblaient régulièrement pour échanger des idées et pour faire évoluer la société. Dans le même temps, on voit se multiplier les ateliers d’artistes où se recréent des espaces communautaires proche de l’esprit de la bohême. Pour tous ces artistes, l’atelier représentait l’espace de la gestation des œuvres. Lieu réel, il est aussi celui dans lequel se construit l’identité fantasmée de l’artiste, philanthrope et prométhéen. Enfin, l’atelier est l’espace de la sociabilité artistique. Ces ancêtres du coworking, nés sur nos bonnes terres de Gaule ne sont-ils pas des exemples encourageants pour les prochaines générations ?

Atelier d'artistes

2) Une protection sociale qui permet de tester ses projets en limitant les risques

Le très haut niveau de protection sociale dont nous pouvons bénéficier est un atout pour le coworking français ; il offre une sécurité financière à ceux qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure risquée de la création d’entreprise ou travailler à leur compte.

En d’autres termes, notre protection sociale nous permet de tester un projet sans prendre des risques financiers excessifs.

Assedics, RSA, prêts d’honneur et aides diverses permettent de tenir financièrement pendant la période de vaches maigres que traversent bien souvent les freelances et les entrepreneurs au début de leur parcours. Si vous tombez malade, vous n’aurez pas à revendre votre ordi ou mettre votre appart en hypothèque pour vous payer des soins, vous serez soignés quasi gratuitement ce qui est loin d’être le cas partout. Relativisez donc votre risque. Les espaces de coworking sont les endroits parfaits pour tester un concept dans les meilleures conditions sans prendre de risque financier excessif.

3) Un tissu urbain favorable

La plupart des agglomérations françaises ont un tissu urbain très dense, organisé en étoile autour d’un centre-ville agréable et stratégique car bien relié par les transports en commun et autres vélib’, bien équipé et offrant une visibilité importante aux entreprises. Malheureusement, ces centres sont coûteux ce qui oblige bien souvent les petites structures à s’installer dans la périphérie lointaine et ce qui force parfois les indépendants à travailler à domicile.

Le coworking s’avère idéal, pour bénéficier des avantages d’une implantation centrale sans en subir les contraintes budgetaires.

4) Un tissu de TPE dense et dynamique mais éclaté

On compte en France 1,25 millions d’entreprises unipersonnelles ce qui représente près de 50% du total des entreprises françaises !

Poussé par la crise économique et boosté par la création du statut d’auto entrepreneur, le niveau de création d’entreprise atteint des records. Pourtant, ces entrepreneurs et ces nouveaux freelances (qui partagent de nombreuses problématiques communes) ne parviennent pas à s’unir ou se fédérer. Les centres d’affaires et les pépinières ne sont pas toujours des solutions adaptées puisqu’ils demandent des investissements plus important, qu’ils sont moins flexibles qu’ils ne résolvent pas totalement le manque d’interaction qui affecte souvent les indépendants.

La création du statut d’auto entrepreneurs est en train de modifier progressivement le paysage français du monde du travail. De nombreuses personnes, anciennement rattachées à une structure d’entreprise ont pu (ou ont dû) prendre leur indépendance et ont quitté les structures d’entreprise traditionnelles. Où sont ces travailleurs aujourd’hui ? Chez eux probablement, et sans doute en train de réaliser qu’il n’est pas forcément évident de bosser en freelance… Dans ce contexte, le coworking serait une solution adaptée pour cette population croissante d’indépendants.

5) Un lien social à reconstruire.

La France est à la recherche d’un nouveau lien social. Nos structures sociales sont sorties salement amochées du XXème siècle. Résultat; un civisme qui laisse souvent à désirer, un individualisme encore dominant et une défiance importante entre les citoyens. Le contrat qui liait l’entreprise aux salariés a lui aussi du plomb dans l’aile. Utiliser les jeunes comme variable d’ajustement et outil de diminution de coûts (et non plus en vue d’embaucher) est devenu monnaie courante pour beaucoup de grandes entreprises françaises. La crise économique renforce le besoin d’entraide et de solidarité entre les citoyens.

Si le coworking parvient à montrer sa capacité à recréer du lien social, il est fort probable qu’il soit plébiscité par les français.

Liberté, égalité, fraternité ou la mort

 

Etes-vous prêts pour la Théocratie Numérique ?

