Un peu de Quantique pour Comprendre le Coworking

Vouloir définir un nouveau mot dans le moindre détail a parfois un effet pervers ; celui d’arrêter sa course, de réduire le concept à une réalité immuable et parfois, de le tuer dans l’œuf avant qu’il n’ait pu aboutir totalement.

Pendant la conférence de Berlin qui rassemblait une bonne partie des acteurs mondiaux du coworking, nous étions nombreux à nous dire que nous ne pouvions plus nous contenter d’observer nos différences sans chercher à mettre un peu d’ordre dans le mouvement bouillonnant rassemblé sous la bannière du coworking. Mais cette mission s’est avérée franchement délicate. Nos méthodes, nos business models, nos modes opératoires sont souvent différents. Nous souhaitons tous servir nos communautés le mieux possible et nous nous y prenons chacun à notre façon.

Le mouvement du coworking est uni par des valeurs et des objectifs communs plus que par un type de service précis. Le coworking ressemble à une hydre partageant le même corps et la même âme mais ayant des gueules nombreuses et différentes.

Dans l’un de ces articles récents, Alex Hillman souligne la difficulté à définir précisément ce qu’est le coworking ;

Une définition implique qu’il ne peut y en avoir qu’une, alors que la conférence européenne du coworking a montré qu’il existait de nombreux modèles de coworking.

Par conséquent, comme dit Alex hillman, l’enjeu le plus important est de décrire le coworking plutôt que de le définir précisément.

Confronté lui aussi à la difficulté de définir le coworking, Sebastian Olma, s’est demandé si le coworking n’obéissait pas secrètement aux lois de la physique quantique, s’il ne se comportait pas comme certains objets quantiques qui changent d’apparence par le simple fait d’être observés. Mais, s’il semble délicat de l’observer directement, si nous ne pouvons aboutir à une définition satisfaisante pour le coworking, pourquoi ne pas suivre l’intuition de Sebastian Olma et nous aventurer dans les théories subtiles de la quantique ?

Quelques jours plus tôt, pris d’une fièvre de divergite aiguë, je suis tombé sur un concept quantique qui m’a beaucoup marqué et qui s’applique bien au coworking ; la dualité onde-particule.

La dualité onde-particule établi le principe selon lequel tous les objets de l’univers microscopique présentent simultanément des propriétés d’ondes et de particules. À la suite des travaux d’Albert Einstein, Louis de Broglie et bien d’autres, les théories scientifiques modernes accordent à tous les objets une nature d’onde et de particule, bien que ce phénomène ne soit perceptible qu’à des échelles microscopiques.

C’est l’absence de représentation plus adéquate de la réalité des phénomènes qui nous oblige à adopter, selon le cas, un des deux modèles; onde ou particule alors qu’ils semblent antinomiques.

Au même titre qu’un objet quantique, le coworking est fait de particules ; la réalité physique des espaces répandus sur la planète, mais il est aussi fait d’ondes ; les énergies qui sous-tendent, qui justifient l’existence du coworking et qui circulent dans ces lieux.

Je crois que l’on tend trop souvent à définir les choses par l’approche « particule». Nous tentons d’observer les différents business models, les modèles d’organisation, le profil des membres impliqués dans le mouvement en espérant trouver une définition satisfaisante avec cela.

S’il vous est arrivé d’expliquer le coworking à des non-initiés, je suis sûr que vous vous êtes retrouvé dans cette situation :

  • « Le coworking, c’est un espace de travail destiné aux travailleurs flexibles (les freelances, les entrepreneurs, les télétravailleurs…)
  • Et votre interlocuteur vous répond d’un air blazé : « Ok, alors tu es en train de créer une sorte de centre d’affaires »

Voila un exemple typique de ce qu’il peut arriver si l’on se focalise trop sur une définition du coworking sous sa forme de « particule ». Mais se focaliser uniquement sur la forme « d’onde », est tout aussi embêtant : Imaginons que le jour suivant votre pitch raté, déterminé à laver l’affront de la veille, vous vous lancez plein de fougue dans une nouvelle explication auprès d’un autre interlocuteur :

  • « Le coworking, c’est un espace destiné à partager des vibrations, des énergies, à aider les gens à grandir en savoir et en créativité. Un endroit ou les gens sont libres d’aller et venir, de travailler dans un esprit de confiance et d’amitié »
  • « Ok, alors tu es en train de lancer un camp de hippie… »

Comme tout objet quantique qui se respecte, le coworking a toujours besoin d’être expliqué en prenant à la fois l’angle « particules » et l’angle « ondes » pour être compris. C’est peut-être un peu ésotérique mais j’aime bien ça !

 

Mutinerie (re)pose ses valises

C’est avec une joie non dissimulée que nous vous annonçons que nous avons signé jeudi 15 décembre notre nouveau bail ! Après de longs mois d’errance et d’itinérance, nous posons nos bagages dans un espace d’environ 400 m2 situé au 29 rue de Meaux, (Métro Colonel Fabien, Bolivar et Jaurès) à côté du canal Saint Martin et du parc des Buttes Chaumont.

Les plans du futur espace ont été concoctés et mûrement réfléchis, les travaux ont déjà commencé et nous faisons le maximum pour ouvrir au plus tôt, dussions-nous passer quelques nuits dans le plâtre… Nous prévoyons une ouverture officielle entre fin février et début mars. D’ici là, nous vous tiendrons informés des prochaines évolutions via la newsletter.

Nous profitons de ce billet pour remercier celles et ceux qui nous ont soutenus, aidés et inspirés durant ces derniers mois, que ce soient les lecteurs du blog et leurs messages d’encouragement, les gens rencontrés lors d’évènements divers, les membres de la communauté mondiale du coworking et bien évidemment les mutins de la première heure…

Ces derniers mois ont été riches d’histoire, de rencontres et d’enseignements. Mutinerie en sort grandie, murie; elle a gagné en force et en sagesse. Cette période itinérante a également été l’occasion de nous rendre compte à quel point nous avions nous-même besoin d’un espace pour partager avec vous nos idées, nos valeurs, nos projets. Nous nous réjouissons de vous accueillir bientôt. Ca va barder !

En même temps que l’ouverture de ce lieu, nous vous annonçons la mise en place d’une newsletter officielle qui nous permettra de vous tenir au courant des actualités et évènements mutins. Pour vous inscrire c’est par ici ! Nous serions ravis de vous compter parmi nos abonnés.

 

 


Peut-on vraiment « vendre » de la production intellectuelle ?

Il n’y a rien de plus utile que l’eau, mais elle ne peut presque rien acheter ; à peine y a-t-il moyen de rien avoir en échange. Un diamant, au contraire, n’a presque aucune valeur quant à l’usage, mais on trouvera fréquemment à l’échanger contre une très grande quantité d’autres marchandises.

Adam Smith

Le diamant liquéfié

Au moyen âge, le livre se vend comme un diamant, c’est un objet rare, difficile à produire et à distribuer. Il s’échange à des prix très élevés et reste la propriété des classes fortunées. Il est conservé précieusement dans des bibliothèques et fait la fierté de ses possesseurs.

Au XXIème siècle, la connaissance se déverse à torrents dans les canaux numériques. Elle est devenue un flux que l’on recueille sur ses timelines Facebook ou Twitter et que l’on souhaite partager le plus largement possible. A l’heure de l’économie de la connaissance, elle est devenue une denrée aussi utile que l’eau, et comme l’eau, son prix est devenu très faible. La presse écrite par exemple, n’en finit pas de voir son chiffre d’affaires diminuer et se retrouve de plus en plus dépendante d’une assistance respiratoire publique ou privée (ce qui nuit évidemment au principe d’indépendance de la presse).

Nous vivons à une époque où la valeur d’usage de la production intellectuelle n’a jamais été aussi élevée, et dans le même temps, sa valeur d’échange n’a jamais été aussi faible.

Comment comprendre, comment interpréter ce phénomène paradoxal ? Pourquoi l’information, la connaissance, la production intellectuelle ne trouve plus actuellement de moyen viable de se vendre ? Et comment trouver d’autres modèles pour les secteurs de la production intellectuelle ?

Les idées ne s’échangent pas comme des marchandises

Qu’entend t’on par production intellectuelle ? Composer une chanson, c’est de la production intellectuelle. L’interpréter durant un concert, en revanche, n’en est pas,  c’est une prestation, un service.

