Transformer une communauté en mouvement ; la méthode Harvey Milk

Ce billet est une traduction de l’article d’Alex Hillman initialement publié sur DangerouslyAwsome.
Alors que le concept de communauté prend de plus en plus de place dans la vie sociale et le business, il m’a parut intéressant d’en proposer une traduction française :

My Name is Harvey Milk and I’m here to recruit you

Voilà son cri de guerre. Ce weekend, je me suis posé pour regarder Milk, un documentaire sur la vie d’Harvey Milk, premier homme politique américain ouvertement gay. Le travail d’Harvey Milk pour les droits des homosexuels est intéressant en soit. Je n’entrerai pas dans le détail mais je vous recommande chaudement ce film. Ce qui m’intéresse ici, c’est la stratégie qu’utilise Harvey Milk pour inspirer, motiver, organiser et mobiliser une communauté et la faire passer à l’action. Je suis convaincu que cette dynamique en quatre temps, avec itération, est une technique particulièrement puissante et qui mérite réflexion.

1 – Inspirez

La première action que va entreprendre Milk est modeste; il s’agit simplement de sortir de l’ombre.  Dans le contexte de l’époque, aller de l’avant sur le sujet de l’homosexualité était en soit une source d’inspiration. Lors de son parcours, il perdit de nombreuses élections, mais sa ténacité et son combat attiraient un nombre croissant de militants au fil des années. Tous n’étaient pas également impliqués dans le mouvement et n’avaient pas la même expérience. Anne Kronenberg, qui deviendra l’organisatrice en chef du mouvement, avait déjà à son actif plusieurs campagnes électorales alors que d’autres comme Cleve Jones n’en avaient pas. Harvey a pourtant su reconnaitre son potentiel et  savait quand et comment permettre à Cleve d’exprimer son talent. Milk ne faisait aucune discrimination;

Lorsque vous organisez une communauté, la première chose à faire, c’est de ne pas rester seul. Inspirez votre entourage et gagnez une masse critique. Puis identifier du sang neuf qui continuera à recruter et à répandre le message.

2 – Motivez

Dès lors que vous avez atteint une taille critique, que vous vous êtes entourés de partenaires actifs et passionnés, ne vous reposez pas sur vos lauriers. Osez, surprenez. Dans le film, on voit Harvey mener une manifestation de milliers de résidents gays du quartier de Castro à San Fransisco la nuit où le conté de Dade vota l’expulsion des enseignants homosexuels des écoles. Il a su canaliser l’énergie des manifestants au bord de l’émeute par son discours et son charisme. C’est bien cet évènement qui a permit à Milk de provoquer une réaction en chaîne et de convaincre les supporters potentiels de devenir des supporters effectifs du mouvement.

En tant qu’organisateur de communauté, votre deuxième étape est de montrer à votre groupe les moyens d’actions et de leur donner la possibilité de les mettre eux-même en oeuvre. Chaque membre doit pouvoir regarder ce que vous faites et se dire « je peux le faire également ». Et vous bien sûr, devez leur répondre « bien sûr que tu peux le faire ».

3-Organisez

C’est dans ce domaine qu’Harvey s’illustra tout particulièrement; lorsque ses choix devinrent tactiques, il su s’appuyer sur les relations qu’il avaient nouées. Milk maitrisait l’art de la délégation. Il connaissait ses meilleurs disciples et savait à quel moment et comment compter sur eux. Lorsque vous organisez quelque chose, pensez à décomposer vos objectifs et les tâches à accomplir en « petits morceaux », en sous-objectifs compréhensibles et atteignables, puis répartissez ces tâches parmi vos partisans.

En faisant en sorte que vos objectifs soient clairs et réalisables, vous créez des situations dans lesquelles vos membres ont une chance de réussir. Une fois qu’il auront connu le goût de la victoire, ils auront encore plus faim d’autres victoires et reviendront prêts et plus expérimentés pour retrouver d’autres combats.

« Mais s’ils échouent ? » Pas grave. Comme les tâches ont été fragmentées, il échoueront sans nuire au mouvement et en tireront des leçons. Mais le plus important est que d’autres apprendront également de cet échec.

En tant qu’organisateur de communautés, votre troisième étape est d’organiser, mais pas de micro-gérer. Sachez déléguer et récompenser le succès par de nouveaux objectifs plus ambitieux. Sachez aussi voir en l’échec le gain d’expérience. Il y a souvent plus à apprendre de l’échec que du succès.

4-Mobilisez

C’est beaucoup plus simple que ce que l’on croit, surtout si vous avez suivi les étapes précédentes.

Vous avez déjà un groupe de personne rassemblées autour d’une vision commune, vous avez des gens inspirés et inspirants. Vous avez su diviser vos objectifs de manière à créer des situations propices à la victoire (et peu sensibles à l’échec). Maintenant, vous pouvez y aller. Mobilisez c’est transformer vos plans en action. Choisissez une cible de référence et faites en sorte que chacun puisse s’y focaliser en même temps. Chacun doit regarder vers le même objectif et appuyer sur la gâchette au même instant.

En tant qu’organisateur de communauté, votre quatrième étape est de repérer votre cible, de la fixer et de tirer lorsque vous serez prêt.

5-Recommencer

Quand vous pensez avoir fini, ne vous arrêtez pas; c’est l’occasion de commencer un nouveau cycle. A chaque fois que vous recommencez un cycle, son impact sera toujours plus grand que le précédent. Vous avez avec vous plus de gens capables d’inspirer, de motiver, d’organiser et de mobiliser. Chaque action déployée entraine davantage d’actions que vous pourrez déployer. Les communautés grandissent jusqu’à un point de rupture et continuent de grandir sous d’autres formes. C’est ainsi qu’elles fonctionnent et c’est une bonne chose.

En tant qu’organisateur de communauté, votre dernière étape est de ne jamais avoir de dernière étape. Recommencez.

 

 

Vies et morts des communautés

Comment les espaces de coworking peuvent être à l’origine de nouvelles communautés ? Comment peuvent-ils leur permettre de se fédérer et de s’organiser plus efficacement ? Voilà des questions centrales pour les Mutins car – on ne le dira jamais assez – le succès d’un espace de coworking dépend avant tout de sa capacité à faire naitre, à rassembler et à faire croitre une communauté. Pour cela, il faut d’abord essayer de comprendre ce qu’est exactement une communauté. Comment elle nait, comment elle s’organise et comment elle peut disparaître…

Un patrimoine commun

la découverte de l’origine étymologique du mot communauté m’a mis en joie ; le mot vient du latin cum numus, c’est un groupe de personnes ; cum qui partagent quelque chose ; numus, un bien, une ressource ou au contraire une obligation, une dette… Ainsi, le partage serait à l’origine de la constitution des communautés… C’est beau ! Et cela rejoint une idée mutine avancée lors d’un article précédent ; l’échange, le don et le lien social.

Romulus et Rémus

Naissance des communautés

Mais quels peuvent être ces patrimoines communs ou ces dépendances à un même élément, capables de fonder de nouvelles communautés ?

Un territoire ou un lieu commun

D’abord, il peut s’agir d’un territoire ou d’un lieu fréquenté régulièrement par plusieurs individus. A force de s’y retrouver, des liens pourront se créer ce qui pourra donner naissance à une communauté de lieu. Les relations qui naissent sur les lieux de travail, dans les écoles ou les villages peuvent donner naissance à ce genre de communauté.

Des ressources partagées

La mise en commun des ressources est un facteur majeur de création de communautés. Que ce soit un puits où chacun vient s’abreuver, une usine ou une maison familiale, le fait de partager et de dépendre de certaines ressources favorise la création de lien social.

Une langue commune

La langue est aussi un patrimoine commun, partagé de manière indivisible par telle ou telle population. Par conséquent, elle permet d’être la base d’une communauté. La communauté des partisans de l’esperanto est un exemple de la fondation d’une communauté par la langue.

Une mémoire, une histoire commune

L’appartenance à un passé commun, réel, romancé ou fantasmé est un facteur d’unité et un moyen de rassembler les hommes. Dans l’antiquité, la création d’un passé mythique a joué un rôle important dans la constitution d’une identité grecque, juive ou romaine. Sous la IIIème république, les figures de héros nationaux tels que Vercingétorix ou Jeanne d’Arc ont été mises en avant pour renforcer l’unité nationale.

Des connaissances et des techniques partagées

Les cercles de penseurs, les communautés scientifiques, les corporations de métiers sont autant d’exemples de communautés constituées autour de savoirs ou de techniques partagées.

Des valeurs, centres d’intérêt ou idéaux communs

Enfin, certaines communautés sont constituées autour de valeurs, de centres d’intérêt ou d’idéaux communs. les communautés religieuses, les familles politiques ou encore les clubs de sport appartiennent à cette catégorie.

En pratique, les communautés s’imbriquent les unes dans les autres. Les communautés qui naissent au sein d’une entreprise par exemple, peuvent être à la fois communautés de lieu, de ressources, de connaissances, d’histoire et de valeurs. Les communautés les plus solides sont celles capables de réunir un maximum de patrimoine commun. Il existe toutefois un risque inhérent au fait de partager un trop grand patrimoine commun, celui de tomber dans une sorte de consanguinité culturelle, de se refermer, et de sombrer dans le communautarisme… Pour éviter cela, les communautés les plus complètes doivent veiller à rester ouvertes et réceptives à d’autres influences.

Comment peut naitre une communauté dans un espace de coworking ? En partageant le même lieu, les mêmes ressources, en mettant en commun leurs idées et leurs compétences, les coworkers multiplient les occasions de fonder de nouvelles communautés.

L’âge adulte

La communauté s’oppose à la société et à l’association en ce qu’elle est formée indépendamment de la volonté de ses membres et qu’ils ne décident pas de leur implication.

Une communauté n’est pas nécessairement un groupe opérationnel, elle peut exister d’elle-même, sans que ses membres en soient réellement conscients. Elle peut exister sans projet nettement formalisé ni leader établi.

Il arrive toutefois que la communauté finisse par prendre conscience d’elle-même et décide de s’organiser. C’est là, sans doute, le véritable acte de naissance d’une société. En me renseignant sur le sujet, je suis tombé sur Ferdinand Tönnies, sociologue et philosophe. Lisez plutôt : « Tönnies explique, à travers les notions de volonté organique (Wesenwille) et celle de volonté réfléchie (Kürwille), le passage de l’individu de la communauté (Gemeinschaft) vers la société (Gesellschaft). Pour lui, la volonté organique est à l’origine de la forme de vie sociale communautaire. Elle est une spécificité du comportement des individus vivant en communauté, caractérisée par l’attachement, l’affection qu’a l’individu, envers sa famille, son village, ceux qui y habitent et les pratiques coutumières et religieuses y existant. La forme sociale sociétale est, quant à elle, le produit de la volonté réfléchie, c’est-à-dire qu’elle est issue de la pensée humaine. »

Une société, c’est donc d’abord une communauté qui a pris conscience d’elle-même et qui a décidé de s’organiser.