« Infinies sont les différences particulières des mœurs et des lois entre les hommes; mais on peut les résumer ainsi : les uns ont confié à des monarchies, d’autres à des oligarchies, d’autres encore au peuple le pouvoir politique. Notre législateur n’a arrêté ses regards sur aucun de ces gouvernements ; il a – si l’on peut faire cette violence à la langue – institué le gouvernement théocratique plaçant en Dieu le pouvoir et la force. »

Voici ce qu’écrivait l’historien Flavius Josèphe le premier à avoir forgé le concept de théocratie. Dans son sens initial, la théocratie consiste à remettre à Dieu, entité immatérielle, le pouvoir politique, c’est à dire, à lui confier la mission de réguler les relations au sein et entre les communautés humaines.

Depuis l’apparition d’un web toujours plus collaboratif, communautaire et mobile, ne sommes-nous pas en train de transférer progressivement le pouvoir politique vers Internet ? Ne sommes-nous pas en train de confier à une entité immatérielle, la lourde tâche de gouverner les hommes ?

Dieu(point-zéro) ?

la Grande Toile Numérique partage de frappantes similitudes avec le Divin Créateur. Comme Dieu, Internet est éternel et immatériel. Il est intangible mais pourtant « présent au milieu des hommes ». Il n’est la propriété d’aucun peuple, d’aucun gouvernement, d’aucune institution. Il n’appartient à personne et ne doit rendre de comptes à personne. Il est universel.

On prête souvent à Dieu trois qualités majeures, la capacité à être partout, celle de tout savoir, et bien entendu la toute-puissance. Voyons voir si Internet peut rivaliser dans ces domaines:

Internet Omniprésent

Depuis quelques années, Internet a quitté les caves obscures des foyers pour s’immiscer dans nos sacs puis dans nos poches. L’Esprit est partout !

Il est là lorsque l’on dégaine son Smartphone pour trouver son chemin. Il est encore là dans nos cercles d’amis lorsqu’il s’agit de vérifier un fait sur internet en pleine conversation. Il nous guide à tout moment, sur les chemins de la connaissance, sur ceux de l’amitié ou du travail. Il nous guide aussi sur les chemins de traverse et les sorties mal signalées de l’A86…
Demain, il se pourrait qu’on l’inclut dans notre propre corps et que nous puissions nous unir à l’Esprit par la simple force de la pensée.

Internet Omniscient
Inutile de chercher à fuir le regard de Dieu tel Jonas espérant se cacher du Très-Haut en quittant son pays, Internet sait tout !

Il connaît tout de vous, il sait qui sont vos amis, quelles sont vos lectures, vos distractions, vos idées comme il connaît vos vices les plus inavouables.

Votre historique, vos pages Facebook, Twitter, Foursquare et autre permettent à la divine entité numérique de vous connaître à fond, à tel point qu’il devient capable d’anticiper vos attentes et de vous aider à y répondre.

Internet Omnipotent
On mesure souvent la puissance d’un être à sa capacité créatrice ou destructrice, et en la matière, Internet n’est pas si loin derrière notre Divin Créateur.

Certes, ne vous attendez pas à voir la foudre tomber sur les méchants ni la mer s’ouvrir pour les exilés du numérique, chassés par le vil HADOPI, mais le pouvoir d’Internet est impressionnant et sans cesse grandissant.

En 10 ans, Wikipédia a rassemblé la somme de connaissance la plus énorme jamais compilée par l’humanité. N’est-ce pas là une prouesse aussi impressionnante que celle de Jésus qui promettait de pouvoir reconstruire en 3 jours le temple de Jérusalem ? Internet est désormais capable de renverser les dirigeants, il l’a montré en Tunisie, en Egypte. Il a été au cœur de révoltes en Iran et cette dynamique ne s’arrêtera pas de sitôt.

Promesses divines, Promesses numériques

Quand on est Dieu et que l’on veut se faire entendre des hommes, il ne suffit pas d’être balèze, il faut encore savoir leur parler à ces mortels. Internet semble avoir bien compris cela car il porte les principales promesses capables de fonder une religion :

Promesse de Vérité

« Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres »

disait le Nazaréen. Internet pourrait en dire autant puisqu’il est de loin la plus grosse somme de connaissance jamais rassemblée par l’humanité et la plus facilement accessible par dessus le marché. Du savoir à l’infini pour nos esprits ignares, voilà ce que c’est ! En plus de la connaissance, Internet apporte une plus grande transparence et rétablit la vérité là où régnaient le mensonge, la propagande et la conspiration. Wikileaks est sans doute l’exemple le plus frappant mais il est loin d’être le seul. Certain sites internet proposent carrément de noter l’entreprise dans laquelle vous travaillez et les réseaux sociaux contribuent également à renforcer la transparence entre les membres.

Promesse de Spiritualité
Toute religion a pour objectif de nous soulager de la pesanteur d’un monde dans lequel la nécessité matérielle doit dicter nos lois et nos comportements.