Un article de presse, un roman, l’écriture et la mise en scène d’une pièce de théâtre, la composition musicale sont autant d’exemples de production intellectuelle. Une création architecturale ou la recette originale de Coca-Cola sont également des productions intellectuelles. Bref, il s’agit de toute création originale dont la valeur ajoutée réside dans l’idée plus que dans l’application directe.

Le modèle actuel d’échange de la production intellectuelle repose sur les théories classiques qui ont d’abord été élaborées pour les biens industriels. Le problème, c’est que la production intellectuelle et la production industrielle n’obéissent pas aux mêmes lois en ce qui concerne l’échange et la distribution.

Les conditions de l’échange marchand

Si l’on revient aux conditions de l’échange marchand, on s’aperçoit que pour qu’un échange soit possible il faut 3 conditions:

  • D’abord, il ne doit porter que sur des objets, des choses extérieures aux individus, des choses qui relèvent de l’avoir et non de l’être. Un état affectif par exemple ne s’échange pas ; impossible d’acheter du bonheur à un homme heureux pour soulager une dépression !
  • Ensuite, il faut, pour que l’échange ait lieu, une symétrie entre un manque et un excédent ; « c’est parce qu’il y a une égalité de tous dans le manque et parce que, en même temps, tous ne manquent pas de la même chose qu’il peut y avoir échange.» nous signale Frédéric Laupiès dans un petit bouquin intitulé Leçon philosophique sur l’échange.
  • Enfin, il faut pouvoir être en mesure de réaliser une équivalence entre les objets échangés. Cette équivalence se réalise notamment par la monnaie qui permet de « rendre les objets  égaux », de pouvoir les estimer et les comparer entre eux.

Essayons de voir si les conditions de l’échange marchand sont remplies pour les productions intellectuelles.

L’idée toute nue

Lorsqu’un auteur fait imprimer un ouvrage ou représenter une pièce, il les livre au public, qui s’en empare quand ils sont bons, qui les lit, qui les apprend, qui les répète, qui s’en pénètre et qui en fait sa propriété.
Le Chapelier

 

On dit que l’on « possède » une connaissance. Comme un objet, on peut l’acquérir, la transmettre… On pourrait croire qu’elle est donc un simple avoir immatériel mais elle est aussi un élément constitutif de l’être. On ne peut choisir de s’en séparer délibérément et, plus important encore, on ne la perd pas en la transmettant à d’autres (au contraire). Lorsque l’on vend un marteau, on perd la possession et l’usage du bien. Mais lorsque l’on transmet une connaissance, on ne s’en dépossède pas.

Jusqu’à présent, on était parvenu à vendre de la production intellectuelle parce que celle-ci devait encore passer par un support physique. Avant Internet, un essai dépendait d’un support papier, un album de musique dépendait d’une cassette, d’un CD etc.

Le business model de la production intellectuelle reposait en fait sur la confusion entre l’objet et le sens porté par cet objet. L’objet était acquis et valorisé en temps que symbole. On peut vendre un symbole car il est la matérialisation d’une idée porteuse de sens. Lorsque l’on achète des fringues de marque, on n’achète pas seulement un produit fonctionnel, mais on achète aussi le « sens » porté par la marque.

Ainsi, lorsqu’elle avait encore un contenant physique, l’idée pouvait être vendue dans son emballage symbolique mais, avec la dématérialisation totale qu’a permis le numérique, on peut désormais distribuer l’idée toute nue.

Mais peut-on vendre une idée nue lorsque l’on sait que sa diffusion ne prive personne et qu’on contraire, elle valorise socialement celui qui l’émet ?

L’impossibilité de rémunérer les contributeurs

On ne crée rien ex-nihilo. En dehors du secteur primaire, toute production s’appuie sur création antérieure mais pouvons-nous toujours identifier les sources de nos créations ? Le fabricant de voitures a payé ses fournisseurs en amont qui eux-même ont dû régler leurs partenaires. De cette manière, tous les contributeurs de la chaîne de valeur ont été rémunérés. Mais si je vendais ce billet, me faudrait-il en reverser une part à ma maitresse de CP qui m’a appris à écrire ? Aux auteurs des liens que je cite ? A tous ceux qui m’ont inspiré d’une manière ou d’une autre ? Aux inventeurs de la langue française ?

Ce sont des millions de personnes qui ont en réalité façonné cet article, et qui mériteraient rétribution. Mais il serait impossible de dénouer l’inextricable enchevêtrement d’intervenants qui sont entrés dans ce processus de création. Du reste, il serait assez déprimant de tenter de chiffrer l’apport de chacun…

Il y’a donc une injustice fondamentale à vendre à son seul profit, quelque chose qui a en réalité été produite par des communautés entières…

Est-ce cela qui fit dire à Picasso que les bons artistes copient et que les grands artistes volent ?

greatArtist

L’impossible estimation des prix

La dernière condition de l’échange marchand est la possibilité d’estimer la valeur d’une production et d’introduire une équivalence entre les produits.

Déterminer un prix et introduire une équivalence monétaire entre les produits est une tâche déjà compliquée dans le cas d’un produit industriel. Elle a souvent été la cause de clashs entre économistes. Devons-nous valoriser les produits au travail incorporé dans leur fabrication ? Le prix n’est-il que le résultat d’une offre et d’une demande ? dans quelle mesure depend-il de la rareté ?

Néanmoins, pour les produits industriels, certains critères objectifs peuvent faciliter la tâche. Un marteau par exemple est un bien standardisé et utilitaire qui ne pose pas d’insurmontables difficultés. Entre deux marteaux, nous pouvons plus ou moins estimer la qualité sur des critères objectifs (matériaux utilisés, montage plus ou moins solide), les fonctionnalités de chaque produit (taille et surface de la masse, arrache-clou ou non…) et fixer un prix minimum qui couvre les coûts de production.

Mais si je décidais de vendre cet article, sur quels critères établir son prix ? Sur le temps que j’y ai consacré ? Cela n’aurait aucun sens … Sur sa qualité ? Mais comment la mesurer ? En comparant les prix de vente d’un article similaire ? Mais sur quels critères le comparer ? A minima, si j’avais un support matériel, un magazine papier par exemple, je pourrais à la limite fixer un prix et trouver une sorte de business model. Mais ce billet n’est qu’un assemblage de pixels, un simple petit courant électrique sans réalité physique …

N’étant pas véritablement un avoir, ne fonctionnant pas sur le schéma manque/excédent et ne pouvant être estimée sur des bases suffisamment solides, on voit que la production intellectuelle ne saurait être soumise aux même lois d’échanges que celles qui prévalent sur le marché des biens et des services traditionnels.

II) Comment valoriser la production intellectuelle ?

Si vous êtes parvenu jusqu’à ces lignes et que vous aspirez à vivre du fruit de vos œuvres intellectuelles, artistiques ou culturelles, tout ceci pourrait vous paraître un peu décourageant.

Nous parvenons à un point où l’on commence à réaliser qu’il n’y a plus vraiment de rétribution matérielle solide pour les productions intellectuelles.

Mais ne désespérons point ! Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de formes de rétribution à la production intellectuelle ! Il existe d’autres manières d’être rétribué pour son travail, en voici quelques exemples :

  • retribution en visibilité
  • rétribution en réputation
  • retribution en confiance
  • retribution en connaissances
  • retribution en relations
  • retribution en amour-propre

Certes, cela ne fait directement gagner de l’argent mais ces rétributions peuvent rapidement se transformer en apports matériels. Sans vouloir nécessairement chercher un « effet de levier » systématique entre l’activité de production intellectuelle, les répercutions du travail de production intellectuelle rejailliront sur vos activités complémentaires et pourront indirectement vous permettre de vivre mieux.

Un musicien par exemple, ne peut plus se contenter de créer des chansons, il doit monter sur scène. Et l’on observe qu’avec la diffusion plus large, plus rapide et beaucoup moins couteuse que permettent les nouveaux médias, les recettes générées par les concerts à travers le monde atteignent des niveaux exceptionnels.

On remarque aussi que certains artistes amateurs ayant réussi à se faire remarquer pour leurs créations ont pu trouver grâce à leur notoriété et au soutien d’un public, de quoi vivre de leurs créations. L’humoriste Jon lajoie a commencé sa « carrière » en diffusant gratuitement des vidéos sur Youtube et remplit désormais des salles entières.

En somme, ce qui devient difficile, c’est de  vivre uniquement  de ses oeuvres intellectuelles et de les vendre pour elles-même.

