Pourquoi en êtes-vous là où vous en êtes ? La question mérite d’être posée. Elle peut même être décomposée. Pourquoi, par exemple, êtes-vous en train de lire cet article ? Si vous faites l’exercice de répondre à cette question, vous vous rendrez compte que la réponse est bien loin d’être évidente. Parce que vous avez cliqué sur un lien envoyé par un contact. Oui mais comment connaissez-vous ce contact ? Parce que vous montez une entreprise et que vous suivez des gens influents dans des secteurs connexes au vôtre. Oui mais pourquoi montez-vous votre boite ? Parce que vous sentiez en vous le besoin d’être libre et l’envie de créer. Oui Mais pourquoi aviez-vous ces aspirations ?

Bref, je pense que vous avez compris le principe. La vie est bien moins linéaire que la façon dont nous la percevons. Tout est hasard. Ou plutôt rien n’est hasard. Tout est organique. Pas seulement à l’échelle de nos misérables existences, mais aussi à l’échelle de l’humanité et de la galaxie. Le hasard d’une météorite, fragment d’on ne sait quelle planète morte, frappa un jour la terre et mit fin au règne des dinosaures. Et l’humanité est pleine d’histoires de fesses qui changèrent le cours de notre histoire comme le montraient déjà les chants homériques.

Qu’est ce que la sérendipité ?

Ce mot n’est en effet pas des plus courant. Regardons la définition que nous en donne wikipedia :

« La sérendipité est le fait de réaliser une découverte inattendue grâce au hasard et à l’intelligence, au cours d’une recherche dirigée initialement vers un objet différent de cette découverte. Pour Robert King Merton, la sérendipité est l’observation surprenante suivie d’une induction correcte. Ce concept discuté est utilisé en particulier en recherche scientifique.

Le mot fut créé par Walpole, le 28 janvier 1754, dans une lettre à son ami Horace Mann, envoyé du roi George II à Florence. Walpole y fait mention de ce conte persan, Les Trois Princes de Serendip, publié en italien en 1557 par l’éditeur vénitien Michele Tramezzino et traduit dès 1610 en français. Serendib ou Serendip était l’ancien nom donné au Sri Lanka en vieux persan. L’histoire raconte que le roi de Serendip envoie ses trois fils à l’étranger parfaire leur éducation. En chemin, ils ont de nombreuses aventures au cours desquelles, ils utilisent des indices souvent très ténus grâce auxquels ils remontent logiquement à des faits dont ils ne pouvaient avoir aucune connaissance par ailleurs. Ils sont ainsi capables de décrire précisément un chameau qu’ils n’ont pas vu : « J’ai cru, seigneur, que le chameau était borgne, en ce que j’ai remarqué d’un côté que l’herbe était toute rongée, et beaucoup plus mauvaise que celle de l’autre, où il n’avait pas touché ; ce qui m’a fait croire qu’il n’avait qu’un œil, parce que, sans cela, il n’aurait jamais laissé la bonne pour manger la mauvaise ». Walpole précise dans sa lettre que les jeunes princes font simplement preuve de sagacité, et que leurs découvertes sont purement fortuites.

De bien beaux antécédents pour ce mot et ce concept plus que jamais valides et occupant une place de plus en plus grande dans un monde d’informations et d’opportunités…

La sérendipité aujourd’hui

Si le concept est vieux, il n’a jamais été aussi important qu’aujourd’hui. Des informations, il nous en passe sous le nez tous les jours. Des rencontres, il n’a jamais été aussi facile d’en faire. Tout comme il n’a jamais été aussi facile de communiquer et de tenter sa chance. En d’autres termes, il n’a jamais été aussi facile d’ouvrir des portes qui vous mèneront on ne sait trop où.

Face à cet univers rempli d’inconnues, deux attitudes possibles. L’une est de s’en réjouir en constatant l’étendue des possibilités qui s’offrent à vous, l’autre est de paniquer devant l’incertitude et le hasard de sa destinée.

La seconde option est d’ailleurs trop souvent celle des français. « J’connais pas, j’aime pas ». Dommage pour une nation qui s’est pourtant construite sur une capacité certaine à innover et à chambouler les idées reçues… Mais ce n’est pas le propos. Ce qui m’intéresse, c’est bien la première option, car il me semble que nous devons nous réjouir de l’inconnu. Encore faut il savoir en tirer parti.

dés

Tirer parti du hasard

Cela peut paraitre étrange. Dans l’imaginaire collectif il y a ceux qui ont de la chance et ceux qui n’en ont pas. Mais de nombreuses études scientifiques ont été menées, et prouvent que la chance est en vérité loin d’être due seulement au hasard. Winston Churchill disait d’ailleurs fort justement

La chance n’existe pas; ce que vous appelez chance, c’est l’attention aux détails.

Ceux qui ont de la chance ont la plupart du temps une attitude qui provoque la chance. Citons quelques traits de caractère qui augmentent votre propension à avoir de la chance :

  • Voir le monde comme comme un océan d’opportunités plutôt que comme un océan de menaces.
  • Aimer rencontrer de nouvelles personnes. Et par dessus tout, aider et donner spontanément aux personnes que vous croisez. Nous avons récemment posté un article sur le fait que vous avez tout intérêt à avoir une attitude coopérative même dans un monde égoïste.
  • Tenter. 100% des des gagnants ont tenté leur chance comme disait l’autre. Aujourd’hui tenter ne vous coûte souvent pas grand-chose. Faire un blog, s’exprimer, rencontrer des gens, expliquer votre concept, écouter les retours, adapter votre concept.
  • Être curieux. Les théories de l’innovation ouvertes reposent sur le fait que l’innovation est un assemblage d’idées venant d’univers différents. Si vous ne restez qu’entre experts dans le domaine que vous maitrisez, vous manquerez certainement de créativité. Le regard extérieur est non seulement rafraichissant mais en plus vecteur d’innovation. On ne crée rien ex-nihilo. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous choisissons d’être un espace de coworking pluridisciplinaire.