Souvenez-vous de la promesse de Jésus : « Suivez-moi, et vous n’aurez plus jamais faim » … Et bien, la Théocratie Numérique porte lui aussi cet engagement.

Internet, dématérialise ; plus besoin de papier ni de logistique pour diffuser l’info. Plus besoin de studios de musique pour composer. Plus besoin d’aller au boulot pour travailler… A cela, il faudrait ajouter que l’économie du partage, rendue possible par Internet permet de profiter de certains objets à tout moment, sans devoir nécessairement les posséder. Dans ces conditions, l’accumulation de biens matériels paraît non seulement inutile mais également inepte et contre-productive.

Promesse d’Immortalité

Que serait une religion qui ne nous promettrait pas un minimum d’immortalité ? Mais quand nous mourons, que la poussière redeviendra poussière, internet pourrait bien nous garantir une vie (numérique) après la mort.

Le site la vie d’après.com propose aux internautes un ensemble de services vous permettant de continuer à diffuser des messages à vos proches après votre mort, de gérer votre identité numérique post mortem de sauvegarder vos données numériques éternellement ou de stocker vos mémoires pour vos descendants. Certains projets encore plus fous comme le projet mylifebits se propose d’enregistrer numériquement toutes les « données » de votre vie afin de pouvoir les stocker et les transplanter ultérieurement dans un autre organisme.

Church 2.0

Internet pourra-t-il gouverner les hommes ?

« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Saint Paul, Epitre aux romains

Si internet ressemble à Dieu, et qu’il semble capable d’être à l’origine d’une nouvelle religion. A quoi pourrait ressembler cette nouvelle Cité de Dieu numérique ? Internet pourra-t-il prendre en charge la destinée de l’humanité ? Voilà des questions qu’il faut commencer à considérer sérieusement !

Pas évident toutefois d’y répondre car à l’image des voies du Seigneur, celles du Web sont impénétrables, mais je vois tout de même poindre trois tendances qui me paraissent aller en faveur de l’avènement d’une Théocratie Numérique :

Internet fédérateur

Pour gouverner les hommes, il faut d’abord savoir les unir. Internet est devenu capable de rassembler, de fédérer des communautés jusqu’alors dispersées ou mal consolidées. On le voit sur les réseaux sociaux réunissant et consolidant les cercles d’amitiés, les contacts personnels ou professionnels. On mesure la capacité de rassemblement du Web lors de flashmobs ou de manifestations contestataires.

Pour fédérer, Internet n’a pas eu besoin d’hommes politiques charismatiques, de tribuns valeureux, de syndicalistes tonitruants ni de structures révolutionnaires clandestines. Il n’a en somme plus besoin ni de s’incarner, ni de s’institutionnaliser. Une première dans l’histoire de l’humanité.

Internet organisateur

Internet est devenu la première force d’intelligence collective de l’humanité ce qui en fait un instrument décisif au service de l’organisation de la Cité. Les moteurs de recherches comme Google, structurent et ordonnent les flots d’information en ligne et leur donnent une cohérence globale en faisant ressortir les informations les plus pertinentes. D’autres outils d’organisation, de structuration ou de curation d’information existent comme par exemple Quora, qui permet de structurer des questions/réponses de manière intelligente ou Pearltrees qui permet à chacun d’organiser et partager ce qu’il aime le plus sur internet.

Le mode d’organisation des données, des réseaux et des idées proposé par Internet est tout à fait original ; il est organique et se passe de hiérarchie. Chacun est libre de proposer ce qu’il souhaite, les bonnes initiatives seront retenues, les mauvaises seront renvoyées dans les abîmes. Non pas par des décisionnaires au pouvoir mais par chacun de nous et de manière virale.

Sur Internet, chacun peut être force de proposition selon ses compétences ou ses inspirations et force de sélection selon ses goûts ou ses besoins.

C’est typiquement le comportement que l’on adopte sur Twitter ; On propose du contenu original et on filtre ceux qui nous ont le plus marqué dans le fil de twits quotidien… C’est peut-être cela le modèle d’organisation du futur.

Internet Justicier

Pour être tout à fait capable de gouverner, il faut savoir enfin établir la justice. Internet, là encore commence à investir cette fonction. Au delà du coté anecdotique de l’enquête en « crowdquesting » d’internautes anonymes autour de l’affaire  Xavier Dupont de Ligonnes, qui montre avant tout que les traces numériques laissées sur Internet peuvent être exploitées facilement. Au delà du canon LOIC qui permet à n’importe quel internaute d’attaquer une liste de sites hostiles par deni de service et révèle avant tout le coté « glaive tranchant » et à vrai dire un peu sauvage de la justice Internet, il y a surtout je crois l’instauration progressive d’une E-thique, d’une E-tiquette et d’outils permettant de fonder une E-réputation capable de valoriser les comportements coopératifs, et de sanctionner les abus.