Je me souviens d’un excellent article lu sur OWNI.  Guillaume Henchoz, un journaliste semi bénévole qui exerce d’autres activités rémunérées par ailleurs, comparait sa condition à celle d’un moine en défendant l’idée que « l’on peut pratiquer le journalisme comme un art monastique et bénévole, en parallèle -et non en marge- d’une activité salariée. »

Ora et Labora (prie et travaille), c’est la devise des moines bénédictins. Une devise qui pourrait bien convenir aux acteurs de la production intellectuelle à l’heure numérique. Les moines n’attendent pas de rémunération matérielle pour leurs efforts spirituels.

Ils récoltent des fruits de leur travail physique, de quoi subvenir à leurs besoins physiques et espèrent obtenir des fruits de leur travail spirituel et intellectuel de quoi nourrir les besoins de leurs esprits.

Ora et Labora

Les valeurs du Coworking 5/5 : Coopération

Aujourd’hui nous nous penchons sur la Coopération ; suite et fin de l’exploration des valeurs centrales du coworking.

La coopération entre les coworkers, la construction de liens sociaux intra et extra professionnels est un élément fondamental de tout espace de coworking. C’est l’une des choses essentielles que recherchent les coworkers dans leur espace et c’est de la capacité des membres à créer et maintenir des relations coopératives que viendra le succès d’un espace.

Etre soi-même collaboratif

Impossible de développer un esprit coopératif autour de soi sans l’incarner soi-même pleinement. Comme l’écrit Derek dans l’un de ses posts :

On ne peut pas faire de la coopération, on doit être avant tout un coopérateur.

Il y’a quelques mois, j’avais écrit un article sur les stratégies coopératives en m’inspirant des travaux d’un chercheur en sciences politiques américain ; Robert Axelrod. Axelrod montrait que les stratégies coopératives permettaient aux agents de maximiser leurs gains dans les nombreuses situations de la vie où l’on hésite entre jouer solo ou collectif.

A partir de simulations informatiques, Axelrod a montré que le comportement coopératif le plus efficace est à la fois bienveillant, indulgent, justicier et transparent. Voila une inspiration intéressante pour essayer de comprendre comment devenir un meilleur coopérateur :

  • Bienveillant : En l’absence de précédents historiques, en cas de situation nouvelle, montrez-vous coopératif par défaut.
  • Indulgent : Sachez pardonner les comportements hostiles qui se sont produits dans le passé.
  • Justicier : Sachez aussi sanctionner dans une juste mesure les comportements hostiles, sans acharnement particulier.
  • Transparent : Soyez simples, lisibles, prévisibles pour les autres. Soyez dignes de confiance.

Un environnement favorisant la coopération

Etre soi-même collaboratif est déjà une première étape pour engendrer un environnement coopératif. Les coworkers qui viendront dans l’espace pourront y trouver des gens capables de travailler ensemble, d’apprendre des autres et d’enseigner aux autres pour le bénéfice de tout le monde.

Un espace de coworking consitue un terreau naturellement fertile à la coopération pour plusieurs raisons :

  • Contrairement à une entreprise traditionnelle, les membres de l’espace de coworking sont tous des pairs. Ils sont libres de gérer leurs projets comme ils l’entendent. Ils ne sont pas tenus entre eux par des hierarchies et sont à l’abri des enjeux de pouvoir, de politiques internes ou de rivalités entre collègues qui entrainent souvent de la rétention d’information, des formes de sabotages et autres types de comportement non-coopératifs.
  • Axelrod indique que l’une des manières d’augmenter la coopération dans un environnement donné est d’augmenter l’ombre portée de l’avenir sur le présent. Cela signifie que l’on jouera plus collectif avec les gens qu’on sera amené à côtoyer souvent à l’avenir. Or c’est ce qui se passe dans un espace de coworking. Travailler avec un partenaire coworker que l’on sera amené à croiser régulièrement, favorisera les choix coopératifs.
  • Habituellement, lorsque l’on cherche un prestataire ou un partenaire pour le projet qu’on souhaite mener, on dégotte un inconnu sur Internet ou par téléphone et on commence à bosser avec lui sans savoir d’abord qui il est et comment il travaille. Mais le coworking permet de fonctionner autrement ; on connait d’abord les capacités, les qualités et le talent des gens, avec qui on peut ensuite entrer dans une relation de coopération basée sur une plus grande confiance et une plus grande connaissance mutuelle.

Consulter les autres articles de la série :

J’espère que ce tour d’horizon des valeurs du coworking vous a plu, appris, inspiré … Ce fut pour moi, une immersion pleine d’enseignements. Je remercie Alex Hillman pour avoir inspiré cette série d’articles.

Et surtout, ne vous gênez pas pour réagir !

 

 

Les valeurs du Coworking 3/5 : Ouverture

Aujourd’hui, Mutinerie continue à farfouiller dans les valeurs fondamentales du coworking. Après avoir passé en revue les valeurs de durabilité et le communauté, nous vous proposons un petit zoom sur l’ouverture suivant la piste tracée par Alex Hillman.

Qu’est-ce que l’ouverture dans le contexte du coworking ? Je crois que cela recouvre 3 choses essentielles ; d’abord, c’est une relation entre des flux entrants et des flux sortants nécessaires à faire vivre et grandir un système ouvert. C’est un mode de fonctionnement basé sur des données ouvertes et c’est un état d’esprit, une attitude par rapport au hazard et aux autres.

Donner-Recevoir

« Quand je pense à l’ouverture, je pense au corps humain »explique Chris Messena dans une interview. « Il ne peut subsister et se développer que grâce à son ouverture ». Le corps humain est un système ouvert: il a besoin d’oxygène, et de nutriments. Il absorbe et il rejette. Il a besoin de partenaires pour se reproduire. Dans un système ouvert, fait d’éléments entrants et d’éléments sortants, il est fondamental que les échanges soient équilibrés. Si les flux sont déséquilibrés, la cohérence et la pérennité de l’ensemble s’en trouveront menacées.

Ceux qui créent des espaces se nourrissent en permanence des apports de ceux qui les ont précédés sur cette voie et qui leur ont livré leurs connaissances précieuses, mais ils ne doivent pas oublier de rendre à la communauté ce qu’ils ont eux-mêmes appris.

Chacun doit être également disposé à recevoir et à donner aux autres.

C’est par ce moyen que nous pourrons tous continuer à progresser ensemble, à s’enrichir mutuellement et à conserver la cohérence du mouvement. Pour garantir cette réciprocité, la communauté doit veiller à reconnaître et à valoriser ceux qui contribuent à la collectivité. Elle doit être composée de membres dotés du sens de l’honneur en étant capable de tenir les « passagers clandestins » hors de ses murs.

Open source

Lorsque l’on parle de software, l’open source désigne la capacité d’utiliser des éléments du code du logiciel pour en fabriquer un nouveau ou améliorer l’ancien. Si l’on applique cette logique au coworking, comme aux autres projets qui ne peuvent se programmer en lignes de codes, la source, ce sont les expériences accumulées, les idées mises en pratique et les valeurs qui ont motivées les actions.
Si le coworking a pu devenir un phénomène mondial, c’est grâce au fait que, dès le début, les premiers créateurs d’espace ont eu à cœur de partager leurs expériences, leurs idées, leurs valeurs et ont laissés d’autres personnes utiliser ce capital pour fabriquer leurs propres versions.

Quand on créé un espace, l’accès au « code-source » du coworking permet à chacun de partir de n’importe quel niveau du code et d’y rajouter ses propres spécificités en fonction de ses valeurs, de ses expériences et de ses idées.

Les données et les spécificités de l’offre sont eux aussi des éléments du « code-source ». C’est pourquoi il est important pour un espace de coworking d’avoir une offre claire, simple et lisible. Son mode de fonctionnement doit être accessible et compréhensible par tous.

Sérendipité

L’ouverture, n’est pas seulement une ouverture des données ou un partage d’expérience, c’est aussi une attitude envers les autres et les événements, une disposition d’esprit favorisant la sérendipité. La sérendipité est le fait de réaliser une découverte inattendue grâce au hasard et à l’intelligence, au cours d’une recherche dirigée initialement vers un objet différent de cette découverte.

On peut avoir des idées précises sur la façon dont on imagine son espace mais cela ne doit pas empêcher de rester ouvert aux idées nouvelles et de s’adapter en conséquence, quitte à évoluer considérablement.

Christophe Colomb a découvert l’Amérique en cherchant les Indes. Peut-on en conclure qu’il s’est complétement planté et que son expédition a été un échec ?