Vers l’Inconnu et au-delà

Certains peut-être, trouveront cette vision quelque peu angoissante. Chaque acte est calculé, chaque parole est prononcée avec une idée derrière la tête, chaque personne est une opportunité. En vérité rien n’est calculé, si ce n’est le choix de faire confiance au fait qu’en étant ouvert, sincère et aidant, vous retomberez sur vos pattes. Au contraire, à vouloir calculer trop à l’avance, vous vous fermerez aux opportunités émanant de l’inconnu et vous aurez l’impression qu’il sera un grain de sable dans les rouages complexes que vous aviez mis au point. J’ai déjà parlé dans l’article « gagne la foule et tu gagneras ta liberté » de la puissance d’un réseau de proches qui vous apprécient pour ce que vous êtes. Faites-lui confiance.

Steve jobs, dans son discours pour la remise de diplôme de Stanford, prodiguait d’ailleurs ces mêmes conseils. Suivez votre instinct et vos passions, même si cela vous entraine parfois hors des sentiers battus. Selon lui, les différentes choses que l’on fait dans sa vie forment un ensemble de points que l’on ne peut relier les uns aux autres qu’à posteriori.

Dans le monde actuel, adopter une attitude ouverte est vital pour pouvoir gérer l’inconnu et rester agile.

Nous voyons notre espace de coworking comme un catalyseur de sérendipité, car permettant de rencontrer en toute sincérité des personnes d’horizons variés, partageant avec vous la conviction que, de l’échange et de la collaboration naitra la richesse.

Sources Photos :

« les dés » Wiros http://www.flickr.com/photos/wiros/1713975026/

Author

Eric

12 thoughts on “Sérendipité : Tout est hasard… ou rien

  1. Juan Romano Ciocalescu on 28 avril 2011 at 13 h 07 min Répondre

    Oune catalyseure dé sérendipité ! ha ha
    très instructif, j’aime beaucoup l’histoire des chameaux 🙂

    manu dalle

  2. Mathieu Bauer on 28 avril 2011 at 18 h 09 min Répondre

    Pour ceux que les quatre traits de caractère qui font avoir de la chance intéressent, voyez l’excellente vidéo de Philippe Gabilliet, l’un de mes professeurs, sur le sujet :

    http://www.youtube.com/watch?v=OoF-_1YKjSU

    1. admin on 29 avril 2011 at 8 h 37 min Répondre

      Merci Mathieu pour le lien.

  3. Lyonel Baum on 28 avril 2011 at 21 h 45 min Répondre

    L’art crucial de trouver le non-cherché !
    La définition de la sérendipité que je préfère est celle de Philippe Quéau : « L’art de trouver ce que l’on ne cherche pas en cherchant ce que l’on ne trouve pas ».

    Développement sur Google Knol :
    http://knol.google.com/k/la-sérendipité#

  4. […] créer un environnement qui favorise l’équilibre optimal et la coopération. Le 28, dans Sérendipité : tout est hasard… ou rien, retour sur les conditions et attitudes qui provoquent la chance. Nous finirons sur une citation : […]

  5. Shabnam on 2 mai 2011 at 20 h 08 min Répondre

    Mon resto préf à NYC petite était Serendipity. Et j’ai toujours faim aujourd’hui pour de la sérendipité!

  6. GrandPalabreur on 3 mai 2011 at 11 h 38 min Répondre

    J’ai vécu à NYC et écumé pas mal de restos mais j’ai loupé celui-ci (je sévissais surtout en dessous de la 14eme…) Nous aussi avons faim de sérendipité. Nous avons hâte d’ouvrir le lieu et de pouvoir donner libre cours à cette grosse fringale.

  7. […] vers une autre forme de société, de conscience collective, permettant d’atteindre la sérendipité ? Ou sommes-nous en train de vivre un moment de singularité technologique, et de basculement vers […]

  8. Lian on 17 août 2011 at 12 h 22 min Répondre

    On peut trouver aujourd’hui les contes en français de 1719 qui ont été traduits en 1722 en anglais et sur lesquels se base Walpole pour inventer le mot (et la notion) de « serendipity ». Il sont d’ailleurs accompagnés d’un dossier critique sur l’histoire des contes et de la notion de sérendipité, jusqu’à ce jour, sur le web.
    Voici le lien:
    http://www.editions-marchaisse.fr/

  9. […] Ensuite, dans « Sex, coworking & Rock n’ Roll », le très célèbre Alex Hillman revenait sur une forme de « crise existentielle » que traverse le mouvement, qui tente toujours de définir clairement ce qu’est le coworking et s’interroge sur l’attitude à adopter maintenant que le terme entre de plus en plus dans le domaine publique et est réutilisé à tort et à travers. L’analogie avec la musique rock est lumineuse : le coworking se définit par ce que l’on en fait, et finalement peu importe si le groupe voisin fait de la pop cheap, tant qu’on est convaincu de produire un contenu de qualité et de proposer à sa communauté une vision, une ambiance, des interactions de qualité… Plutôt que de se prostrer et de tenter de défendre un territoire sémantique en mode tranchées, pourquoi ne pas ouvrir le terme et laisser les gens adhérer aux « coworking » qui leur conviennent ? C’est beau la Serendipité! […]

  10. […] justement: La chance n’existe pas; ce que vous appelez chance, c’est l’attention aux détails.Via http://www.mutinerie.org Share this: Intelligence collectiveShareLinkedInFacebookTwitterJ'aimeJ'aime  […]

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