Ne nous emballons pas complètement, Internet est encore un jeune Dieu tout juste sorti des limbes métaphysiques dans lesquelles il sommeillait jusqu’à présent. Il est encore trop faible pour être totalement indépendant de certaines structures humaines. Certains Etats peuvent encore le museler, certaines entreprises peuvent encore s’approprier une partie de sa divine puissance à leur profit. Il a encore besoin de l’intermédiaire de quelques instruments matériels (ordinateurs, smartphones, serveurs…) pour s’exprimer pleinement. Ainsi, pour ceux qui attendent l’avènement de la Cité de Dieu sur terre, pour les zélotes du numérique, il reste encore bien du chemin afin que s’établisse le règne du Web sur Terre ! Mais la foi transporte les montagnes n’est-ce pas ?

source image : http://medias.lepost.fr/ill/2010/01/28/h-20-1911253-1264675737.jpg

L’échange, le don et le lien social

Le XXème siècle aura été incontestablement celui de l’échange marchand. Jamais l’humanité n’avait autant commercé, exporté, importé. Jamais les transactions n’avaient été aussi simples et rapides. Le volume du commerce mondial a triplé depuis la chute du mur de Berlin et a connu une croissance presque exponentielle jusqu’à la crise économique de 2008.

Bizarrement, alors que les hommes entraient toujours plus en interaction et devenaient toujours plus dépendants les uns des autres, ce XXème siècle aura connu un immense délitement des structures sociales traditionnelles sans création d’autres structures alternatives efficaces. Religions, nations, classes sociales, familles… Toutes ces institutions ont été bousculées et affaiblies. Même les grandes entreprises, qui étaient pourtant les principales structures de cette économie sont remises en cause à leur tour…

Ce paradoxe bizarre entre l’accroissement des relations humaines et la diminution du lien social pourrait-il trouver une explication dans la nature trompeuse de l’échange marchand ?

Quand l’échange marchand abolit la relation

Lorsque l’on achète du pain à son boulanger, nous n’éprouvons pas nécessairement de la reconnaissance ; après tout, nous l’avons rémunéré pour son service, nous avons payé, grâce à l’argent issu de notre propre travail, l’équivalent de ce que nous lui devions. Nous avons soldé nos dettes, nous sommes quittes.

L’échange suppose donc le retour au même, à une situation initiale : L’équivalent de ce que l’on a donné étant reçu en retour, il n’y a plus de rapport de dette envers l’autre. L’échange permet d’être quitte. Il est en quelque sorte une relation qui abolit la relation : il efface le lien à l’autre, renvoyant chacun dans son indépendance.

Frédéric Laupiès, Leçon philosophique sur l’échange

Une économie basée sur l’échange marchand fabriquerait alors des individus toujours plus dépendants les uns des autres mais paradoxalement plus isolés, chacun ayant l’impression de ne rien devoir à personne.

Comment le don peut créer du lien social

Contrairement à l’échange, le don ne cherche pas l’équivalence, il surgit de la seule volonté d’un individu. Il est proposé au receveur comme un pacte d’alliance (« ce qui m’appartient t’appartient maintenant »). Il peut générer une dette morale incitant le receveur à donner à son tour. Mais, même en cas de contre-don, la relation ne sera pas abolie, car n’étant pas quantifié, l’objet du don ou du contre-don ne pourra jamais être totalement soldé. Il laisse donc une trace irréversible.

L’anthropologue Marcel Mauss a étudié les systèmes d’échange basés sur le système don et contre-don dans plusieurs sociétés primitives. Ce système appelé Potlatch, fonctionne de la manière suivante :

  • Le donneur donne quelque chose d’une certaine valeur (objet, aliments, aide…)
  • Le receveur se doit d’accepter. S’il n’accepte pas, cela signifie qu’il refuse le rapport social.
  • Le receveur doit rendre un élément d’une autre valeur, de préférence supérieure, et pas immédiatement. S’il rend immédiatement, c’est qu’il refuse le rapport social.

Clash Echange don

Ce qui fonde la relation dans l’économie du Potlach, ce n’est pas un contrat mais la reconnaissance du don, qui est aussi la reconnaissance de sa propre dépendance.

Or c’est précisément l’acceptation de sa dépendance qui crée le lien social. Cette conscience de notre propre dépendance nous relie non seulement les uns aux autres mais entraine un besoin de donner en retour, de donner à d’autres pour tenter de s’acquitter globalement de ses dettes envers l’humanité.