Cette prise de conscience peut survenir de plusieurs manières :

  • La communauté entre en contact, (pacifiquement ou non) avec une force extérieure et réalise par là même qu’elle existe.
  • Un ou plusieurs leaders parviennent à faire prendre conscience de l’unité de la communauté et/ou à proposer un projet collectif.
  • De nouveaux outils, de nouvelles techniques ou de nouveaux moyens de communication font prendre conscience de l’existence de communautés jusqu’à lors dispersées.

Le Mahatmah Cette prise de conscience est sans doute en train de se réaliser sur Internet. Le développement de nouvelles fonctionnalités web permettant de rassembler et d’organiser des communautés diffuses (réseaux sociaux, P2P…). La découverte de la puissance de la culture numérique et de sa capacité à influer le cours des évènements (Wikileaks, Anonymous) et le sentiment d’agression perçu par les communautés numériques (répression numérique en Tunisie, Egypte, Iran, chine, lois Hadopi…) sont peut-être en train de transformer les communautés en ligne en sociétés en ligne.

Comment les espaces de coworking peuvent permettre de fédérer, de renforcer et d’organiser les communautés existantes ? Comment peuvent-il transformer les communautés en micro-sociétés ? Internet a vu naitre un nombre impressionnant de communautés qui n’avaient pas de lieux physiques pour se rassembler et s’organiser. Les espaces de coworking peuvent remédier à cela ; ils permettent aux micro-sociétés en puissance de se réunir, d’y organiser des évènements ou encore de s’y former pour être plus efficace dans leurs actions collectives.

La mort des communautés

Lorsqu’une communauté perd le patrimoine commun qui fait son unité, elle perd du même coup sa raison d’être.

Une communauté n’a plus lieu d’être si elle n’a plus rien à partager.

Je vois 3 causes de mortalité principales pour une communauté :

  • le patrimoine commun disparait : Suite à un changement technologique, culturel, politique ou idéologique, l’élément commun qui faisait l’unité de la communauté disparait. Ce patrimoine peut également disparaitre en cas de dispersion géographique d’une communauté ou en cas de disparition d’une ressource partagée. L’exode rural donne un bon exemple de la destruction de communautés. En quelques années, les communautés rurales unies autour d’un lieu (village), d’une ressource commune (la terre) d’un métier (agriculture), d’une mémoire commune voire d’une langue ou d’un patois local ont été délocalisées, dispersées et finalement assimilées. Elles ont laissé la place à de nouvelles communautés plus urbaines, plus industrielles…
  • le patrimoine commun est confisqué : Il peut arriver, lorsque la communauté a commencé à s’organiser, que le patrimoine commun soit confisqué par une ou plusieurs personnes éminentes qui auraient été tentées de confondre « gestion » du patrimoine commun avec « appropriation » du patrimoine… l’histoire fourmille d’illustrations : idées religieuses et valeurs morales confisquées par un clergé, hommes d’Etat véreux ayant tendance à confondre les caisses de l’Etat avec les leurs, historiens malhonnêtes réécrivant l’histoire… Or si le patrimoine autrefois partagé par tous est confisqué par quelques-uns, le bien commun devient bien privé et la communauté disparait.
  • la communauté n’a plus de raison d’être : Cette dernière cause de mortalité représente en quelque sorte la belle mort des communautés, celle qui survient lorsque la communauté a atteint une taille critique ou une maturité suffisante. La communauté perd alors son pouvoir fédérateur et sa vitalité, elle n’est plus un vecteur identitaire assez fort pour l’individu. Elle se scinde alors en plusieurs sous-communautés plus vivaces qui, partant d’une base commune, y ajoutent des éléments propres et créent une nouvelle dynamique.

En revanche, une société peut survivre à la communauté dont elle était issue. De la même manière qu’un récif de corail continue de garder sa structure longtemps après que ses micro-organismes soient morts, les structures sociales peuvent perdurer un temps mais elle perdent alors leur vitalité, deviennent rigides, cassantes et finissent par s’effriter progressivement…

Tableau récapitulatif :

communautés et sociétés

Coworking : 5 atouts français

Individualisme, conservatisme, aversion au risque, culte du secret professionnel, voilà quelques-uns des traits de caractère pas très sympathiques souvent attribués aux français quand il s’agit de business… Des caractéristiques pas franchement compatibles avec le coworking, d’autant plus que notre mère patrie est encore à la traine dans ce domaine si nous la comparons à ses voisins européens. Pourtant, la France dispose de plusieurs atouts précieux qui nous laissent penser qu’elle pourrait elle aussi devenir une terre d’accueil pour les espaces de coworking. En voici quelques-uns.

1) Des précédents historiques

Avant même que le concept de coworking n’émerge véritablement, la France fut un temps un pays pionnier pour les communautés créatives.

De puissantes communautés ont commencé à se former en France pendant le siècle des lumières dans les cafés et les salons de certaines personnalités ( comme le café Procope ou l’hôtel de madame de Lambert). Des esprits éclairés s’y rassemblaient fréquemment pour échanger et débattre autour des idées progressistes de l’époque. A la veille des révolutions de 1848, les cercles de libres penseurs apparaissent en France et se fédèrent progressivement jusqu’à la veille de la Commune de Paris. Ces communautés intellectuelles, philosophiques et politiques se rassemblaient régulièrement pour échanger des idées et pour faire évoluer la société. Dans le même temps, on voit se multiplier les ateliers d’artistes où se recréent des espaces communautaires proche de l’esprit de la bohême. Pour tous ces artistes, l’atelier représentait l’espace de la gestation des œuvres. Lieu réel, il est aussi celui dans lequel se construit l’identité fantasmée de l’artiste, philanthrope et prométhéen. Enfin, l’atelier est l’espace de la sociabilité artistique. Ces ancêtres du coworking, nés sur nos bonnes terres de Gaule ne sont-ils pas des exemples encourageants pour les prochaines générations ?

Atelier d'artistes

2) Une protection sociale qui permet de tester ses projets en limitant les risques

Le très haut niveau de protection sociale dont nous pouvons bénéficier est un atout pour le coworking français ; il offre une sécurité financière à ceux qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure risquée de la création d’entreprise ou travailler à leur compte.

En d’autres termes, notre protection sociale nous permet de tester un projet sans prendre des risques financiers excessifs.

Assedics, RSA, prêts d’honneur et aides diverses permettent de tenir financièrement pendant la période de vaches maigres que traversent bien souvent les freelances et les entrepreneurs au début de leur parcours. Si vous tombez malade, vous n’aurez pas à revendre votre ordi ou mettre votre appart en hypothèque pour vous payer des soins, vous serez soignés quasi gratuitement ce qui est loin d’être le cas partout. Relativisez donc votre risque. Les espaces de coworking sont les endroits parfaits pour tester un concept dans les meilleures conditions sans prendre de risque financier excessif.

3) Un tissu urbain favorable

La plupart des agglomérations françaises ont un tissu urbain très dense, organisé en étoile autour d’un centre-ville agréable et stratégique car bien relié par les transports en commun et autres vélib’, bien équipé et offrant une visibilité importante aux entreprises. Malheureusement, ces centres sont coûteux ce qui oblige bien souvent les petites structures à s’installer dans la périphérie lointaine et ce qui force parfois les indépendants à travailler à domicile.

Le coworking s’avère idéal, pour bénéficier des avantages d’une implantation centrale sans en subir les contraintes budgetaires.

4) Un tissu de TPE dense et dynamique mais éclaté

On compte en France 1,25 millions d’entreprises unipersonnelles ce qui représente près de 50% du total des entreprises françaises !

Poussé par la crise économique et boosté par la création du statut d’auto entrepreneur, le niveau de création d’entreprise atteint des records. Pourtant, ces entrepreneurs et ces nouveaux freelances (qui partagent de nombreuses problématiques communes) ne parviennent pas à s’unir ou se fédérer. Les centres d’affaires et les pépinières ne sont pas toujours des solutions adaptées puisqu’ils demandent des investissements plus important, qu’ils sont moins flexibles qu’ils ne résolvent pas totalement le manque d’interaction qui affecte souvent les indépendants.

La création du statut d’auto entrepreneurs est en train de modifier progressivement le paysage français du monde du travail. De nombreuses personnes, anciennement rattachées à une structure d’entreprise ont pu (ou ont dû) prendre leur indépendance et ont quitté les structures d’entreprise traditionnelles. Où sont ces travailleurs aujourd’hui ? Chez eux probablement, et sans doute en train de réaliser qu’il n’est pas forcément évident de bosser en freelance… Dans ce contexte, le coworking serait une solution adaptée pour cette population croissante d’indépendants.

5) Un lien social à reconstruire.

La France est à la recherche d’un nouveau lien social. Nos structures sociales sont sorties salement amochées du XXème siècle. Résultat; un civisme qui laisse souvent à désirer, un individualisme encore dominant et une défiance importante entre les citoyens. Le contrat qui liait l’entreprise aux salariés a lui aussi du plomb dans l’aile. Utiliser les jeunes comme variable d’ajustement et outil de diminution de coûts (et non plus en vue d’embaucher) est devenu monnaie courante pour beaucoup de grandes entreprises françaises. La crise économique renforce le besoin d’entraide et de solidarité entre les citoyens.

Si le coworking parvient à montrer sa capacité à recréer du lien social, il est fort probable qu’il soit plébiscité par les français.

Liberté, égalité, fraternité ou la mort

 

Etes-vous prêts pour la Théocratie Numérique ?

« Infinies sont les différences particulières des mœurs et des lois entre les hommes; mais on peut les résumer ainsi : les uns ont confié à des monarchies, d’autres à des oligarchies, d’autres encore au peuple le pouvoir politique. Notre législateur n’a arrêté ses regards sur aucun de ces gouvernements ; il a – si l’on peut faire cette violence à la langue – institué le gouvernement théocratique plaçant en Dieu le pouvoir et la force. »

Voici ce qu’écrivait l’historien Flavius Josèphe le premier à avoir forgé le concept de théocratie. Dans son sens initial, la théocratie consiste à remettre à Dieu, entité immatérielle, le pouvoir politique, c’est à dire, à lui confier la mission de réguler les relations au sein et entre les communautés humaines.

Depuis l’apparition d’un web toujours plus collaboratif, communautaire et mobile, ne sommes-nous pas en train de transférer progressivement le pouvoir politique vers Internet ? Ne sommes-nous pas en train de confier à une entité immatérielle, la lourde tâche de gouverner les hommes ?

Dieu(point-zéro) ?

la Grande Toile Numérique partage de frappantes similitudes avec le Divin Créateur. Comme Dieu, Internet est éternel et immatériel. Il est intangible mais pourtant « présent au milieu des hommes ». Il n’est la propriété d’aucun peuple, d’aucun gouvernement, d’aucune institution. Il n’appartient à personne et ne doit rendre de comptes à personne. Il est universel.