Certains coworkers finiront peut-être par réaliser un projet très différent de celui qu’ils avaient prévus en venant la première fois. Cela est très positif tant que les valeurs sous-jacentes trouvent un moyen d’expression ! Comme disait Alfred de Musset : « qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ! »

Consulter les autres articles de la série :


Les valeurs du Coworking 2/5 : Communauté

Mutinerie continue l’exploration des valeurs centrales du coworking. Après nous être penchés sur la Durabilité, nous abordons la valeur Communauté. Cette série d’article s’inspire du travail d’Alex Hillman, co-fondateur de l’Indy Hall de philadelphie.

Community first

Lorsque Alex Hillman dit que la priorité dans un espace de coworking c’est la communauté, il faut prendre cela dans les deux sens; c’est une priorité en terme d’importance stratégique et une priorité chronologique.

Un espace de coworking n’est que l’expression physique d’une communauté de valeur, de travail, de vie…

C’est pourquoi, lorsque l’on cherche à fonder un espace de coworking, il faut d’abord commencer par réunir une communauté pour ensuite lui proposer un espace approprié. Votre travail de créateur sera de procurer à cette communauté un espace qui lui ressemble et qui lui permettra de vivre et de croitre selon ses attentes, ses besoins et ses valeurs. Il serait inapproprié de débuter l’activité de coworking dans le sens inverse; d’abord ouvrir un lieu et attendre que les gens s’y rendent. Le risque c’est de ne pas correctement répondre aux attentes des membres et de transformer son espace en un centre d’affaire flexible où les conditions d’échanges, de partage et d’interactions ne sont pas remplies…

Un patrimoine commun

Lors d’un article précédent sur la vie des communautés, nous avions vu que celles-ci naissaient lors de l’apparition d’un patrimoine commun.

Ce patrimoine commun signifie le partage de certaines valeurs, de rituels, de moments ou d’expériences…

Pour ceux qui lancent un espace, cela implique qu’une partie de leur travail sera d’identifier et de rassembler ces gens qui partagent (ou qui souhaitent partager) quelque chose. Il est donc nécessaire de sélectionner les membres, non pas uniquement sur le niveau d’avancement de leur projet mais sur l’intention et la capacité des nouveaux venus à échanger sincèrement avec les autres.

Evidement, ce patrimoine commun, c’est aussi le lieu. C’est pourquoi il est indispensable que l’espace soit, lui aussi très facilement appropriable par les membres. Dans l’idéal, le lieu doit être modulable et adaptable  afin que les idées, les talents, les univers de chacun puissent s’y inscrire jusque dans les murs.

Une erreur commune serait de vouloir bien faire en créant un lieu trop figé, trop soigné et en quelque sorte trop « fini ». Mais dans ce genre d’endroit, pensé dans les moindres détails par quelqu’un d’autre, dans lequel vous ne pouvez imaginer modifier quoi que ce soit sans défigurer l’ensemble, ne trouvez-vous pas difficile de vous sentir parfaitement à l’aise ? Alors pourquoi ne pas laisser les membres apporter des éléments de déco, laisser les coworkers doués repeindre quelques pans de murs ou modifier l’agencement de l’espace ?

La communauté ne vous appartient pas

Si vous avez lu les lignes précédentes, vous comprendrez sans peine que la communauté ne vous appartient pas.

Vous pouvez posséder un lieu, pas la communauté ; vous en faites partie comme les autres coworkers.

Pour Alex Hillman, il n’est pas forcément nécessaire d’être un leader de la communauté mais il faut se préparer à en être un membre actif. Alex préfère largement venir à Indy Hall comme simple membre plutôt que comme propriétaire des lieux. Car on oublie trop souvent de dire que les propriétaires des lieux bénéficient eux aussi des mêmes avantages que leurs membres car ils en sont eux aussi.

Pas de communauté forte sans confiance

Si les relations entre les membres sont comme les tendons qui permettent à la communauté d’avoir de la cohérence, la confiance représente les muscles qui la rendent forte et saine

Alex Hillman

Pour que s’établisse cette confiance au sein du groupe, il faut commencer par faire soit-même confiance. Il faut aussi savoir faire confiance à l’auto-sélection. Pour provoquer cette auto-sélection positive, communiquez fortement vos valeurs, avec votre style, accordez une grande importance aux premiers membres; ce sont eux qui donneront le ton et qui attireront d’autres personnes dignes de confiance… et ne faites pas concessions sur le fond.

Consulter les autres articles de la série :

 

Les valeurs du Coworking 1/5 : Durabilité

Au fur et à mesure des discussions et des débats qui animent la communauté du coworking à travers le monde, un certain consensus s’est peu à peu dessiné autour des valeurs spécifiques au coworking. Les réflexions ont été menées par des acteurs tels que Citizen SpaceIndy Hall, ainsi que par les membres de la communauté du Coworking Group.

Ces échanges ont abouti à la définition de valeurs centrales du coworking qui peuvent être résumées en 5 piliers :

L’objectif des billets qui suivent sera de détailler, de préciser ce que recouvrent ces valeurs, ce qu’elles signifient vraiment pour les acteurs du coworking et ce qu’elles impliquent à tous les niveaux de l’organisation et de la gestion de ces espaces collaboratifs.

Car il ne suffit pas d’affirmer des valeurs comme des déclarations de bonnes intentions ; celles-ci doivent être inscrites dans l’ADN du mouvement du coworking.

Je me suis inspiré d’une série d’articles très intéressants d’Alex Hillman que je vous remets ici :

1/ Durabilité

Super Green ?

Lorsque l’on parle de durabilité, de pérennité, on pense immédiatement aux effets écolos du coworking. Mutualiser les ressources et limiter les déplacements professionnels, c’est forcément écologique mais il me semble que là n’est pas le point central.  Plus exactement, l’aspect écologique semble tellement aller de soit qu’il ne peut pas véritablement être considéré comme une valeur en tant que telle. Etre un « acteur écologiquement responsable » aujourd’hui, c’est un peu comme dire qu’une entreprise place « l’efficacité » dans ses valeurs… C’est un bon objectif, mais pas une valeur pour elle-même.

L’indépendance est le meilleur gage de pérennité

A mon sens, être promoteur de la valeur pérennité, c’est avant tout s’assurer que ce que l’on fait doit pouvoir être fait aussi longtemps que nécessaire, c’est construire sur la durée. En d’autres termes, il s’agit de faire en sorte de ne pas dépendre de ressources extérieures pour se maintenir, grandir et prospérer.

Une communauté qui peut se nourrir elle-même est libre. Si elle n’y parvient pas, elle ne l’est pas. Tout simplement.

@JoelSalatin

Si l’espace de coworking n’est plus utile à ses membres, il s’éteindra ou évoluera naturellement et cela sera somme toute assez logique, mais une communauté qui est exposée au  risque de disparaître parce que son modèle dépend de facteurs externes n’est non seulement pas libre, mais elle n’est pas durable.

Lors de la création d’Indy Hall, Alex Hillman et Geoff DiMasi ont cherché à s’assurer de l’autonomie de l’espace. « Il faudra être en mesure de pouvoir couvrir nos charges et de se laisser une marge de croissance, grâce aux seules contributions des membres » se sont-ils dit.  « Ainsi ce sont les membres seuls qui auront en main leur destin et l’espace vivra tant qu’ils voudront qu’il vive ».

Relations Durables

Les relations qui naissent dans les espaces de coworking ont elles aussi vocation à être durables. A l’inverse des séances de Networking ou les speed dating entrepreneurials qui se terminent souvent par des discussions formatées et des distributions de cartes frénétiques, les relations entre coworkers se développent sur la durée, et se tissent au fur et à mesure,  sans obligations particulières.

Les espaces de coworking cherchent donc à se construire sur des bases solides. Ils privilégient la recherche d’autonomie à travers un business model viable et les relations vraies aux rencontres précipitées…

Je continuerai l’exploration des autres valeurs dans mes prochains billets. D’ici là, n’hésitez pas à réagir !

 

Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour les pirates

Ce qui s’est passé à Berlin est loin d’être anodin. Pendant que nous postions un article sur la piraterie et son rôle dans les sociétés à travers les âges,  le « Piratenpartei », ou Parti Pirate, récoltait à Berlin 8,9% des suffrages. Un parti 100% issu de la culture white hat plaçant la transparence des systèmes politiques au coeur de leur programme. 15 députés pirates (sur 130 au total) entrent aujourd’hui au parlement de Berlin. L’image est surréaliste.