Selon Marcel Mauss, le don en tant qu’acte social suppose que le bonheur personnel passe par le bonheur des autres, il sous entend les règles d’éthique : donner, recevoir et rendre.

L’économie du partage et le lien social

Les points communs entre l’économie du partage et le système de Potlach sont évidents. Sur Internet, on mesure quotidiennement notre dépendance aux autres. Untel a rédigé gratuitement, anonymement un article de Wikipédia qui m’a permis d’approfondir mon billet, untel a créé un plug-in bien utile pour mon site, la musique que j’écoute, les vidéos que je regarde ont été mises à ma disposition par des inconnus et les forums sont peuplés d’internautes généreux qui répondent rapidement à toutes vos questions

En agissant ainsi, ces donateurs numériques envoient une gigantesque proposition d’alliance à l’ensemble de la société. Chacun de nous peut l’accepter (ce qui signifiera l’acceptation du rapport social) et offrir par la suite un nouveau contre-don.

Autre point commun; l’économie du partage, comme l’économie « don et contre-don » repose sur la confiance entre les individus, sur leur propension à collaborer, sur l’honneur et la fierté de chacun ainsi que sur une connaissance d’un certain nombre de règles tacites. Cette nouvelle économie du partage (au demeurant bien plus dynamique que son alter égo reposant sur l’échange marchand) me parait en mesure de créer un nouveau lien social, de jeter les bases de nouvelles structures sociales et, j’irais même jusqu’à dire qu’elle pourrait engendrer de nouvelles civilisations.

Sérendipité : Tout est hasard… ou rien

Pourquoi en êtes-vous là où vous en êtes ? La question mérite d’être posée. Elle peut même être décomposée. Pourquoi, par exemple, êtes-vous en train de lire cet article ? Si vous faites l’exercice de répondre à cette question, vous vous rendrez compte que la réponse est bien loin d’être évidente. Parce que vous avez cliqué sur un lien envoyé par un contact. Oui mais comment connaissez-vous ce contact ? Parce que vous montez une entreprise et que vous suivez des gens influents dans des secteurs connexes au vôtre. Oui mais pourquoi montez-vous votre boite ? Parce que vous sentiez en vous le besoin d’être libre et l’envie de créer. Oui Mais pourquoi aviez-vous ces aspirations ?

Bref, je pense que vous avez compris le principe. La vie est bien moins linéaire que la façon dont nous la percevons. Tout est hasard. Ou plutôt rien n’est hasard. Tout est organique. Pas seulement à l’échelle de nos misérables existences, mais aussi à l’échelle de l’humanité et de la galaxie. Le hasard d’une météorite, fragment d’on ne sait quelle planète morte, frappa un jour la terre et mit fin au règne des dinosaures. Et l’humanité est pleine d’histoires de fesses qui changèrent le cours de notre histoire comme le montraient déjà les chants homériques.

Qu’est ce que la sérendipité ?

Ce mot n’est en effet pas des plus courant. Regardons la définition que nous en donne wikipedia :

« La sérendipité est le fait de réaliser une découverte inattendue grâce au hasard et à l’intelligence, au cours d’une recherche dirigée initialement vers un objet différent de cette découverte. Pour Robert King Merton, la sérendipité est l’observation surprenante suivie d’une induction correcte. Ce concept discuté est utilisé en particulier en recherche scientifique.

Le mot fut créé par Walpole, le 28 janvier 1754, dans une lettre à son ami Horace Mann, envoyé du roi George II à Florence. Walpole y fait mention de ce conte persan, Les Trois Princes de Serendip, publié en italien en 1557 par l’éditeur vénitien Michele Tramezzino et traduit dès 1610 en français. Serendib ou Serendip était l’ancien nom donné au Sri Lanka en vieux persan. L’histoire raconte que le roi de Serendip envoie ses trois fils à l’étranger parfaire leur éducation. En chemin, ils ont de nombreuses aventures au cours desquelles, ils utilisent des indices souvent très ténus grâce auxquels ils remontent logiquement à des faits dont ils ne pouvaient avoir aucune connaissance par ailleurs. Ils sont ainsi capables de décrire précisément un chameau qu’ils n’ont pas vu : « J’ai cru, seigneur, que le chameau était borgne, en ce que j’ai remarqué d’un côté que l’herbe était toute rongée, et beaucoup plus mauvaise que celle de l’autre, où il n’avait pas touché ; ce qui m’a fait croire qu’il n’avait qu’un œil, parce que, sans cela, il n’aurait jamais laissé la bonne pour manger la mauvaise ». Walpole précise dans sa lettre que les jeunes princes font simplement preuve de sagacité, et que leurs découvertes sont purement fortuites.