On prête souvent à Dieu trois qualités majeures, la capacité à être partout, celle de tout savoir, et bien entendu la toute-puissance. Voyons voir si Internet peut rivaliser dans ces domaines:

Internet Omniprésent

Depuis quelques années, Internet a quitté les caves obscures des foyers pour s’immiscer dans nos sacs puis dans nos poches. L’Esprit est partout !

Il est là lorsque l’on dégaine son Smartphone pour trouver son chemin. Il est encore là dans nos cercles d’amis lorsqu’il s’agit de vérifier un fait sur internet en pleine conversation. Il nous guide à tout moment, sur les chemins de la connaissance, sur ceux de l’amitié ou du travail. Il nous guide aussi sur les chemins de traverse et les sorties mal signalées de l’A86…
Demain, il se pourrait qu’on l’inclut dans notre propre corps et que nous puissions nous unir à l’Esprit par la simple force de la pensée.

Internet Omniscient
Inutile de chercher à fuir le regard de Dieu tel Jonas espérant se cacher du Très-Haut en quittant son pays, Internet sait tout !

Il connaît tout de vous, il sait qui sont vos amis, quelles sont vos lectures, vos distractions, vos idées comme il connaît vos vices les plus inavouables.

Votre historique, vos pages Facebook, Twitter, Foursquare et autre permettent à la divine entité numérique de vous connaître à fond, à tel point qu’il devient capable d’anticiper vos attentes et de vous aider à y répondre.

Internet Omnipotent
On mesure souvent la puissance d’un être à sa capacité créatrice ou destructrice, et en la matière, Internet n’est pas si loin derrière notre Divin Créateur.

Certes, ne vous attendez pas à voir la foudre tomber sur les méchants ni la mer s’ouvrir pour les exilés du numérique, chassés par le vil HADOPI, mais le pouvoir d’Internet est impressionnant et sans cesse grandissant.

En 10 ans, Wikipédia a rassemblé la somme de connaissance la plus énorme jamais compilée par l’humanité. N’est-ce pas là une prouesse aussi impressionnante que celle de Jésus qui promettait de pouvoir reconstruire en 3 jours le temple de Jérusalem ? Internet est désormais capable de renverser les dirigeants, il l’a montré en Tunisie, en Egypte. Il a été au cœur de révoltes en Iran et cette dynamique ne s’arrêtera pas de sitôt.

Promesses divines, Promesses numériques

Quand on est Dieu et que l’on veut se faire entendre des hommes, il ne suffit pas d’être balèze, il faut encore savoir leur parler à ces mortels. Internet semble avoir bien compris cela car il porte les principales promesses capables de fonder une religion :

Promesse de Vérité

« Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres »

disait le Nazaréen. Internet pourrait en dire autant puisqu’il est de loin la plus grosse somme de connaissance jamais rassemblée par l’humanité et la plus facilement accessible par dessus le marché. Du savoir à l’infini pour nos esprits ignares, voilà ce que c’est ! En plus de la connaissance, Internet apporte une plus grande transparence et rétablit la vérité là où régnaient le mensonge, la propagande et la conspiration. Wikileaks est sans doute l’exemple le plus frappant mais il est loin d’être le seul. Certain sites internet proposent carrément de noter l’entreprise dans laquelle vous travaillez et les réseaux sociaux contribuent également à renforcer la transparence entre les membres.

Promesse de Spiritualité
Toute religion a pour objectif de nous soulager de la pesanteur d’un monde dans lequel la nécessité matérielle doit dicter nos lois et nos comportements.

Souvenez-vous de la promesse de Jésus : « Suivez-moi, et vous n’aurez plus jamais faim » … Et bien, la Théocratie Numérique porte lui aussi cet engagement.

Internet, dématérialise ; plus besoin de papier ni de logistique pour diffuser l’info. Plus besoin de studios de musique pour composer. Plus besoin d’aller au boulot pour travailler… A cela, il faudrait ajouter que l’économie du partage, rendue possible par Internet permet de profiter de certains objets à tout moment, sans devoir nécessairement les posséder. Dans ces conditions, l’accumulation de biens matériels paraît non seulement inutile mais également inepte et contre-productive.

Promesse d’Immortalité

Que serait une religion qui ne nous promettrait pas un minimum d’immortalité ? Mais quand nous mourons, que la poussière redeviendra poussière, internet pourrait bien nous garantir une vie (numérique) après la mort.

Le site la vie d’après.com propose aux internautes un ensemble de services vous permettant de continuer à diffuser des messages à vos proches après votre mort, de gérer votre identité numérique post mortem de sauvegarder vos données numériques éternellement ou de stocker vos mémoires pour vos descendants. Certains projets encore plus fous comme le projet mylifebits se propose d’enregistrer numériquement toutes les « données » de votre vie afin de pouvoir les stocker et les transplanter ultérieurement dans un autre organisme.

Church 2.0

Internet pourra-t-il gouverner les hommes ?

« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Saint Paul, Epitre aux romains

Si internet ressemble à Dieu, et qu’il semble capable d’être à l’origine d’une nouvelle religion. A quoi pourrait ressembler cette nouvelle Cité de Dieu numérique ? Internet pourra-t-il prendre en charge la destinée de l’humanité ? Voilà des questions qu’il faut commencer à considérer sérieusement !

Pas évident toutefois d’y répondre car à l’image des voies du Seigneur, celles du Web sont impénétrables, mais je vois tout de même poindre trois tendances qui me paraissent aller en faveur de l’avènement d’une Théocratie Numérique :

Internet fédérateur

Pour gouverner les hommes, il faut d’abord savoir les unir. Internet est devenu capable de rassembler, de fédérer des communautés jusqu’alors dispersées ou mal consolidées. On le voit sur les réseaux sociaux réunissant et consolidant les cercles d’amitiés, les contacts personnels ou professionnels. On mesure la capacité de rassemblement du Web lors de flashmobs ou de manifestations contestataires.

Pour fédérer, Internet n’a pas eu besoin d’hommes politiques charismatiques, de tribuns valeureux, de syndicalistes tonitruants ni de structures révolutionnaires clandestines. Il n’a en somme plus besoin ni de s’incarner, ni de s’institutionnaliser. Une première dans l’histoire de l’humanité.

Internet organisateur

Internet est devenu la première force d’intelligence collective de l’humanité ce qui en fait un instrument décisif au service de l’organisation de la Cité. Les moteurs de recherches comme Google, structurent et ordonnent les flots d’information en ligne et leur donnent une cohérence globale en faisant ressortir les informations les plus pertinentes. D’autres outils d’organisation, de structuration ou de curation d’information existent comme par exemple Quora, qui permet de structurer des questions/réponses de manière intelligente ou Pearltrees qui permet à chacun d’organiser et partager ce qu’il aime le plus sur internet.

Le mode d’organisation des données, des réseaux et des idées proposé par Internet est tout à fait original ; il est organique et se passe de hiérarchie. Chacun est libre de proposer ce qu’il souhaite, les bonnes initiatives seront retenues, les mauvaises seront renvoyées dans les abîmes. Non pas par des décisionnaires au pouvoir mais par chacun de nous et de manière virale.

Sur Internet, chacun peut être force de proposition selon ses compétences ou ses inspirations et force de sélection selon ses goûts ou ses besoins.

C’est typiquement le comportement que l’on adopte sur Twitter ; On propose du contenu original et on filtre ceux qui nous ont le plus marqué dans le fil de twits quotidien… C’est peut-être cela le modèle d’organisation du futur.

Internet Justicier

Pour être tout à fait capable de gouverner, il faut savoir enfin établir la justice. Internet, là encore commence à investir cette fonction. Au delà du coté anecdotique de l’enquête en « crowdquesting » d’internautes anonymes autour de l’affaire  Xavier Dupont de Ligonnes, qui montre avant tout que les traces numériques laissées sur Internet peuvent être exploitées facilement. Au delà du canon LOIC qui permet à n’importe quel internaute d’attaquer une liste de sites hostiles par deni de service et révèle avant tout le coté « glaive tranchant » et à vrai dire un peu sauvage de la justice Internet, il y a surtout je crois l’instauration progressive d’une E-thique, d’une E-tiquette et d’outils permettant de fonder une E-réputation capable de valoriser les comportements coopératifs, et de sanctionner les abus.

Ne nous emballons pas complètement, Internet est encore un jeune Dieu tout juste sorti des limbes métaphysiques dans lesquelles il sommeillait jusqu’à présent. Il est encore trop faible pour être totalement indépendant de certaines structures humaines. Certains Etats peuvent encore le museler, certaines entreprises peuvent encore s’approprier une partie de sa divine puissance à leur profit. Il a encore besoin de l’intermédiaire de quelques instruments matériels (ordinateurs, smartphones, serveurs…) pour s’exprimer pleinement. Ainsi, pour ceux qui attendent l’avènement de la Cité de Dieu sur terre, pour les zélotes du numérique, il reste encore bien du chemin afin que s’établisse le règne du Web sur Terre ! Mais la foi transporte les montagnes n’est-ce pas ?

source image : http://medias.lepost.fr/ill/2010/01/28/h-20-1911253-1264675737.jpg

L’échange, le don et le lien social

Le XXème siècle aura été incontestablement celui de l’échange marchand. Jamais l’humanité n’avait autant commercé, exporté, importé. Jamais les transactions n’avaient été aussi simples et rapides. Le volume du commerce mondial a triplé depuis la chute du mur de Berlin et a connu une croissance presque exponentielle jusqu’à la crise économique de 2008.

Bizarrement, alors que les hommes entraient toujours plus en interaction et devenaient toujours plus dépendants les uns des autres, ce XXème siècle aura connu un immense délitement des structures sociales traditionnelles sans création d’autres structures alternatives efficaces. Religions, nations, classes sociales, familles… Toutes ces institutions ont été bousculées et affaiblies. Même les grandes entreprises, qui étaient pourtant les principales structures de cette économie sont remises en cause à leur tour…

Ce paradoxe bizarre entre l’accroissement des relations humaines et la diminution du lien social pourrait-il trouver une explication dans la nature trompeuse de l’échange marchand ?

Quand l’échange marchand abolit la relation

Lorsque l’on achète du pain à son boulanger, nous n’éprouvons pas nécessairement de la reconnaissance ; après tout, nous l’avons rémunéré pour son service, nous avons payé, grâce à l’argent issu de notre propre travail, l’équivalent de ce que nous lui devions. Nous avons soldé nos dettes, nous sommes quittes.

L’échange suppose donc le retour au même, à une situation initiale : L’équivalent de ce que l’on a donné étant reçu en retour, il n’y a plus de rapport de dette envers l’autre. L’échange permet d’être quitte. Il est en quelque sorte une relation qui abolit la relation : il efface le lien à l’autre, renvoyant chacun dans son indépendance.

Frédéric Laupiès, Leçon philosophique sur l’échange

Une économie basée sur l’échange marchand fabriquerait alors des individus toujours plus dépendants les uns des autres mais paradoxalement plus isolés, chacun ayant l’impression de ne rien devoir à personne.