Des trentenaires chevelus et barbus, sac à dos et basket, qui circulent tout sourire au milieu d’hommes politiques guindés dans un décor plus que sérieux.

Au delà de l’image qui ne peut laisser indifférent, cette entrée fracassante en politique du jeune parti pirate symbolise l’entrée en politique d’une nouvelle classe, jusqu’alors non représentée par les partis traditionnels; classe que l’on désigne souvent par l’appellation « créatif culturel » (bien que ce parti pirate représente la frange bien geek de ce mouvement).  Impossible en voyant ces images de ne pas faire le lien avec Wikileaks et son rôle dans la reconstruction de l’Islande. Impossible de ne pas penser aux mouvement indignés qui traduisent une désillusion des jeunes face aux pouvoirs politiques traditionnels. Ces nouveaux visages qui bousculent les conventions sont porteurs de promesses pour tous ceux qui réfléchissent aujourd’hui sur de nouvelles façons d’appréhender la politique. Leur apport sera essentiel. Les problématiques de transparence des pratiques politiques, d’ouverture des données publiques (open data), d’implication des citoyens dans les processus décisionnels sont essentielles. Il suffit de regarder les débats de l’assemblée nationale et les mesures adoptées dans le domaine de l’internet pour se rendre compte de la méconnaissance totale de ces sujets par la classe politique.

Il est essentiel de se rendre compte que ces nouveaux élus l’ont été par la masse et à peu de frais  (40 000 euros de frais pour la campagne contre 1,7 million pour le SPD). Il ne s’agit pas comme en France d’un CNN (Conseil National du Numérique) où les sphère dirigeantes nomment des membres. Il s’agit de membres élus. A leur échelle, ils illustrent déjà leurs convictions. Les reportages les montrent, après leur élection, dialoguant via leur ordinateur avec les sympathisants du mouvement.

Une certaine vision de l’écologie

Les rapports qu’ils entretiennent avec les verts sont également emblématiques du mouvement. S’ils partagent un certain nombre de convictions avec ces derniers, ils leur reprochent leur côté propret et rangé. Encore l’une des caractéristiques de cette frange de la population, convaincue par la cause écologique, mais mal à l’aise avec ses représentants politiques. C’est au sein de cette population que se développe notamment les mouvement de consommation collaborative. Ces systèmes, se basant sur l’accès aux biens plutôt que sur leur propriété, ont un impact écologique considérable et sont aujourd’hui regardés de près par les mouvements verts pour la réponse efficace à des problématiques complexes qu’ils proposent. Pourtant les acteurs de la consommation collaborative se revendiquent rarement comme issus directement de l’écologie. Ils mettent en avant le lien social et les économies qu’ils permettent de réaliser au même titre que la réduction de l’impact écologique. Ils intègrent les problématiques écolos dans leur ADN et dans leur mode de fonctionnement sans le brandir comme un étendard castrateur ou comme un argument marketing.

Bref, cette entrée fracassante du parti pirate dans la vie politique berlinoise est bien loin d’être anecdotique. Pour sûr, elle fera des petits.

Elle illustre l’émergence d’une politisation dans son sens noble d’une grosse partie de la population, désabusée par les partis traditionnels, confiants dans les logiques d’intelligence collective et avide de transparence.

Je me réjouis personnellement de voir cette bien chère Berlin, encore une fois, proposer au monde une vision différente de voir et de faire les choses.  Affaire à suivre.

Pirates d’hier et d’aujourd’hui

Lorsque Alexandre le Grand entra dans la tente où l’on détenait le capitaine du vaisseau pirate tombé entre ses mains, il jeta un regard méprisant sur son captif en haillons et lui lança d’un ton sévère :

« Comment oses-tu infester la mer ? »

« Et toi, » lui rétorqua le pirate

« Comment oses-tu infester la terre ? Parce que je n’ai qu’un frêle navire, on m’appelle pirate, mais parce que tu as une grande flotte, on te nomme conquérant ».

L’Histoire ne nous dit pas ce qu’a bien pu lui répondre Alexandre et c’est bien dommage car l’empereur dût être bien incapable de réfuter clairement cette accusation. Cet exemple fameux souligne combien il est difficile de donner une définition claire au phénomène ambigu de la piraterie.  S’il est parfois compliqué de distinguer un pirate d’un empereur autrement que par la puissance, il n’est pas non plus évident de définir le pirate par son activité car dans son histoire multimillénaire, la piraterie a pris toutes les formes possibles et a embrassée un nombre incalculable de causes.

Il y’a presque autant de motifs de piraterie qu’il n’y a de pirates ; certains étaient des brigands cruels (l’Olonais), d’autres furent des mercenaires (Eustache le moine ), des explorateurs, des exilés, des rebelles (Sextus Pompée )… certains sont considérés comme des résistants (Pier Gerlofs ), des héros dans un pays et comme des criminels dans un autre (Francis Drake).

En définitive, savoir si quelqu’un ou non doit être qualifié de pirate est une question dont la réponse appartient à celui qui a le pouvoir.

Anne Pérotin-Dumont

Ce n’est donc pas tant par ses activités ni par le but recherché que l’on définirait le mieux la piraterie. Je crois plutôt qu’être pirate tient surtout à deux choses ; un environnement et une méthode.

Into the Wild; l’Environnement Pirate

Il arrive à certains moments de l’histoire, lorsque les nouvelles découvertes ou les avancées techniques rendent possibles l’exploration de nouveaux territoires, que les civilisations se retrouvent soudainement face à des espaces immenses échappant largement à leur contrôle.

Ces zones, qu’elles soient matérielles ou immatérielles, deviennent accessibles mais restent difficilement contrôlables.

Elles représentent à la fois une source de richesse inestimable, un océan d’opportunités mais aussi un lieu effrayant où les règles qui prévalaient jusqu’alors sont abolies.

C’est précisément là que se trouve le pirate, et c’est je crois, le point commun entre tous les environnements dans lesquels a pu évoluer la piraterie.

Hier, c’étaient l’océan ou les terres encore vierges du nouveau monde qui abritaient les flibustiers, les boucaniers et autres hors-la-loi débraillés. Aujourd’hui c’est sur Internet qu’ils agissent.

  • Comme l’océan au XVIIème siècle, le web est un espace immense et mal contrôlé, n’appartenant à aucune nation, régit par des lois floues, peu nombreuses et largement inapplicables.
  • Comme l’océan au XVIIème siècle, le web est un lieu d’échange où transitent des flux commerciaux colossaux.
  • Comme l’océan au XVIIème siècle, le web est un endroit où les maillages de la société se distendent, où les pressions sociales s’affaissent, entrainant un affaiblissement des dogmes existants.

Ces milieux immenses et chaotiques sont la demeure du pirate, ils sont pour lui son gagne-pain, son refuge et sa culture. Mais ce qui a changé pour le pirate numérique, c’est qu’il n’a plus besoin d’un très coûteux navire pour opérer, un simple ordinateur lui suffit.

La Méthode Pirate

Si l’on a pu qualifier de pirate des personnages ayant des intentions et des motivations très diverses, c’est qu’ils avaient au moins en commun le recours à des méthodes spécifiques. Il me semble très intéressant de se pencher davantage sur la question car ces méthodes me paraissent particulièrement efficaces à l’heure du numérique.

Fuite combative

le pirate, qui n’a qu’un « frêle navire » est généralement confronté directement à des institutions nettement plus balèzes que lui. Par conséquent, l’attaque frontale n’est pas son domaine. Je pense que l’une des méthodes les plus caractéristiques du pirate est ce que j’appellerais la fuite combative.

La mobilité, la capacité à frapper, puis à disparaître est un point commun à tous les pirates, que ce soit sur mer, sur terre, ou sur Internet.

Oui, les pirates sont des fuyards, mais des fuyards constructifs, courageux. Les Etats-Unis n’ont ils pas été fondés par des fuyards anglo-saxons en lutte contre le vieil ordre européen ? Et quelle société va fonder notre génération de fuyards du numérique qui a largement déserté les sphères de l’ancien monde pour les lumières blafardes des écrans d’ordinateurs ?