De bien beaux antécédents pour ce mot et ce concept plus que jamais valides et occupant une place de plus en plus grande dans un monde d’informations et d’opportunités…

La sérendipité aujourd’hui

Si le concept est vieux, il n’a jamais été aussi important qu’aujourd’hui. Des informations, il nous en passe sous le nez tous les jours. Des rencontres, il n’a jamais été aussi facile d’en faire. Tout comme il n’a jamais été aussi facile de communiquer et de tenter sa chance. En d’autres termes, il n’a jamais été aussi facile d’ouvrir des portes qui vous mèneront on ne sait trop où.

Face à cet univers rempli d’inconnues, deux attitudes possibles. L’une est de s’en réjouir en constatant l’étendue des possibilités qui s’offrent à vous, l’autre est de paniquer devant l’incertitude et le hasard de sa destinée.

La seconde option est d’ailleurs trop souvent celle des français. « J’connais pas, j’aime pas ». Dommage pour une nation qui s’est pourtant construite sur une capacité certaine à innover et à chambouler les idées reçues… Mais ce n’est pas le propos. Ce qui m’intéresse, c’est bien la première option, car il me semble que nous devons nous réjouir de l’inconnu. Encore faut il savoir en tirer parti.

dés

Tirer parti du hasard

Cela peut paraitre étrange. Dans l’imaginaire collectif il y a ceux qui ont de la chance et ceux qui n’en ont pas. Mais de nombreuses études scientifiques ont été menées, et prouvent que la chance est en vérité loin d’être due seulement au hasard. Winston Churchill disait d’ailleurs fort justement

La chance n’existe pas; ce que vous appelez chance, c’est l’attention aux détails.

Ceux qui ont de la chance ont la plupart du temps une attitude qui provoque la chance. Citons quelques traits de caractère qui augmentent votre propension à avoir de la chance :

  • Voir le monde comme comme un océan d’opportunités plutôt que comme un océan de menaces.
  • Aimer rencontrer de nouvelles personnes. Et par dessus tout, aider et donner spontanément aux personnes que vous croisez. Nous avons récemment posté un article sur le fait que vous avez tout intérêt à avoir une attitude coopérative même dans un monde égoïste.
  • Tenter. 100% des des gagnants ont tenté leur chance comme disait l’autre. Aujourd’hui tenter ne vous coûte souvent pas grand-chose. Faire un blog, s’exprimer, rencontrer des gens, expliquer votre concept, écouter les retours, adapter votre concept.
  • Être curieux. Les théories de l’innovation ouvertes reposent sur le fait que l’innovation est un assemblage d’idées venant d’univers différents. Si vous ne restez qu’entre experts dans le domaine que vous maitrisez, vous manquerez certainement de créativité. Le regard extérieur est non seulement rafraichissant mais en plus vecteur d’innovation. On ne crée rien ex-nihilo. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous choisissons d’être un espace de coworking pluridisciplinaire.

Vers l’Inconnu et au-delà

Certains peut-être, trouveront cette vision quelque peu angoissante. Chaque acte est calculé, chaque parole est prononcée avec une idée derrière la tête, chaque personne est une opportunité. En vérité rien n’est calculé, si ce n’est le choix de faire confiance au fait qu’en étant ouvert, sincère et aidant, vous retomberez sur vos pattes. Au contraire, à vouloir calculer trop à l’avance, vous vous fermerez aux opportunités émanant de l’inconnu et vous aurez l’impression qu’il sera un grain de sable dans les rouages complexes que vous aviez mis au point. J’ai déjà parlé dans l’article « gagne la foule et tu gagneras ta liberté » de la puissance d’un réseau de proches qui vous apprécient pour ce que vous êtes. Faites-lui confiance.

Steve jobs, dans son discours pour la remise de diplôme de Stanford, prodiguait d’ailleurs ces mêmes conseils. Suivez votre instinct et vos passions, même si cela vous entraine parfois hors des sentiers battus. Selon lui, les différentes choses que l’on fait dans sa vie forment un ensemble de points que l’on ne peut relier les uns aux autres qu’à posteriori.

Dans le monde actuel, adopter une attitude ouverte est vital pour pouvoir gérer l’inconnu et rester agile.

Nous voyons notre espace de coworking comme un catalyseur de sérendipité, car permettant de rencontrer en toute sincérité des personnes d’horizons variés, partageant avec vous la conviction que, de l’échange et de la collaboration naitra la richesse.