Comment le don peut créer du lien social

Contrairement à l’échange, le don ne cherche pas l’équivalence, il surgit de la seule volonté d’un individu. Il est proposé au receveur comme un pacte d’alliance (« ce qui m’appartient t’appartient maintenant »). Il peut générer une dette morale incitant le receveur à donner à son tour. Mais, même en cas de contre-don, la relation ne sera pas abolie, car n’étant pas quantifié, l’objet du don ou du contre-don ne pourra jamais être totalement soldé. Il laisse donc une trace irréversible.

L’anthropologue Marcel Mauss a étudié les systèmes d’échange basés sur le système don et contre-don dans plusieurs sociétés primitives. Ce système appelé Potlatch, fonctionne de la manière suivante :

  • Le donneur donne quelque chose d’une certaine valeur (objet, aliments, aide…)
  • Le receveur se doit d’accepter. S’il n’accepte pas, cela signifie qu’il refuse le rapport social.
  • Le receveur doit rendre un élément d’une autre valeur, de préférence supérieure, et pas immédiatement. S’il rend immédiatement, c’est qu’il refuse le rapport social.

Clash Echange don

Ce qui fonde la relation dans l’économie du Potlach, ce n’est pas un contrat mais la reconnaissance du don, qui est aussi la reconnaissance de sa propre dépendance.

Or c’est précisément l’acceptation de sa dépendance qui crée le lien social. Cette conscience de notre propre dépendance nous relie non seulement les uns aux autres mais entraine un besoin de donner en retour, de donner à d’autres pour tenter de s’acquitter globalement de ses dettes envers l’humanité.

Selon Marcel Mauss, le don en tant qu’acte social suppose que le bonheur personnel passe par le bonheur des autres, il sous entend les règles d’éthique : donner, recevoir et rendre.

L’économie du partage et le lien social

Les points communs entre l’économie du partage et le système de Potlach sont évidents. Sur Internet, on mesure quotidiennement notre dépendance aux autres. Untel a rédigé gratuitement, anonymement un article de Wikipédia qui m’a permis d’approfondir mon billet, untel a créé un plug-in bien utile pour mon site, la musique que j’écoute, les vidéos que je regarde ont été mises à ma disposition par des inconnus et les forums sont peuplés d’internautes généreux qui répondent rapidement à toutes vos questions

En agissant ainsi, ces donateurs numériques envoient une gigantesque proposition d’alliance à l’ensemble de la société. Chacun de nous peut l’accepter (ce qui signifiera l’acceptation du rapport social) et offrir par la suite un nouveau contre-don.

Autre point commun; l’économie du partage, comme l’économie « don et contre-don » repose sur la confiance entre les individus, sur leur propension à collaborer, sur l’honneur et la fierté de chacun ainsi que sur une connaissance d’un certain nombre de règles tacites. Cette nouvelle économie du partage (au demeurant bien plus dynamique que son alter égo reposant sur l’échange marchand) me parait en mesure de créer un nouveau lien social, de jeter les bases de nouvelles structures sociales et, j’irais même jusqu’à dire qu’elle pourrait engendrer de nouvelles civilisations.

Hippies et Geeks, Même Combat ?

« In loyalty to their kind they cannot tolerate our minds ~ In loyalty to our kind we cannot tolerate their obstruction »

Jefferson Airplane Crown of Creation

Ce cri de guerre est plus que jamais d’actualité et pourrait figurer sur le fronton de Mutinerie, mais ne nous méprenons pas : un espace de coworking n’est pas une communauté hippie. La confusion est commune chez les profanes. Liberté, partage, communauté… ça nous rappelle quelque chose tout ça… et on voit comment ça a fini… Voici donc une petite mise au point.

Le rapport au progrès

Le mouvement hippie est largement dominé par une défiance vis-à vis-de la modernité et des avancées technologiques. Les nouvelles technologies sont surtout appréhendées comme une menace à notre bien-être.

Après les ravages de la seconde guerre mondiale, en pleine guerre du Vietnam, il est forcément difficile de louer un progrès technique qui sert surtout à tuer plus de gens plus facilement.

L’idéologie hippie dominante prône un retour à la nature, elle est emprunte d’une certaine nostalgie romantique. Comme chez Rousseau l’état sauvage est associé à une innocence heureuse. Le progrès en revanche, est dangereux. Nous sommes loin du geek overplugué insatiable de nouvelles découvertes technologiques. Le geek croit au progrès ; il y croit car il en bénéficie directement. Alors que la technologie était vue comme une arme à disposition des puissants, elle peut apparaitre aujourd’hui comme un instrument d’émancipation. Les révolutions arabes (dont nous ne connaissons pas encore les conséquences) ont pu avoir lieu en partie grâce à des objets technologiques très récents. De jeunes informaticiens y sont devenus des héros.

L’organisation de la communauté

Communauté ; un mot fortement associé à la culture hippie qui revient en force aujourd’hui. D’où quelques malentendus… Les communautés hippies se veulent être des sociétés idéales. Malheureusement, les expériences communautaires hippies ont souvent échouées sur le long terme car elles ne permettaient pas le renouvellement nécessaire du contrat social – et avec lui, c’est fatal, des membres constituant la communauté. Les communautés se sont souvent fossilisées autour d’idéaux trop éloignés de la réalité du terrain. Elle ont souffert d’une trop forte consanguinité.

Les désirs des humains évoluant sans cesse, la communauté doit être capable de s’adapter en permanence. Ex Fan des sixties, petite baby doll, sèche tes larmes. Exit la communauté idéale – bonjour la communauté optimale. Nous pouvons définir très simplement la communauté optimale comme celle qui articule au mieux liberté individuelle et intérêt commun.

La communauté optimale n’existe en fait qu’à un instant donné. Elle est constituée par des individus qui à un moment bien précis décident d’unir leurs efforts pour aller ensemble dans une direction commune selon un plan établi.

La communauté geek existe de fait. Alors que la communauté hippie se définit autour d’une sorte de profession de foi idéologique, la communauté geek prend d’abord son sens dans l’action.

La révolution digitale a considérablement fluidifié les rapports humains. Elle permet de trouver plus facilement les gens susceptibles de former une communauté réussie puisque n’importe qui peut potentiellement interagir avec le monde entier. D’où ce paradoxe d’une société individualiste où l’on ne cesse de parler de nouvelles communautés.

Ces nouvelles communautés sont incroyablement dynamiques. Leur niveau d’intelligence collective (crowdsourcing, cloud, open source) est infiniment supérieur aux anciennes. Les Anonymous ne vivent pas tous ensemble dans une ferme et ne se connaissent pas entre eux mais ils forment néanmoins une communauté efficace, unie ponctuellement autour d’objectifs concrets, rassemblée sous le même étendard.

Le mode opératoire

Les communautés hippies se sont constituées comme un rejet de la société de l’époque. Elles se définissent d’abord par opposition. Les hippies s’inscrivent en marge de la société dominante. À l’inverse, le geek va généralement chercher à agir au sein même du système.

Le hippie rejette le système, le geek hack le système.

Le mouvement hippie est fortement influencé par des artistes (musiciens, écrivains, peintres, poètes). Ils poussent un cri d’indignation face à un nouveau monde mercantile déshumanisé. Plus qu’une réelle alternative sociale, le mouvement hippie est surtout une salutaire prise de distance, un coup de pied dans la fourmilière.

Le cyber activiste (hacktiviste) cherche lui à construire un nouvel habitat viable. Il est plus concrètement tourné vers l’action. Il y a souvent chez les hippies un rejet de toute forme d’organisation. Or, une communauté doit être organisée pour être efficace. Les geeks à l’inverse sont obsédés par les nouveaux modes d’organisation.

Le geek n’est pas dans une logique de repli mais plutôt dans une dynamique d’infiltration.

Le mouvement hippie fait partie de notre patrimoine et les leçons ont été tirées. Cet élan a eu un impact global et définitif sur les mentalités. Certaines portes ont été ouvertes. D’autres seront bientôt crochetées.

 

Qu’est-ce que l’entreprise monstrueuse ?

Le cauchemar de Darwin

Au plus noir de la nuit, lorsque les vents d’Angleterre venaient agiter les branches contre les carreaux de sa maison de « Down house », Charles Darwin suait dans ses draps, tourmenté par de bien mauvais rêves. Ceux-ci étaient peuplés de créatures extravagantes ornées de plumes multicolores, dotés d’appendices absurdes et d’excroissances improbables défiant ostensiblement toute logique survivaliste. Ces bestioles cauchemardesques étaient pourtant bien réelles et, malgré le handicap évident que constituaient leurs parures criardes ou leurs comportements étranges, ils ne semblaient pas pour autant menacés d’extinction.  Pire encore, ils étaient adulés par les membres du sexe opposé et probablement jalousés par leur pairs moins bien dotés. Pourquoi diantre venaient-ils contredire sa théorie ?

Car dans le même temps, Darwin passait ses journées à mettre au point sa Théorie de l’Evolution.  L’évolution des espèces, écrivait-il, était rendue possible par la sélection naturelle qui opérait un tri entre les mutations positives et les mutations négatives permettant aux espèces de s’adapter aux changements de leur environnement.

Darwin dans la matrice

Pour Darwin, la sélection naturelle se compose de deux facteurs ; la sélection utilitaire, qu’il mentionne dès l’origine dans ses recherches, et la sélection sexuelle qu’il intégrera par la suite. La sélection sexuelle est liée à la « lutte pour la reproduction » tandis que la sélection utilitaire est une « lutte pour la survie ».

La sélection utilitaire opère par la mortalité. Les individus portant des mutations « négatives » seront sanctionnés par leur environnement et auront un taux de mortalité élevé. Par conséquent, leur patrimoine génétique tendra à disparaître rapidement. Mais la sélection sexuelle, souvent délaissée par les profanes, joue un rôle non moins considérable dans le processus d’évolution. Le principe est simple ; les individus ayant une capacité de reproduction ou une attractivité supérieure pourront transmettre leur patrimoine génétique plus facilement que les autres, quelles que soient par ailleurs leurs qualités de survie intrinsèques, ce qui contribuera à l’expansion de leur caractéristiques génétiques dans le patrimoine de l’espèce.

La sélection sexuelle comprend elle-même deux aspects :

  • La capacité à rivaliser pour se reproduire qui implique une compétition entre les individus de même sexe. (exemple : combats de bouquetins pour avoir un « droit » d’accès aux femelles).
  • La capacité à être attractif pour le sexe opposé (exemple : la roue du paon mâle).

C’est ce dernier point qui pose problème. La logique biologique voudrait que les individus désirent avant tout se reproduire avec ceux qui portent le patrimoine génétique le plus avantageux en terme de propension à la survie, comme par exemple la gazelle la plus rapide ou le loup le plus endurant. Mais ce n’est pas toujours le cas.