En prise directe avec le réel

Les pirates sont réalistes. D’emblée, ils se confrontent à la réalité et ne s’en remettent qu’à eux pour subvenir à leurs besoins. Les pirates ne souhaitent pas forcément changer le monde, ils s’en tiennent à un principe que l’on connait  lorsque l’on créé une entreprise, ne pas chercher à vendre quelque chose que l’on utiliserait pas soit-même. Contrairement aux grandes théories élaborées par des idéologues au XXème siècle, dont la mise en pratique réclamait  la création d’un homme nouveau et la prise de contrôle des structures, les pirates prennent comme point de départ ce qu’ils ont, ce qu’ils sont et tentent de faire le maximum pour vivre selon leurs règles propres. Ce n’est pas une utopie magnifique sur le papier mais inapplicable en pratique.

Le mode de vie qu’ils recherchent doit pouvoir être pérenne et durable, ils doivent être en mesure de l’assumer.

L’esprit d’expérimentation

Innover n’est pas une option pour les pirates. Vivants hors du cadre juridique, social et moral traditionnel, dans un environnement mal connu, mal régulé et mal exploité, ils sont obligés de refonder de toute pièce une micro société avec de nouvelles lois, de nouvelles valeurs, des nouveaux rites,  et des techniques inédites… Le vaisseau pirate forme une entité sociale autonome qui doit pouvoir s’auto réguler.

En mouvement perpétuel car pourchassés par des forces supérieures, ils doivent rester mobiles pour rester vivants. Cela les pousse à découvrir de nouveaux lieux, à s’aventurer là ou leurs ennemis ne pourront les atteindre, ce qui fait d’eux des explorateurs.

Mais leur rapport à l’innovation est original. Il n’obéit pas à un schéma « top-down » dans lequel des penseurs/ingénieurs conçoivent en amont un modèle qui sera mis en pratique par la suite, c’est un processus plus organique qui part du constat d’un problème.

Les pirates savent que la nécessité est la mère de la création.

Ce potentiel d’expérimentation est nettement plus puissant aujourd’hui qu’au XVIIème siècle car le gain d’expérience qui autrefois restait trop souvent cantonné à l’échelle de quelques navires isolés peut aujourd’hui être répandu et partagé rapidement sur Internet.

Pirate map

Légitimité et pertinence de la piraterie

La piraterie n’est pas un phénomène marginal correspondant à une période donnée de l’histoire. Elle accompagne les sociétés depuis toujours. Elle semble apparaitre spontanément n’importe où dans le monde dès que les conditions sont réunies.

Pour Rodolphe Durand et Jean-Philippe Vergne, auteurs de l’essai « l’Organisation Pirate« , le phénomène de piraterie est indissociable de la place de l’Etat dans les processus de territorialisation et de normalisation marchande. Si les individus choisissent volontairement de s’organiser en dehors et contre les règles produites par la puissance publique, c’est qu’ils en contestent la légitimité et qu’ils souhaitent mettre en œuvre une alternative.

Les questions soulevées par la piraterie sont aussi légitimes qu’éternelles, normal qu’elles collent aux basques des institutions de manière chronique depuis Alexandre le Grand jusqu’à nos jours;

De quel droit telle ou telle nation, telle ou telle corporation, peut-elle s’approprier un nouveau territoire, demande le pirate. Qu’est-ce qui lui donne la légitimité de contrôler les  échanges dans ces zones encore vierges ?

Les débats qui font rage autour de l’usage et du contrôle d’Internet nous rappellent tout de même étrangement ceux qui ont été soulevés lorsque les nations européennes ont pris conscience de leurs capacités nouvelles à naviguer et commercer sur toutes les mers du monde. Lisez plutôt ce passage de « Mare Liberum » le traité d’Hugo Grotius sur la liberté des mers (1609) :

« Il ne s’agit point ici de la mitoyenneté d’un mur ni du déversement des eaux sur l’héritage voisin, objets d’intérêt purement privé ; il ne s’agit même pas de ces débats fréquents entre les peuples au sujet de la propriété d’un champ sur la frontière, de la possession d’un fleuve ou d’une île ; mais il est ici question de tout l’Océan, du droit de naviguer et de la liberté du commerce. Entre nous et les espagnols, il y a controverse sur les points suivants : l’immense et vaste mer est-elle la dépendance d’un royaume seul, et qui n’est pas même le plus grand de tous ?

Est-ce le droit d’un peuple quelconque d’empêcher les peuples qui le veulent de vendre, d’échanger, en un mot de communiquer entre eux ?

Par les questions qu’elle soulève, la piraterie génère du droit nouveau. Elle invite les institutions à se regarder dans un miroir. Elle questionne les fondements même des règles établies, propose une alternative et pose des limites aux systèmes existants.

Les pirates furent parmi les premiers à établir des règles démocratiques à bord, à récompenser les hommes au mérite (les capitaines et les contremaitres étaient désignés selon leurs capacités et pouvaient être révoqués) et même à établir des systèmes de pensions d’invalidité pour les blessés. Par certains aspects, l’organisation de la « société » pirate, était très proche des aspirations des intellectuels et des réformateurs qui viendront après eux.

L’économie du partage face au modèle économique dominant

Il faut parfois savoir revenir aux fondamentaux. Particulièrement dans les périodes de crises structurelles comme celles que nous traversons aujourd’hui et qui remettent directement en cause les bases mêmes de nos économies. Nous ne pourrons pas comprendre ce que signifie économie du partage si l’on ne se demande pas d’abord ce que le mot « économie » veut vraiment dire. Je m’en tiendrai à la définition de Wikipédia qui me paraît être assez juste et inspirante :

L’économie est l’activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l’échange et la consommation de biens et de services.

Si l’on s’intéresse aux modifications structurelles que l’on doit apporter à nos économies, il faut se poser des questions telles que :

  • Comment produit-t-on ? Existe-t-il d’autres façons de produire ?
  • De quelles manières sont distribués les biens et services produits ? N’existe-t-il pas d’autres voies ?
  • Pourquoi et comment les agents économiques échangent-t-ils entre eux ? Pourrait-il en être autrement ?
  • Quelle est notre manière de consommer ? Est-t-elle optimale ?

Je me suis demandé si nous pouvions comparer point par point le modèle économique dominant issu des théories classiques avec l’économie du Partage, modèle émergeant et prometteur mais qui doit encore prouver sa validité. Le graphique ci-dessus est le résultat de cet exercice. Ce qui suit explicite et détaille les differences entre les deux modèles.

1-Production

Dans le système économique dominant la production est planifiée, organisée et structurée par des agents économiques clairement identifiés; les entreprises, s’organisant de plus souvent de manière hiérarchisée et  pyramidale. Les producteurs cherchent à augmenter leur compétitivité au moyen d’économies d’échelles rendues possibles par la standardisation et la division du travail. On pense à la manufacture d’épingles d’Adam Smith. Les biens et les services produits par les entreprises sont protégés par des brevets et des licences qui leur garantissent l’exclusivité sur leurs productions et qui sont censées valoriser les innovations qu’elles ont crées et portées de l’idée jusqu’au produit.

Dans l’économie du Partage, il n’est pas toujours évident de distinguer clairement un acteur unique qui accompagne le produit de la conception à la vente. Tel produit peut avoir été dessiné par un anonyme, mis en ligne gratuitement et de manière ouverte par ce dernier, exploité par un autre à des fins commerciales et diffusé ensuite de manière virale par la communauté internet. OWNI a récemment publié un article sur l’incroyable dissémination d’une simple photo mise en ligne sur FlickR et qui s’est retrouvée imprimée à des milliers d’exemplaires sur des tee-shirts, des couvertures d’albums ou même des tatouages… Le processus de création s’est considérablement ouvert. Dès lors, on comprend aisément, que les règles légales liées à la propriété intellectuelle et à la responsabilité du producteur volent en éclats. La création et l’innovation en open source opèrent de manière organique. Chacun est libre de rajouter une pierre à la somme existante, la cohérence de l’édifice est assurée par des plateformes intelligentes et des mécanismes de filtrages organiques capable de faire émerger les créations à plus forte valeur ajoutée. Wikipédia en est un exemple frappant.

Mais si le processus de création Open Source est d’abord né sur Internet et concerne avant tout la production intellectuelle et culturelle, il commence à se répandre aux biens concrets. Il existe déjà des moyens de participer à la construction d’une voiture conçue en open source comme il est possible de fabriquer soit-même des engins agricoles à des prix très nettement en dessous de ceux du marché en suivant les plans d’un agriculteur très collaboratif.