Sources Photos :

« les dés » Wiros http://www.flickr.com/photos/wiros/1713975026/

Comment réussir dans un monde égoïste ?

Dilemme, dilemme …

Imaginez que vous soyez illustrateur et que vous ayez un projet de création d’une BD interactive pour tablette. Votre style est sûr, votre scénario est au point et vos planches sont bien avancées. Le problème, c’est que tout cela prendra beaucoup de temps et que que vous ne maitrisez pas les outils de développement nécessaires. Mais il y’a quelques jours, dans votre espace de coworking, vous avez rencontré un excellent développeur. La complémentarité est évidente mais vous hésitez ; devez-vous vous associer avec ce développeur sachant qu’il vous faudra partager les bénéfices ? Ne risquez-vous pas également de vous faire chaparder votre concept purement et simplement ? Bref, devez-vous coopérer avec lui ?

La vie nous place souvent devant ce genre de situations délicates et il nous est parfois difficile de trouver la voie. Il existe pourtant une théorie qui s’est penchée sur ces questions, et qui pourrait nous être très utile ; c’est la théorie des Jeux, illustrée par le bien célèbre dilemme du prisonnier.

Pour ceux qui auraient oublié, voici le dilemme en question : Deux suspects sont arrêtés par la police. Mais les agents n’ont pas assez de preuves pour les inculper, donc ils les interrogent séparément en leur faisant la même offre. « Si tu dénonces ton complice et qu’il ne te dénonce pas, tu seras remis en liberté et l’autre écopera de 10 ans de prison. Si tu le dénonces et lui aussi, vous écoperez tous les deux de 5 ans de prison. Si personne ne se dénonce, vous aurez tous deux 6 mois de prison. »

S’il réfléchit de manière rationnelle, le prisonnier se rendra compte qu’il a intérêt à balancer son complice. En effet, s’il balance, il sera immédiatement libéré (si son complice ne le dénonce pas) ou 5 ans (s’il le dénonce). Tandis que s’il se tait, il devra soit passer 6 mois dans les geôles du shérif (si son complice ne dénonce pas) soit 10 ans. Mais si les deux prisonniers réfléchissent de la même manière, il prendront tous deux 5 ans.

Autrement dit, la somme de leurs décisions égoïstes et rationnelles n’aboutira pas à « l’intérêt général » des prisonniers mais au contraire à la pire décision possible …

Ce phénomène s’appelle l’équilibre de Nash ; un équilibre stable (car rationnel individuellement) mais pas forcément idéal, et cela constitue un sacré pied de nez dans la gueule de la main invisible

Comment éviter ce genre de phénomène ? Quelle attitude adopter pour maximiser ses gains dans des situations entrant dans le cadre de la théorie des jeux et comment créer une société suffisamment intelligente pour dépasser ces situations d’équilibres de Nash non souhaitables ?

C’est en me posant ces questions que je suis tombé sur Robert Axelrod, chercheur en science politique, qui a mené une étude passionnante intitulée « comment réussir dans un monde égoïste ? »

Comment réussir dans un monde égoïste

Axelrod a commencé par se poser trois questions :

  • Comment une stratégie coopérative peut-elle émerger dans un environnement composé essentiellement de non-coopérants ?
  • Quels types de stratégies peuvent prospérer dans un environnement hétérogène et complexe avec une grande diversité de stratégies ?
  • Comment une stratégie coopérative peut-elle résister à l’invasion d’une stratégie moins coopérative ?

noel dans les tranchées

Axelrod a alors demandé à des spécialistes (psychologues, sociologues, mathématiciens etc…) d’établir des stratégies spécifiant comment le programme devra agir face à telle ou telle situation. Au total, 63 stratégies différentes ont été présentées. Ces stratégies ont été ensuite mise en compétition dans un tournoi informatique où chacune d’elle jouait contre toutes les autres mais aussi contre elle-même.

Il s’est avéré que les programmes les plus coopératifs ont obtenu meilleurs résultats et ce, même dans des univers remplis de programmes non coopératifs type « passager clandestin », « cavalier seul » ou « aléatoire »…

Son programme star, celui qui remporta presque tous les tests s’appelle « Donnant-donnant ». Il est programmé pour être :

  • Bienveillant : Lorsqu’il est confronté à une situation nouvelle et qu’il n’a pas d’historique sur le comportement des autres programmes, il se montre coopératif par défaut. Donnant-donnant n’est pas du genre à lancer la première pierre.
  • Indulgent : Donnant-donnant ne verse pas dans la vengeance systématique lorsqu’un programme lui a fait une crasse. Il ne tient pas compte du comportement d’un autre programme à n-2 (il retient simplement le coup d’avant).
  • Justicier : Donnant-donnant n’est pas un enfant de cœur non plus et n’aime pas qu’on le prenne pour un imbécile. Il applique la stricte loi du Talion « œil pour œil, dent pour dent ». Il sanctionne les comportements hostiles enregistrés au coup d’avant mais il ne va pas au delà.
  • Transparent : Donnant-donnant est un programme très simple, lisible et prévisible. Il est digne de confiance.