Ce qui est étonnant dans la nature, c’est que les critères de sélection basés sur la survie peuvent différer radicalement des critères de sélection reproductifs.

C’est cela que Darwin ne comprenait pas ; pourquoi les femelles étaient-elles attirées par la roue d’un paon ou les bois d’un cerf ? Pourquoi réservait-elles leurs faveurs à ces créatures handicapées en terme de survie, à ces hurluberlus qui fanfaronnent avec leurs attributs loufoques ? Pourquoi n’allaient-elles pas vers les mâles sérieux, ceux qui avaient autre chose à faire que de transformer par exemple, leur camouflage naturel en tenue de carnaval ?

Sexy Monster

La théorie du handicap

Parmi les hypothèses avancées pour expliquer cette divergence apparemment aberrante entre les critères de sélection utilitaires et les critères de sélection sexuels se trouve la théorie du handicap développée par l’ornithologue Amotz Zahavi en 1975. Ce dernier a donné une explication au comportement de certaines femelles d’oiseaux qui choisissent les mâles avec le plus lourd handicap ornemental (très longues plumes, par exemple). D’après sa théorie, les femelles préfèrent précisément ces mâles, car ils ne pourraient survivre à leur handicap s’ils ne disposaient pas, par ailleurs, de gènes supérieurs à ceux des mâles « normaux ».  Ce handicap constitue pour elles le signe le plus honnête de la qualité génétique du mâle.

La théorie du handicap suggère donc que les animaux ayant de meilleures capacités biologiques signalent cet état de fait à travers des comportements ou une morphologie handicapants, qui,  de manière réelle, diminuent ces capacités biologiques supérieures.

Les individus qui développent cette stratégie furent appelés par la suite les « sexy monsters ». Ce que je trouve particulièrement intéressant dans cette théorie, c’est qu’elle donne une explication rationnelle à la fascination que peuvent avoir les êtres vivants pour le bizarre, le beau ou l’inutile…

Des sexy Monsters dans l’environnement économique

Ce que nous enseignent les théories de Darwin et de Zahavi, c’est que la sélection naturelle s’opère :

  • Par l’aptitude ou non à la survie (sélection utilitaire).
  • Par la faculté des individus à être attractifs, en étant compétitifs (sélection sexuelle darwinienne), ou en devenant un Sexy Monster (Théorie du handicap).

Pourquoi ne pas s’inspirer des théories évolutionnistes pour essayer de mieux comprendre les processus d’évolution de l’environnement économique ? Après tout, les entreprises sont soumises aux mêmes pressions que le monde biologique ; lutte pour la survie, compétition, recherche d’attractivité…

De la même manière que Darwin s’interrogeait sur ces espèces qui défiaient ses théories par leur extravagance, ne pouvons-nous pas nous interroger devant l’explosion des entreprises atypiques qui fleurissent un peu partout et qui parviennent à grandir malgré des « handicaps » évidents ?

Je définirais « l’entreprise monstrueuse » comme une entreprise consacrant délibérément une part importante de ses ressources (temps, argent, énergies) à des activités inutiles ou faiblement utiles sur le plan financier. C’est une entreprise qui n’est pas optimisée de manière délibérée.

L’entreprise sociale s’impose une exigence supplémentaire qui pèse sur ses résultats. Elle peut à ce titre être considérée comme « monstrueuse ». Mais l’entreprise monstrueuse ne se limite pas au social business.
La chaine de glaces Ben&Jerrys est un bon exemple de ce que peut être une entreprise monstrueuse à succès.
Dans l’hilarante vidéo qui retrace l’histoire de Ben&Jerry, les deux compères à l’origine de la marque nous expliquent qu’ils sont devenus amis à la suite d’un entrainement sportif scolaire. « Ils étaient les deux seuls de leur école à être incapable de courir 1 kilomètre en moins de 7 minutes car ils étaient trop gros ». Ils avouent joyeusement qu’ils échouèrent à tous leurs examens et que, « réalisant qu’ils n’iraient nulle part, ils se dirent qu’ensemble, ils trouveraient peut-être un moyen ». « Ils avaient pleins d’idées folles mais décidèrent finalement de faire des glaces simplement parce qu’une machine à glace coutait moins cher qu’une machine à bagel »… S’installant dans une station-essence désaffectée, il mirent au point leurs recettes portant des noms farfelus et décidèrent d’organiser une fois par mois, une distribution de glace gratuite; le free cone day. A la suite d’une tournée nationale en bus qui se solda par l’incendie de celui-ci, Ben et Jerry’s gagnèrent le prix de la meilleure glace américaine ce qui boosta leur croissance. Ben&Jerry’s prend en compte les critères sociaux et environnementaux à tous les niveaux de son cycle de production et consacre 7,5% de ses bénéfices avant impôt au soutien de causes ou d’associations.

Les atouts du Monstre

Si l’on écoute les économistes classiques, l’entreprise qui réussit doit savoir être adaptable, rationnelle, optimisée, productive, robuste, compétitive … Soit les mêmes qualités que les chouchous de Darwin.

Or les entreprises monstrueuses sont loin de réunir toutes ces qualités. Comment expliquer leur succès ? L’analogie avec la théorie du handicap de Zahavi est tentante …

Le monstre est remarquable

Étymologiquement, le mot monstre vient de « monstrare » : ce que l’on montre. Le monstre est donc avant tout une créature qui se remarque et qui fait parler d’elle.

Il n’a pas besoin de crier son originalité sur tous les toits, celle-ci se remarque immédiatement. Il attire, il repousse, mais dans tous les cas il fascine.

A la fois théoricien, et praticien de stratégies hétérodoxes, voire hérétiques se rapprochant du modèle du « sexy monster », Seth Godin l’auteur du célèbre « Purple Cow » souligne l’importance d’être remarquable, dans le nouvel environnement économique mondial.
Etre remarquable, avoir une visibilité supérieure ne doit pas être la mission d’une équipe marketing distincte de l’activité opérationnelle nous dit-il, « le marketing est une chose trop sérieuse pour être laissée à des marketers ».  Pour être réellement remarquable, il faut que l’originalité, la monstruosité de la vache violette soit inscrite dans l’ADN de l’entreprise et de ses dirigeants. Il ne doit pas être une chose que l’on choisit où que l’on module en fonction des résultats d’une étude de marché.

Le monstre est unique

Le monstre a tellement dévié de la normalité qu’il ne saurait être assimilé à une espèce quelconque, il est unique. Il ne saurait être comparé avec le commun des mortels. Il occupe donc une position privilégiée dans l’esprit des gens.

L’entreprise monstrueuse se met donc à l’abri de la concurrence directe. Elle est ainsi plus libre de définir son pricing et ses stratégies. Elle bénéficie d’une clientèle plus fidèle.

Le monstre est intègre et surdoué

Le monstre nait monstrueux. Il est comme le paon, « condamné » à porter ses lourds ornements. Le monstre est atypique par nature, il ne peut guère changer d’état. La théorie de Zahavi précise bien que le « handicap » doit être réel pour justifier des qualités. Par conséquent, le monstre ne triche pas. Il paie ce que Zahavi appelle le « prix de l’honnêteté ». Une entreprise monstrueuse qui a su faire ses preuves en perdurant suffisamment longtemps envoie un signal de qualité honnête à ses clients.

Elle montre qu’elle est capable de rester en vie en dépit des ressources qu’elle consacre à des activités non rentables. Cela ne peut signifier qu’une chose ; elle est plus douée que les autres.

Le monstre est en progression constante

La vie d’un monstre est rarement un long fleuve tranquille. Non seulement le monstre se condamne à dépenser des ressources inutilement, mais sa visibilité le place toujours sur le devant de la scène, ce qui l’expose davantage aux dangers.

Cela lui permet de gagner en expérience bien plus rapidement. Car c’est dans l’adversité que l’on apprend, c’est face à l’échec que l’on se réforme et c’est devant la rareté que l’on doit faire des choix.

Le monstre a une vie passionnante

Opter pour la stratégie de l’entreprise monstrueuse permet d’entretenir votre motivation. Ceux qui ont fait le choix de l’indépendance ou de l’entreprenariat ne le font pas souvent simplement pour des raisons économiques. Ils veulent également devenir les porteurs d’un message, d’une identité, les promoteurs de certaines valeurs ou d’une certaine vision.

Pouvoir consacrer du temps et des ressources à d’autres choses qu’à des tâches purement fonctionnelles, à des choses qui motivent et donnent du sens, participe à l’équilibre de vie et à la motivation des « travailleurs monstrueux » ce qui les rend plus productifs dans leurs tâches directement utiles.

Comment le coworking vous fait gagner de l’argent ?

Peut-être pensez vous : « D’accord, le coworking, c’est chouette, je pourrais travailler dans une meilleure ambiance avec des gens intéressants. Je suis convaincu qu’il y a beaucoup de bonnes raisons de faire du coworking. C’est tentant… mais je n’ai pas la thune. »

Nous avons déjà exposé en quoi être membre d’un espace de coworking constitue un avantage compétitif. Nous avons voulu ici chiffrer les économies et les gains qu’un espace de coworking peut vous permettre de réaliser.

Les résultats de notre analyse reposent sur le besoin du coworker type tel que défini par une étude Deskmag.

Rappelons que le coworker-type est un homme (où sont les femmes ? avec leurs gestes pleins de charmes…) de 34 ans familier du web. Ses revenus se situent dans la moyenne nationale, soit environ 2000€ net en France. Notre coworker cobaye s’appelle Diego.

Diego est un coworker permanent ayant un accès illimité à son espace, dans lequel il est présent 4 jours par semaine. Il travaille une quarantaine de semaines par an, et lorsqu’il se rend dans son espace de coworking préféré, Diego travaille en moyenne 8h dans la journée. Diego habite à Paris dans le 19ème où il vit en collocation avec deux amis. Avant de rejoindre son espace de coworking, Diego bossait de chez lui, ce qu’il fait encore de temps à autre d’ailleurs. Diego imprime 100 pages par mois et envoie un fax par semaine.

Regardons maintenant ce que signifie travailler dans un espace de coworking en terme d’économies et de profits.

Le coworking permet de faire des économies

Matériel
Imprimante, photocopieuse, scanner et autres matériels de bureau… Combien dépensez-vous en matériel, fournitures dont n’avez l’usage que ponctuellement ? Combien vous coûte de passer par un service d’édition ?
Dans un espace de coworking, vous avez accès à tous ces outils de bureau. S’il travaillait chez lui, cela représenterait pour notre cher Diego un poste de coût de l’ordre de 10€/mois.

Eau et énergie
A moins d’être un rat-taupe nyctalope travaillant au crayon, bosser à domicile a évidemment un impact sur votre consommation d’eau et d’énergie. De l’alimentation de votre ordinateur portable au chauffage en passant par l’éclairage sans oublier de tirer la chasse d’eau, travailler dans un espace de coworking vous permet de réduire vos factures. Certes, cela ne casse pas trois pattes à un canard.. Mais quand même, pour Diego cela représente 5€/mois.