2-Distribution

Dans le système économique dominant, la distribution s’organise selon un modèle « top-down », de l’usine du producteur à la poche du consommateur en passant par une série d’intermédiaires; grossistes, semi-grossistes, détaillants … Par conséquent, les circuits de distribution sont longs et souvent peu écologiques. Des pièces conçues aux USA vont être fabriquées en Chine et en Indonésie, assemblées en Roumanie pour être consommées en France.

Les producteurs; un relativement faible nombre d’entreprises s’adressent à la multitude des consommateurs isolés les uns des autres. C’est un schéma few-to-many.

Dans l’économie du Partage, le nombre d’intermédiaire tend à diminuer considérablement. Les nouveaux moyens d’information et de communication ont permis l’instauration d’un dialogue « many-to-many » tel que l’avait prophétisé Isaac Asimov. Le développement de modes de distribution plus horizontaux – tel que le Peer-to-Peer – est une conséquence de ce phénomène mais il est loin d’être isolé et n’est pas cantonné à l’échange de produits dématérialisés; Ebay, Craigslist, AirBnB, Couchsurfing ou Supermarmitte sont autant d’exemples de plateformes de distribution fonctionnant selon un schéma many-to-many. Les produits agricoles ne sont pas en reste; des initiatives comme les AMAP et La Ruche qui dit Oui visent à raccourcir les circuits de distribution en garantissant des prix avantageux pour les producteurs sans pénaliser les consommateurs.

3-Echange

Dans le système économique dominant, les échanges sont caractérisés par une recherche permanente d’équivalence, on attend pour chaque produit fourni, pour chaque service rendu, une contrepartie immédiate d’un niveau égal à la prestation. Pour réaliser l’équivalence et faciliter la mesure de la contrepartie, on fait appel à la monnaie comme intermédiaire des échanges. L’économie classique a permis de multiplier les échanges entre individus n’ayant pas forcément confiance les uns envers les autres dès lors que la rétribution apportée pouvait être jugée fiable et solide. Elle a permis aux échanges de quitter la sphère locale et d’offrir un cadre mondial aux échanges commerciaux. Pour cela elle s’est appuyée sur des monnaies (solides et stables) et sur des lois contractuelles (pouvant palier aux déficiences).

Dans l’économie du Partage, l’équivalence immédiate n’est pas toujours recherchée. Sous de nombreux aspects, les comportements d’échange qui se retrouvent dans l’économie du partage ressemblent à la « Logique don et contre don« .  Loin d’être un système naïf issu de l’idéalisme de certains exaltés, ce mode de transaction a pu être remis en service grâce aux avancées numériques. Internet nous montre en temps réel les bienfaits et les bénéfices mutuels que nous pouvons retirer de la logique « don et contre don » et donne une visibilité à ceux qui adoptent ce comportement. Sur CouchSurfing par exemple, si j’ai accueilli de nombreux membres et qu’ils m’ont laissé des commentaires positifs, je serais considéré comme un partenaire digne de confiance et il me sera nettement plus facile de trouver de bonnes conditions d’accueil lors de mon prochain déplacement. La toile, en offrant une visibilité aux contributeurs de bonne volonté est ainsi constituée de millions de communautés qui fonctionnent sur ces principes collaboratifs.

Or, là où les communautés apparaissent, là où les membres peuvent se faire confiance et compter l’un sur l’autre, le rôle de la monnaie et des lois diminue. C’est un phénomène auquel nous pourrons nous attendre dans les prochaines années, particulièrement en ces périodes troublées où la confiance dans notre système monétaire est ébranlée.

4-Consommation

Dans le système économique dominant historiquement conçu à une époque où les ressources étaient rares et où les moyens de communication restaient limités, les notions de possession et de consommation se confondaient bien souvent; avant de consommer, il fallait posséder. Comme il était difficile de faire correspondre les besoins ponctuels avec les ressources permettant d’y répondre, il était nécessaire d’avoir autour de soit tout ce qu’il faut pour faire face aux éventualités.

Dans l’économie du Partage, l’âge de l’accès annoncé par Jérémie Rifkin il y a une dizaine d’années est  en passe de devenir une réalité tangible. « D’ici à 25 ans, l’idée même de propriété paraîtra singulièrement limitée, voire complètement démodée » annonçait-il. « C’est de l’accès plus que de la propriété que dépendra désormais notre statut social. » Le développement de la mobilité partagée est une illustration de ce phénomène. L’accès prime sur la possession. Voici sans doute LE concept clé sur lequel repose la consommation collaborative. Ainsi, lorsque l’on sait qu’une voiture fonctionne en moyenne une heure par jour, ne serait-il pas plus efficace, moins couteux et plus intelligent d’en répartir l’usage entre plusieurs individus qui auraient besoin d’un véhicule à des moments différents ? Le développement phénoménal des moyens de communication, permettant à chacun d’interagir avec chacun de n’importe où et d’une manière instantanée rend possible cette meilleure allocation des ressources. C’est peut-être là que reposent les principaux gisements de progrès pour nos économies.

David et Goliath

Transformer une communauté en mouvement ; la méthode Harvey Milk

Ce billet est une traduction de l’article d’Alex Hillman initialement publié sur DangerouslyAwsome.
Alors que le concept de communauté prend de plus en plus de place dans la vie sociale et le business, il m’a parut intéressant d’en proposer une traduction française :

My Name is Harvey Milk and I’m here to recruit you

Voilà son cri de guerre. Ce weekend, je me suis posé pour regarder Milk, un documentaire sur la vie d’Harvey Milk, premier homme politique américain ouvertement gay. Le travail d’Harvey Milk pour les droits des homosexuels est intéressant en soit. Je n’entrerai pas dans le détail mais je vous recommande chaudement ce film. Ce qui m’intéresse ici, c’est la stratégie qu’utilise Harvey Milk pour inspirer, motiver, organiser et mobiliser une communauté et la faire passer à l’action. Je suis convaincu que cette dynamique en quatre temps, avec itération, est une technique particulièrement puissante et qui mérite réflexion.

1 – Inspirez

La première action que va entreprendre Milk est modeste; il s’agit simplement de sortir de l’ombre.  Dans le contexte de l’époque, aller de l’avant sur le sujet de l’homosexualité était en soit une source d’inspiration. Lors de son parcours, il perdit de nombreuses élections, mais sa ténacité et son combat attiraient un nombre croissant de militants au fil des années. Tous n’étaient pas également impliqués dans le mouvement et n’avaient pas la même expérience. Anne Kronenberg, qui deviendra l’organisatrice en chef du mouvement, avait déjà à son actif plusieurs campagnes électorales alors que d’autres comme Cleve Jones n’en avaient pas. Harvey a pourtant su reconnaitre son potentiel et  savait quand et comment permettre à Cleve d’exprimer son talent. Milk ne faisait aucune discrimination;

Lorsque vous organisez une communauté, la première chose à faire, c’est de ne pas rester seul. Inspirez votre entourage et gagnez une masse critique. Puis identifier du sang neuf qui continuera à recruter et à répandre le message.

2 – Motivez

Dès lors que vous avez atteint une taille critique, que vous vous êtes entourés de partenaires actifs et passionnés, ne vous reposez pas sur vos lauriers. Osez, surprenez. Dans le film, on voit Harvey mener une manifestation de milliers de résidents gays du quartier de Castro à San Fransisco la nuit où le conté de Dade vota l’expulsion des enseignants homosexuels des écoles. Il a su canaliser l’énergie des manifestants au bord de l’émeute par son discours et son charisme. C’est bien cet évènement qui a permit à Milk de provoquer une réaction en chaîne et de convaincre les supporters potentiels de devenir des supporters effectifs du mouvement.

En tant qu’organisateur de communauté, votre deuxième étape est de montrer à votre groupe les moyens d’actions et de leur donner la possibilité de les mettre eux-même en oeuvre. Chaque membre doit pouvoir regarder ce que vous faites et se dire « je peux le faire également ». Et vous bien sûr, devez leur répondre « bien sûr que tu peux le faire ».

3-Organisez

C’est dans ce domaine qu’Harvey s’illustra tout particulièrement; lorsque ses choix devinrent tactiques, il su s’appuyer sur les relations qu’il avaient nouées. Milk maitrisait l’art de la délégation. Il connaissait ses meilleurs disciples et savait à quel moment et comment compter sur eux. Lorsque vous organisez quelque chose, pensez à décomposer vos objectifs et les tâches à accomplir en « petits morceaux », en sous-objectifs compréhensibles et atteignables, puis répartissez ces tâches parmi vos partisans.