Preuve est faite que si vous souhaitez optimiser vos gains dans les situations entrant dans le cadre de la théorie des jeux, soyez à l’image de Donnant-donnant ; bienveillants, indulgents, justiciers et transparents.

Comment créer un environnement coopératif ?

Tous les environnements ne sont pas naturellement coopératifs. Le dilemme du prisonnier en est un exemple puisqu’il se joue sur un seul coup, sans conséquence possible. Mais dans la vraie vie, si l’on se figure la situation du prisonnier qui a trahi son complice, les choses pourraient être bien différentes ; les amis du complice resté en prison pourraient flinguer le traître, plus personne ne voudra « travailler » avec ce type, capable de trahir les siens etc… S’il risque davantage en trahissant son complice, le prisonnier sera incité à ne pas dénoncer. L’équilibre de Nash se déplacera alors vers la solution optimale : « Aucun des deux ne trahi ». On voit donc que l’environnement joue un grand rôle dans la coopération.

Axelrod suggère 5 principes pour créer un environnement plus coopératif :

Augmenter l’ombre portée de l’avenir sur le présent

S’il peut être rentable d’enfumer une fois un inconnu qui ne pourra jamais nous nuire en retour, il devient très vite contre-productif de se comporter comme une sombre enflure avec des gens que l’on sera amené à revoir fréquemment. Le développement de relations sur le long terme permet donc de créer un environnement plus coopératif.

Une autre façon d’augmenter cette « ombre » est de créer un milieu dans lequel les rencontres sont fréquentes. Par exemple, dans un petit village, on évitera davantage de léser son prochain car on sera sûr de le recroiser sous peu et il y’a fort à parier qu’il cherchera à se venger d’une manière ou d’une autre…

Modifier les gains

Il s’agit de changer les paramètres du jeu de manière à ce que les choix non coopératifs deviennent moins intéressants que les choix coopératifs. Cela passe par le développement  d’une morale ou d’une justice qui sanctionne des comportements non coopératifs et qui valorise les comportements coopératifs pour diminuer les gains de la première stratégie et augmenter ceux de la seconde.

Etre un apôtre de l’altruisme

Un comportement non coopératif entraine d’autres réactions non coopératives en chaine qui sont préjudiciables à la communauté. Il faut enseigner à tous une bienveillance par défaut en absence d’information sur les « joueurs » inconnus. Ne faites pas aux autres ce que vous n’aimeriez pas qu’ils vous fassent !

Enseigner la réciprocité

Lorsque vous rencontrez des joueurs coopératifs, montrez-vous également coopératifs. A l’inverse, pour que les stratégies coopératives puissent résister à l’intrusion de stratégies non coopératives, il faut qu’elles puissent se défendre et sanctionner les comportements néfastes. En bref, apprenez à vos enfants à être sympas et généreux avec les gens qui jouent le jeu mais à ne pas se laisser faire face à ceux qui voudraient profiter d’eux.

Améliorer les moyens de reconnaissance

Pour que les acteurs puissent coopérer, il faut qu’ils sachent qui sont vraiment leurs futurs partenaires. Auront-ils tendance à jouer cartes sur table ou chercheront-ils à vous entuber ? En l’absence de précédent, c’est la réputation qui va bien souvent faire la différence entre collaboration ou non. Etre transparent et permettre aux autres d’accéder aux informations qui vous concernent aura également tendance à favoriser les collaborations.

Les bébés géants du web à l’assaut du monde

Facebook a 7 ans. Youtube en a 6. Flipboard devrait bientôt souffler sa première bougie… A cet âge là, nous rampions encore en barboteuse, et nos mamans raclaient la gouttière de nos serviettes en plastique. Mais Facebook a déjà 500 millions d’utilisateurs et serait estimé à 50 milliards de dollars, Youtube se voit déverser plus de 24h de nouvelles vidéos par minute, Flipboard a récemment réussi une levée de fonds 50 millions de dollars ce qui porte la valeur de l’entreprise à 200 millions de dollars alors que le journal LeMonde vaut 100 millions. A titre de comparaison, LeMonde, c’est 644 employés, contre 32 pour Flipboard…

Continue Reading