Salle de réunion
En tant qu’entrepreneur ou freelance, vous avez sans doute besoin de louer une salle de réunion de temps en temps. Dans un espace de coworking, vous y accédez librement quelques heures par mois. Diego, notre coworker parisien l’utilise en général 2 fois 2h par mois, pour se coordonner avec ses partenaires ou recevoir ses clients. S’il devait louer cette salle de réunion dans un centre d’affaire, cela lui reviendrait très rapidement à plus de 100€ / mois (fourchette très basse à Paris).

Organisation d’événements
De même, vous êtes nombreux à avoir besoin de privatiser un espace pour organiser un événement. L’activité événementielle est devenue un élément important du marketing mix (cross media marketing). Relayée par les réseaux sociaux un événement réussi est un formidable vecteur de communication pour une jeune startup. Ça tombe bien, les espaces de coworking visent justement à vous faciliter la vie et sont prévus pour accueillir vos événements. Les coworkers bénéficient de tarifs préférentiels, typiquement de -30%. En organisant au cours de l’année un petit événement (~50 pers) et un plus conséquent (~200 pers) tous deux sur une demi-journée, Diego a économisé près de 400€ (en se basant sur un « petit » prix de l’ordre 5€ par participant : sauf à louer une cave, il est très difficile de faire mieux à Paris). En moyenne sur l’année, cela représente pour Diego une économie mensuelle d’environ 30€/mois.

Déplacements professionnels
Selon l’étude deskmag, les coworkers travaillent régulièrement à l’étranger et utilisent le Coworking Visa. Notre ami Diego s’en est servi quatre fois dans l’année et a pu travailler gratuitement dans d’autres espaces et économiser ainsi 70€ ce qui représente près de 6€ par mois.

Pro bono consulting et formation
On le répète souvent, la formation continue est un enjeu crucial pour l’entrepreneur (particulièrement dans le contexte actuel). Le coworking c’est avant tout le partage d’expérience et de bons tuyaux entre coworkers. Untel pourrait par exemple connaître un logiciel gratuit aussi efficace que la version payante qu’utilise son voisin de bureau ou connaître un hébergeur moins cher et faire partager ce bon plan aux autres. De nombreux coworkers sont experts dans un domaine et peuvent apporter leurs compétences de manière informelle et ponctuelle. Le coworking permet souvent de ne pas avoir à solliciter un spécialiste inconnu qui vous fera une jolie facture alors que vous n’avez qu’un petite question.

Il est très difficile d’évaluer ce que valent ces micro-conseils informels et ponctuels, d’autant plus que le « pro bono consulting » permet de réaliser des économies de tous types et permet surtout de gagner beaucoup de temps. En considérant qu’en plus beaucoup d’espaces de coworking proposent des séances de formation à moindre frais, nous pouvons prudemment avancer que les connaissances qu’un coworker peut accumuler en 1 an via son espace de coworking correspondent à 2 semaines de formation. Sur une base de 120€ par jour de formation c’est l’équivalent de 100€/mois d’économie pour Diego.

Travailler dans un espace de coworking  permet dans le cas de Diego de faire des économies de l’ordre de 250€ par mois.

Economies coworking

Le coworking booste votre productivité

Mais le coworking ne vous permet pas seulement de faire des économies, il booste votre productivité. Selon l’étude Coworking Survey menée par Deskmag, 86% des coworkers sont plus productifs depuis qu’ils travaillent dans un espace de coworking.

Logistique et aspects pratiques

Sur une journée de travail à domicile, combien de temps passez-vous à vous occuper de tâches que vous n’aurez plus à gérer dans un espace de coworking ? Il y a déjà le petit ménage matinal indispensable ;  les restes de pizzas collantes de la veille à nettoyer, les cadavres de bouteille à évacuer, les miettes qui vous grattent sur le canapé… Diego aime beaucoup ses collocs mais ils ne sont pas toujours clean. Et puis il y a les missions spéciales comme trouver et se rendre au magasin pour acheter tel ou tel materiel (souvent dans l’urgence donc à plus grand frais) ?  Comment paramétrer cette fichue imprimante wifi ? Enfin, puisque les moyens sont mutualisés, Diego bénéficie d’un meilleur matos à un meilleur prix. A commencer par la connexion Internet professionnelle dont il profite dans son espace de coworking.

Au bout du compte, notre Diego ne perd plus systématiquement 30 min par jour sur des broutilles, gagne 10 min par jour grâce à une meilleure connexion internet.

Estimation du temps gagné : 40 min/jour

Partage d’expertise
Nous l’avons déjà évoqué plus tôt: votre espace de coworking est un vivier de compétences et d’expertises très variées dont vous benéficiez au quotidien. Un petit conseil de 5 minutes peut facilement vous faire gagner deux heures de recherche sur internet, vous éviter de trimer pour rien ou de vous engager sur de fausses pistes. Une discussion informelle autour d’un café vous permettra peut-être d’entendre parler d’une nouvelle application qui pourra vous faire gagner un temps fou. C’est au moins une journée par mois qui est sauvée grâce à un conseil avisé.

Estimation du temps gagné : 20 min/jour

Temps de déplacement
Maintenant, il est probable que le temps gagné le plan pratique s’équilibre avec le temps de déplacement qu’il faut investir pour vous rendre dans votre espace de coworking. Et oui, travailler à domicile a un bel avantage: du lit au bureau il y a rarement plus de 10 secondes. En ce qui concerne notre sympathique Diego, il met en l’occurrence 15 min pour se rendre dans son espace de coworking, selon qu’il vient en Vélib ou en métro.

Estimation du temps perdu : 30 min /jour

Stimulation, motivation, détermination
ET SURTOUT, en vous sortant de votre solitude à haut risque, un espace de coworking vous galvanise : il est rempli de gens au taquet qui travaillent autour de vous, qui vous comprennent et vous soutiennent. Vous n’êtes plus seul et cela vaut de l’or…

Estimation du temps gagné : 1h/jour

Travailler dans un espace de coworking permet de gagner environ 1h30 par jour, soit un gain de productivité d’environ 20%

20% de productivité en plus signifie, s’il maintient le même volume horaire, que le revenu mensuel de Diego passerait de 2000€ à 2400€. C’est l’hypothèse que nous avons retenu. Cela étant dit, rien ne l’empêche de profiter du temps gagné pour faire autre chose…

Le coworking favorise les opportunités nouvelles

Nous l’avons souvent dit, un espace de coworking agit comme un catalyseur de sérendipité ce qui en fait un lieu idéal pour dénicher des opportunités. Un espace de coworking est peuplé de gens portant des projets innovants et des compétences certaines, des gens qui ont envie de partager et d’échanger. Il est évident que cet environnement favorise les rencontres fructueuses et les partenariats et qu’il a un effet positif sur le volume d’affaires de ses membres. L’étude Deskmag révèle qu’en moyenne, un coworker parvient à nouer une connexion par mois ayant un « impact positif » sur ses finances. A combien s’élève cet impact positif ? Difficile de quantifier précisément ce qui est par définition imprévisible mais nous pouvons nous en faire un ordre de grandeur. Nous avons estimé les gains d’opportunité à 200€ par mois. Pour Diego, cela signifierait concrètement la réalisation d’un site tous les trois mois pour l’un des coworkers rencontrés dans l’espace, la création d’un logo par mois pour un coworker en phase de création d’entreprise ou une journée dans le mois passée à animer une formation pour un client d’un ami coworker autour d’un sujet qu’il maitrise… Cela nous paraît réaliste dans une communauté qui rassemble un grand nombre d’indépendants et d’entrepreneurs potentiellement intéressés par ce genre de services.

En résumé

Pour un espace de coworking accessible à plein temps coûtant par exemple à Paris 300€ par mois, notre coworker cobaye réalise des économies à hauteur de 250 € et ses revenus peuvent augmenter de  600€ (400€ grâce aux gains de productivité et 200€ de gains d’opportunités). Au total, le gain net de 550€ par mois se répartit de la manière suivante :

Contribution ressources coworker

Pour ceux qui pensaient que le coworking était juste un truc de hippie…

Le Yin et le Yang du travailleur indépendant

Quand Internet vous emporte

Mais comment vous qui cherchiez, pour des raisons toutes professionnelles, la définition du terme sérendipité, avez-vous pu échouer de liens en liens sur cet antique blog spécialisé dans l’étude des mœurs des corvidés ? Vous regardez votre montre ; deux heures se sont écoulées. Vous cliquez frénétiquement sur vos précédents pour comprendre quels nœuds sémantiques ont pu vous amener jusqu’aux corvidés… Et les pages défilent sous votre œil effaré : Wikipédia article « chameau de Bactriane », fichier PDF de comportement animalier, émouvants témoignages doctissimo, détour par Youtube pour regarder des combats épiques entre ours et caribou géant … Et merde … Si ces phénomènes vous disent quelque chose, c’est que vous êtes, comme moi, victime de divergite chronique.

Car internet peut très vite devenir une arme de dispersion massive. Il y’a tant de choses passionnantes à voir en seulement quelques clics ! Tant d’amis qui viennent toquer à votre mur, tant de gens qui viennent vous gazouiller dans l’oreille, tant d’images, de flux RSS, de billets passionnants…

Mais si internet nous emporte parfois vers des lieux de perdition, il permet surtout d’élargir vos perspectives, de vous informer des moindres nouveautés et de vous nourrir de nouvelles sources d’inspiration. Il corrige une tendance presque culturelle que nous avons trop souvent dans le travail, celle de se focaliser à l’excès sur ses objectifs en préparant savamment ses plans de bataille dans son coin sans réellement tenir compte des contraintes nouvelles et des variations de l’environnement. C’est par exemple le cas de nombreux créateurs d’entreprise qui considèrent la rédaction d’un joli business plan comme la première étape de la création. C’est ce que Guilhem Berthollet appelle le syndrome de la business planque.

Activités divergentes, activités convergentes

On peut distinguer deux grandes énergies distinctes mais complémentaires dans les différentes activités que nous menons ; les activités divergentes et les activités convergentes.

Les activités divergentes comprennent par exemple les activités de veille, ou de documentation, les études de marché, les discussions stratégiques et autres échanges para-professionnels ainsi que les twitteries et facebookeries traditionnelles. Elles guident l’action, indiquent la marche à suivre, permettent de garder contact avec la réalité et d’inspirer de nouvelles initiatives.

Les activités convergentes sont plus opérationnelles. Elles comprennent les actions permettant d’aller d’un point A à un point B. Vendre, produire, bouffer du code, remplir des formulaires, écrire un article pour votre blog, produire un business plan sont autant d’exemples d’activités convergentes.

Le taureau et la pieuvre

On pourrait comparer l’extrémiste de la convergence à un taureau dans une arène. Il est puissant, balèze, rapide et endurant mais il a une sale tendance à foncer droit devant. Il suffit que sa cible se décale de quelques centimètres pour qu’il la loupe et parte dans le décor plus énervé que jamais. Le « convergator » abat du boulot comme personne, sa puissance de travail est exceptionnelle mais, faute d’observer son environnement et d’être capable d’adapter sa trajectoire, il tend à viser au mauvais endroit et à faire de mauvais choix.

Taureau corrida

A l’inverse, le divergeur fou est semblable à une pieuvre. Dotée de huit bras pour tripoter tout ce qui pourrait passer à portée de ventouse, et d’un système nerveux hors norme, cette brave bête est d’une curiosité extrême, capable d’apprendre et de s’adapter avec agilité à son environnement. Mais tout admiratif que l’on puisse être envers cet animal, n’oublions pas qu’il reste avant tout un mollusque bien mollasson… Alors, comme Paul le poulpe, le divergeur développera peut-être des talents d’oracle, mais il est plus probable qu’il ne puisse jamais s’extraire de sa condition de créature flasque, condamnée à fuir ses prédateurs en fabricant de jolis nuages d’encre !

Pieuvre curieuse

Les activités divergentes permettent de stimuler la créativité, de repérer les opportunités et d’éviter un grand nombre d’erreurs mais elles ne font pas directement avancer les choses. A l’inverse, les activités convergentes permettent d’avancer, d’éliminer les obstacles entre vous et votre objectif.

Le Yin et le Yang du travailleur indépendant

L’énergie convergente et l’énergie divergente forment en quelque sorte le Yin et le Yang du travailleur indépendant. Il vous faudra trouver le dosage idéal pour atteindre votre pleine efficacité. Si vous avez une sensibilité divergente, il vous faudra vous discipliner pour développer votre capacité d’exécution. Si vous avez une sensibilité convergente, sortez la tête du guidon et cherchez à en savoir plus sur votre environnement.

Pensez à organiser vos journées en respectant un équilibre entre travaux convergents et travaux divergents. Par exemple, donnez-vous une heure le matin (quand votre cerveau est encore tout frais) pour faire de la veille, une heure à midi pour échanger avec toute sorte de personnes qui vous paraissent intéressantes ou mener des réflexions stratégiques avec vos associés, et une heure le soir (tard) pour approfondir vos connaissances dans n’importe quel domaine. Le reste du temps, vous pourrez le consacrer à faire avancer plus concrètement vos activités.

Pensez aussi, si vous cherchez un associé, à respecter un équilibre entre ces deux sensibilités au sein de l’équipe. Le résultat sera détonnant pourvu, bien entendu, qu’un dialogue sain soit possible.

Sérendipité : Tout est hasard… ou rien

Pourquoi en êtes-vous là où vous en êtes ? La question mérite d’être posée. Elle peut même être décomposée. Pourquoi, par exemple, êtes-vous en train de lire cet article ? Si vous faites l’exercice de répondre à cette question, vous vous rendrez compte que la réponse est bien loin d’être évidente. Parce que vous avez cliqué sur un lien envoyé par un contact. Oui mais comment connaissez-vous ce contact ? Parce que vous montez une entreprise et que vous suivez des gens influents dans des secteurs connexes au vôtre. Oui mais pourquoi montez-vous votre boite ? Parce que vous sentiez en vous le besoin d’être libre et l’envie de créer. Oui Mais pourquoi aviez-vous ces aspirations ?

Bref, je pense que vous avez compris le principe. La vie est bien moins linéaire que la façon dont nous la percevons. Tout est hasard. Ou plutôt rien n’est hasard. Tout est organique. Pas seulement à l’échelle de nos misérables existences, mais aussi à l’échelle de l’humanité et de la galaxie. Le hasard d’une météorite, fragment d’on ne sait quelle planète morte, frappa un jour la terre et mit fin au règne des dinosaures. Et l’humanité est pleine d’histoires de fesses qui changèrent le cours de notre histoire comme le montraient déjà les chants homériques.

Qu’est ce que la sérendipité ?

Ce mot n’est en effet pas des plus courant. Regardons la définition que nous en donne wikipedia :

« La sérendipité est le fait de réaliser une découverte inattendue grâce au hasard et à l’intelligence, au cours d’une recherche dirigée initialement vers un objet différent de cette découverte. Pour Robert King Merton, la sérendipité est l’observation surprenante suivie d’une induction correcte. Ce concept discuté est utilisé en particulier en recherche scientifique.

Le mot fut créé par Walpole, le 28 janvier 1754, dans une lettre à son ami Horace Mann, envoyé du roi George II à Florence. Walpole y fait mention de ce conte persan, Les Trois Princes de Serendip, publié en italien en 1557 par l’éditeur vénitien Michele Tramezzino et traduit dès 1610 en français. Serendib ou Serendip était l’ancien nom donné au Sri Lanka en vieux persan. L’histoire raconte que le roi de Serendip envoie ses trois fils à l’étranger parfaire leur éducation. En chemin, ils ont de nombreuses aventures au cours desquelles, ils utilisent des indices souvent très ténus grâce auxquels ils remontent logiquement à des faits dont ils ne pouvaient avoir aucune connaissance par ailleurs. Ils sont ainsi capables de décrire précisément un chameau qu’ils n’ont pas vu : « J’ai cru, seigneur, que le chameau était borgne, en ce que j’ai remarqué d’un côté que l’herbe était toute rongée, et beaucoup plus mauvaise que celle de l’autre, où il n’avait pas touché ; ce qui m’a fait croire qu’il n’avait qu’un œil, parce que, sans cela, il n’aurait jamais laissé la bonne pour manger la mauvaise ». Walpole précise dans sa lettre que les jeunes princes font simplement preuve de sagacité, et que leurs découvertes sont purement fortuites.

De bien beaux antécédents pour ce mot et ce concept plus que jamais valides et occupant une place de plus en plus grande dans un monde d’informations et d’opportunités…

La sérendipité aujourd’hui

Si le concept est vieux, il n’a jamais été aussi important qu’aujourd’hui. Des informations, il nous en passe sous le nez tous les jours. Des rencontres, il n’a jamais été aussi facile d’en faire. Tout comme il n’a jamais été aussi facile de communiquer et de tenter sa chance. En d’autres termes, il n’a jamais été aussi facile d’ouvrir des portes qui vous mèneront on ne sait trop où.

Face à cet univers rempli d’inconnues, deux attitudes possibles. L’une est de s’en réjouir en constatant l’étendue des possibilités qui s’offrent à vous, l’autre est de paniquer devant l’incertitude et le hasard de sa destinée.

La seconde option est d’ailleurs trop souvent celle des français. « J’connais pas, j’aime pas ». Dommage pour une nation qui s’est pourtant construite sur une capacité certaine à innover et à chambouler les idées reçues… Mais ce n’est pas le propos. Ce qui m’intéresse, c’est bien la première option, car il me semble que nous devons nous réjouir de l’inconnu. Encore faut il savoir en tirer parti.

dés

Tirer parti du hasard

Cela peut paraitre étrange. Dans l’imaginaire collectif il y a ceux qui ont de la chance et ceux qui n’en ont pas. Mais de nombreuses études scientifiques ont été menées, et prouvent que la chance est en vérité loin d’être due seulement au hasard. Winston Churchill disait d’ailleurs fort justement

La chance n’existe pas; ce que vous appelez chance, c’est l’attention aux détails.

Ceux qui ont de la chance ont la plupart du temps une attitude qui provoque la chance. Citons quelques traits de caractère qui augmentent votre propension à avoir de la chance :

  • Voir le monde comme comme un océan d’opportunités plutôt que comme un océan de menaces.
  • Aimer rencontrer de nouvelles personnes. Et par dessus tout, aider et donner spontanément aux personnes que vous croisez. Nous avons récemment posté un article sur le fait que vous avez tout intérêt à avoir une attitude coopérative même dans un monde égoïste.
  • Tenter. 100% des des gagnants ont tenté leur chance comme disait l’autre. Aujourd’hui tenter ne vous coûte souvent pas grand-chose. Faire un blog, s’exprimer, rencontrer des gens, expliquer votre concept, écouter les retours, adapter votre concept.
  • Être curieux. Les théories de l’innovation ouvertes reposent sur le fait que l’innovation est un assemblage d’idées venant d’univers différents. Si vous ne restez qu’entre experts dans le domaine que vous maitrisez, vous manquerez certainement de créativité. Le regard extérieur est non seulement rafraichissant mais en plus vecteur d’innovation. On ne crée rien ex-nihilo. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous choisissons d’être un espace de coworking pluridisciplinaire.

Vers l’Inconnu et au-delà

Certains peut-être, trouveront cette vision quelque peu angoissante. Chaque acte est calculé, chaque parole est prononcée avec une idée derrière la tête, chaque personne est une opportunité. En vérité rien n’est calculé, si ce n’est le choix de faire confiance au fait qu’en étant ouvert, sincère et aidant, vous retomberez sur vos pattes. Au contraire, à vouloir calculer trop à l’avance, vous vous fermerez aux opportunités émanant de l’inconnu et vous aurez l’impression qu’il sera un grain de sable dans les rouages complexes que vous aviez mis au point. J’ai déjà parlé dans l’article « gagne la foule et tu gagneras ta liberté » de la puissance d’un réseau de proches qui vous apprécient pour ce que vous êtes. Faites-lui confiance.

Steve jobs, dans son discours pour la remise de diplôme de Stanford, prodiguait d’ailleurs ces mêmes conseils. Suivez votre instinct et vos passions, même si cela vous entraine parfois hors des sentiers battus. Selon lui, les différentes choses que l’on fait dans sa vie forment un ensemble de points que l’on ne peut relier les uns aux autres qu’à posteriori.

Dans le monde actuel, adopter une attitude ouverte est vital pour pouvoir gérer l’inconnu et rester agile.

Nous voyons notre espace de coworking comme un catalyseur de sérendipité, car permettant de rencontrer en toute sincérité des personnes d’horizons variés, partageant avec vous la conviction que, de l’échange et de la collaboration naitra la richesse.

Sources Photos :

« les dés » Wiros http://www.flickr.com/photos/wiros/1713975026/

Comment réussir dans un monde égoïste ?

Dilemme, dilemme …

Imaginez que vous soyez illustrateur et que vous ayez un projet de création d’une BD interactive pour tablette. Votre style est sûr, votre scénario est au point et vos planches sont bien avancées. Le problème, c’est que tout cela prendra beaucoup de temps et que que vous ne maitrisez pas les outils de développement nécessaires. Mais il y’a quelques jours, dans votre espace de coworking, vous avez rencontré un excellent développeur. La complémentarité est évidente mais vous hésitez ; devez-vous vous associer avec ce développeur sachant qu’il vous faudra partager les bénéfices ? Ne risquez-vous pas également de vous faire chaparder votre concept purement et simplement ? Bref, devez-vous coopérer avec lui ?

La vie nous place souvent devant ce genre de situations délicates et il nous est parfois difficile de trouver la voie. Il existe pourtant une théorie qui s’est penchée sur ces questions, et qui pourrait nous être très utile ; c’est la théorie des Jeux, illustrée par le bien célèbre dilemme du prisonnier.

Pour ceux qui auraient oublié, voici le dilemme en question : Deux suspects sont arrêtés par la police. Mais les agents n’ont pas assez de preuves pour les inculper, donc ils les interrogent séparément en leur faisant la même offre. « Si tu dénonces ton complice et qu’il ne te dénonce pas, tu seras remis en liberté et l’autre écopera de 10 ans de prison. Si tu le dénonces et lui aussi, vous écoperez tous les deux de 5 ans de prison. Si personne ne se dénonce, vous aurez tous deux 6 mois de prison. »

S’il réfléchit de manière rationnelle, le prisonnier se rendra compte qu’il a intérêt à balancer son complice. En effet, s’il balance, il sera immédiatement libéré (si son complice ne le dénonce pas) ou 5 ans (s’il le dénonce). Tandis que s’il se tait, il devra soit passer 6 mois dans les geôles du shérif (si son complice ne dénonce pas) soit 10 ans. Mais si les deux prisonniers réfléchissent de la même manière, il prendront tous deux 5 ans.

Autrement dit, la somme de leurs décisions égoïstes et rationnelles n’aboutira pas à « l’intérêt général » des prisonniers mais au contraire à la pire décision possible …

Ce phénomène s’appelle l’équilibre de Nash ; un équilibre stable (car rationnel individuellement) mais pas forcément idéal, et cela constitue un sacré pied de nez dans la gueule de la main invisible

Comment éviter ce genre de phénomène ? Quelle attitude adopter pour maximiser ses gains dans des situations entrant dans le cadre de la théorie des jeux et comment créer une société suffisamment intelligente pour dépasser ces situations d’équilibres de Nash non souhaitables ?

C’est en me posant ces questions que je suis tombé sur Robert Axelrod, chercheur en science politique, qui a mené une étude passionnante intitulée « comment réussir dans un monde égoïste ? »

Comment réussir dans un monde égoïste

Axelrod a commencé par se poser trois questions :

  • Comment une stratégie coopérative peut-elle émerger dans un environnement composé essentiellement de non-coopérants ?
  • Quels types de stratégies peuvent prospérer dans un environnement hétérogène et complexe avec une grande diversité de stratégies ?
  • Comment une stratégie coopérative peut-elle résister à l’invasion d’une stratégie moins coopérative ?

noel dans les tranchées

Axelrod a alors demandé à des spécialistes (psychologues, sociologues, mathématiciens etc…) d’établir des stratégies spécifiant comment le programme devra agir face à telle ou telle situation. Au total, 63 stratégies différentes ont été présentées. Ces stratégies ont été ensuite mise en compétition dans un tournoi informatique où chacune d’elle jouait contre toutes les autres mais aussi contre elle-même.

Il s’est avéré que les programmes les plus coopératifs ont obtenu meilleurs résultats et ce, même dans des univers remplis de programmes non coopératifs type « passager clandestin », « cavalier seul » ou « aléatoire »…

Son programme star, celui qui remporta presque tous les tests s’appelle « Donnant-donnant ». Il est programmé pour être :

  • Bienveillant : Lorsqu’il est confronté à une situation nouvelle et qu’il n’a pas d’historique sur le comportement des autres programmes, il se montre coopératif par défaut. Donnant-donnant n’est pas du genre à lancer la première pierre.
  • Indulgent : Donnant-donnant ne verse pas dans la vengeance systématique lorsqu’un programme lui a fait une crasse. Il ne tient pas compte du comportement d’un autre programme à n-2 (il retient simplement le coup d’avant).
  • Justicier : Donnant-donnant n’est pas un enfant de cœur non plus et n’aime pas qu’on le prenne pour un imbécile. Il applique la stricte loi du Talion « œil pour œil, dent pour dent ». Il sanctionne les comportements hostiles enregistrés au coup d’avant mais il ne va pas au delà.
  • Transparent : Donnant-donnant est un programme très simple, lisible et prévisible. Il est digne de confiance.

Preuve est faite que si vous souhaitez optimiser vos gains dans les situations entrant dans le cadre de la théorie des jeux, soyez à l’image de Donnant-donnant ; bienveillants, indulgents, justiciers et transparents.

Comment créer un environnement coopératif ?

Tous les environnements ne sont pas naturellement coopératifs. Le dilemme du prisonnier en est un exemple puisqu’il se joue sur un seul coup, sans conséquence possible. Mais dans la vraie vie, si l’on se figure la situation du prisonnier qui a trahi son complice, les choses pourraient être bien différentes ; les amis du complice resté en prison pourraient flinguer le traître, plus personne ne voudra « travailler » avec ce type, capable de trahir les siens etc… S’il risque davantage en trahissant son complice, le prisonnier sera incité à ne pas dénoncer. L’équilibre de Nash se déplacera alors vers la solution optimale : « Aucun des deux ne trahi ». On voit donc que l’environnement joue un grand rôle dans la coopération.

Axelrod suggère 5 principes pour créer un environnement plus coopératif :

Augmenter l’ombre portée de l’avenir sur le présent

S’il peut être rentable d’enfumer une fois un inconnu qui ne pourra jamais nous nuire en retour, il devient très vite contre-productif de se comporter comme une sombre enflure avec des gens que l’on sera amené à revoir fréquemment. Le développement de relations sur le long terme permet donc de créer un environnement plus coopératif.

Une autre façon d’augmenter cette « ombre » est de créer un milieu dans lequel les rencontres sont fréquentes. Par exemple, dans un petit village, on évitera davantage de léser son prochain car on sera sûr de le recroiser sous peu et il y’a fort à parier qu’il cherchera à se venger d’une manière ou d’une autre…

Modifier les gains

Il s’agit de changer les paramètres du jeu de manière à ce que les choix non coopératifs deviennent moins intéressants que les choix coopératifs. Cela passe par le développement  d’une morale ou d’une justice qui sanctionne des comportements non coopératifs et qui valorise les comportements coopératifs pour diminuer les gains de la première stratégie et augmenter ceux de la seconde.

Etre un apôtre de l’altruisme

Un comportement non coopératif entraine d’autres réactions non coopératives en chaine qui sont préjudiciables à la communauté. Il faut enseigner à tous une bienveillance par défaut en absence d’information sur les « joueurs » inconnus. Ne faites pas aux autres ce que vous n’aimeriez pas qu’ils vous fassent !

Enseigner la réciprocité

Lorsque vous rencontrez des joueurs coopératifs, montrez-vous également coopératifs. A l’inverse, pour que les stratégies coopératives puissent résister à l’intrusion de stratégies non coopératives, il faut qu’elles puissent se défendre et sanctionner les comportements néfastes. En bref, apprenez à vos enfants à être sympas et généreux avec les gens qui jouent le jeu mais à ne pas se laisser faire face à ceux qui voudraient profiter d’eux.

Améliorer les moyens de reconnaissance

Pour que les acteurs puissent coopérer, il faut qu’ils sachent qui sont vraiment leurs futurs partenaires. Auront-ils tendance à jouer cartes sur table ou chercheront-ils à vous entuber ? En l’absence de précédent, c’est la réputation qui va bien souvent faire la différence entre collaboration ou non. Etre transparent et permettre aux autres d’accéder aux informations qui vous concernent aura également tendance à favoriser les collaborations.

Les bébés géants du web à l’assaut du monde

Facebook a 7 ans. Youtube en a 6. Flipboard devrait bientôt souffler sa première bougie… A cet âge là, nous rampions encore en barboteuse, et nos mamans raclaient la gouttière de nos serviettes en plastique. Mais Facebook a déjà 500 millions d’utilisateurs et serait estimé à 50 milliards de dollars, Youtube se voit déverser plus de 24h de nouvelles vidéos par minute, Flipboard a récemment réussi une levée de fonds 50 millions de dollars ce qui porte la valeur de l’entreprise à 200 millions de dollars alors que le journal LeMonde vaut 100 millions. A titre de comparaison, LeMonde, c’est 644 employés, contre 32 pour Flipboard…

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Coworking : dope ta motiv

Rester motivé, c’est une question de volonté bien sûr, mais c’est aussi, et dans une large mesure, une question d’environnement. Afin de mieux comprendre comment le coworking peut stimuler la productivité des indépendants, revenons sur les déterminants de la motivation que nous avions mentionné dans notre infographie du vendredi.

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Êtes vous référencement durable?

Partout on vous vend des : comment être le plus beau sur la toile ? comment être tellement beau que vous aurez des milliers de fans et d’amis ?  Comment apparaitre et demeurer sur la première page Google?

La réponse est qu’il n’y a pas de recettes magiques. Il existe tout au plus des best practices dans la façon d’aborder les choses, mais aucun billet ne vous fera miraculeusement sortir de la foule en héros du peuple. Il existe des techniques marketing bien agressives, notamment dans le domaine du SEO. On peut effectivement créer des galaxies de sites après avoir soigneusement fait son keywording et en truffant ces sites avec les mots clefs identifiés. On peut également, quand on a de l’argent, acheter, directement ou de manière détournée, de bons vieux gros backlinks pour sucer le jus des autres.

Si vous êtes parfaitement à l’aise avec le fait que la plus grosse partie de votre temps est utilisée à créer du bruit sur la toile et donc à diminuer sa valeur, il y a déjà pas mal de tutoriels là-dessus. Mais pour rassembler, pour créer la discussion, pour faire avancer le débat, pas de recette. L’authenticité et l’originalité des idées est maître dans ce domaine. Le blogger à succès, c’est bien souvent celui qui regarde ses anciens posts en trouvant que c’est un peu de la merde. Celui là est dans une démarche de progression constante pour lui et pour son lectorat. Celui là se remet en question et ne relit pas son article en s’interrogeant sur la densité des mots-clés. Certains tournent avec des densités de mots clés de plus de 15%… 15 mots sur 100 sont les mêmes ! C’est un style littéraire me diriez-vous, mais je doute de la qualité de la réflexion sous-jacente.

Ne soyons pas candides, il faut connaitre et maitriser ses outils. C’est dommage de publier un superbe article en oubliant de permettre aux robots google d’indexer le contenu. Il est important de maîtriser l’usage des réseaux sociaux. J’ai récemment assisté à un webinar passionnant sur le timing dans les tweets. Cela permet de mieux comprendre ses followers. Mais le nerf de la guerre, on ne vous l’enseignera pas en un post : c’est la qualité de votre contenu. Du moins la recherche constante de l’amélioration de ce contenu. Les moteurs de recherche évaluent de plus en plus précisément la pertinence réelle du contenu et la recommandation sociale tend à peser toujours plus lourd dans l’indexation de contenu. Dans un an, de nombreuses stratégies de référencement que vous aurez mis en place seront à revoir car les robots se seront adaptés. La stratégie de référencement la plus durable (et aussi la plus naturelle) demeure la production d’un contenu original en amélioration continue. C’est la stratégie du passionné.