En faisant en sorte que vos objectifs soient clairs et réalisables, vous créez des situations dans lesquelles vos membres ont une chance de réussir. Une fois qu’il auront connu le goût de la victoire, ils auront encore plus faim d’autres victoires et reviendront prêts et plus expérimentés pour retrouver d’autres combats.

« Mais s’ils échouent ? » Pas grave. Comme les tâches ont été fragmentées, il échoueront sans nuire au mouvement et en tireront des leçons. Mais le plus important est que d’autres apprendront également de cet échec.

En tant qu’organisateur de communautés, votre troisième étape est d’organiser, mais pas de micro-gérer. Sachez déléguer et récompenser le succès par de nouveaux objectifs plus ambitieux. Sachez aussi voir en l’échec le gain d’expérience. Il y a souvent plus à apprendre de l’échec que du succès.

4-Mobilisez

C’est beaucoup plus simple que ce que l’on croit, surtout si vous avez suivi les étapes précédentes.

Vous avez déjà un groupe de personne rassemblées autour d’une vision commune, vous avez des gens inspirés et inspirants. Vous avez su diviser vos objectifs de manière à créer des situations propices à la victoire (et peu sensibles à l’échec). Maintenant, vous pouvez y aller. Mobilisez c’est transformer vos plans en action. Choisissez une cible de référence et faites en sorte que chacun puisse s’y focaliser en même temps. Chacun doit regarder vers le même objectif et appuyer sur la gâchette au même instant.

En tant qu’organisateur de communauté, votre quatrième étape est de repérer votre cible, de la fixer et de tirer lorsque vous serez prêt.

5-Recommencer

Quand vous pensez avoir fini, ne vous arrêtez pas; c’est l’occasion de commencer un nouveau cycle. A chaque fois que vous recommencez un cycle, son impact sera toujours plus grand que le précédent. Vous avez avec vous plus de gens capables d’inspirer, de motiver, d’organiser et de mobiliser. Chaque action déployée entraine davantage d’actions que vous pourrez déployer. Les communautés grandissent jusqu’à un point de rupture et continuent de grandir sous d’autres formes. C’est ainsi qu’elles fonctionnent et c’est une bonne chose.

En tant qu’organisateur de communauté, votre dernière étape est de ne jamais avoir de dernière étape. Recommencez.

 

 

Vies et morts des communautés

Comment les espaces de coworking peuvent être à l’origine de nouvelles communautés ? Comment peuvent-ils leur permettre de se fédérer et de s’organiser plus efficacement ? Voilà des questions centrales pour les Mutins car – on ne le dira jamais assez – le succès d’un espace de coworking dépend avant tout de sa capacité à faire naitre, à rassembler et à faire croitre une communauté. Pour cela, il faut d’abord essayer de comprendre ce qu’est exactement une communauté. Comment elle nait, comment elle s’organise et comment elle peut disparaître…

Un patrimoine commun

la découverte de l’origine étymologique du mot communauté m’a mis en joie ; le mot vient du latin cum numus, c’est un groupe de personnes ; cum qui partagent quelque chose ; numus, un bien, une ressource ou au contraire une obligation, une dette… Ainsi, le partage serait à l’origine de la constitution des communautés… C’est beau ! Et cela rejoint une idée mutine avancée lors d’un article précédent ; l’échange, le don et le lien social.

Romulus et Rémus

Naissance des communautés

Mais quels peuvent être ces patrimoines communs ou ces dépendances à un même élément, capables de fonder de nouvelles communautés ?

Un territoire ou un lieu commun

D’abord, il peut s’agir d’un territoire ou d’un lieu fréquenté régulièrement par plusieurs individus. A force de s’y retrouver, des liens pourront se créer ce qui pourra donner naissance à une communauté de lieu. Les relations qui naissent sur les lieux de travail, dans les écoles ou les villages peuvent donner naissance à ce genre de communauté.

Des ressources partagées

La mise en commun des ressources est un facteur majeur de création de communautés. Que ce soit un puits où chacun vient s’abreuver, une usine ou une maison familiale, le fait de partager et de dépendre de certaines ressources favorise la création de lien social.

Une langue commune

La langue est aussi un patrimoine commun, partagé de manière indivisible par telle ou telle population. Par conséquent, elle permet d’être la base d’une communauté. La communauté des partisans de l’esperanto est un exemple de la fondation d’une communauté par la langue.

Une mémoire, une histoire commune

L’appartenance à un passé commun, réel, romancé ou fantasmé est un facteur d’unité et un moyen de rassembler les hommes. Dans l’antiquité, la création d’un passé mythique a joué un rôle important dans la constitution d’une identité grecque, juive ou romaine. Sous la IIIème république, les figures de héros nationaux tels que Vercingétorix ou Jeanne d’Arc ont été mises en avant pour renforcer l’unité nationale.

Des connaissances et des techniques partagées

Les cercles de penseurs, les communautés scientifiques, les corporations de métiers sont autant d’exemples de communautés constituées autour de savoirs ou de techniques partagées.

Des valeurs, centres d’intérêt ou idéaux communs

Enfin, certaines communautés sont constituées autour de valeurs, de centres d’intérêt ou d’idéaux communs. les communautés religieuses, les familles politiques ou encore les clubs de sport appartiennent à cette catégorie.

En pratique, les communautés s’imbriquent les unes dans les autres. Les communautés qui naissent au sein d’une entreprise par exemple, peuvent être à la fois communautés de lieu, de ressources, de connaissances, d’histoire et de valeurs. Les communautés les plus solides sont celles capables de réunir un maximum de patrimoine commun. Il existe toutefois un risque inhérent au fait de partager un trop grand patrimoine commun, celui de tomber dans une sorte de consanguinité culturelle, de se refermer, et de sombrer dans le communautarisme… Pour éviter cela, les communautés les plus complètes doivent veiller à rester ouvertes et réceptives à d’autres influences.

Comment peut naitre une communauté dans un espace de coworking ? En partageant le même lieu, les mêmes ressources, en mettant en commun leurs idées et leurs compétences, les coworkers multiplient les occasions de fonder de nouvelles communautés.

L’âge adulte

La communauté s’oppose à la société et à l’association en ce qu’elle est formée indépendamment de la volonté de ses membres et qu’ils ne décident pas de leur implication.

Une communauté n’est pas nécessairement un groupe opérationnel, elle peut exister d’elle-même, sans que ses membres en soient réellement conscients. Elle peut exister sans projet nettement formalisé ni leader établi.

Il arrive toutefois que la communauté finisse par prendre conscience d’elle-même et décide de s’organiser. C’est là, sans doute, le véritable acte de naissance d’une société. En me renseignant sur le sujet, je suis tombé sur Ferdinand Tönnies, sociologue et philosophe. Lisez plutôt : « Tönnies explique, à travers les notions de volonté organique (Wesenwille) et celle de volonté réfléchie (Kürwille), le passage de l’individu de la communauté (Gemeinschaft) vers la société (Gesellschaft). Pour lui, la volonté organique est à l’origine de la forme de vie sociale communautaire. Elle est une spécificité du comportement des individus vivant en communauté, caractérisée par l’attachement, l’affection qu’a l’individu, envers sa famille, son village, ceux qui y habitent et les pratiques coutumières et religieuses y existant. La forme sociale sociétale est, quant à elle, le produit de la volonté réfléchie, c’est-à-dire qu’elle est issue de la pensée humaine. »

Une société, c’est donc d’abord une communauté qui a pris conscience d’elle-même et qui a décidé de s’organiser.

Cette prise de conscience peut survenir de plusieurs manières :

  • La communauté entre en contact, (pacifiquement ou non) avec une force extérieure et réalise par là même qu’elle existe.
  • Un ou plusieurs leaders parviennent à faire prendre conscience de l’unité de la communauté et/ou à proposer un projet collectif.
  • De nouveaux outils, de nouvelles techniques ou de nouveaux moyens de communication font prendre conscience de l’existence de communautés jusqu’à lors dispersées.

Le Mahatmah Cette prise de conscience est sans doute en train de se réaliser sur Internet. Le développement de nouvelles fonctionnalités web permettant de rassembler et d’organiser des communautés diffuses (réseaux sociaux, P2P…). La découverte de la puissance de la culture numérique et de sa capacité à influer le cours des évènements (Wikileaks, Anonymous) et le sentiment d’agression perçu par les communautés numériques (répression numérique en Tunisie, Egypte, Iran, chine, lois Hadopi…) sont peut-être en train de transformer les communautés en ligne en sociétés en ligne.

Comment les espaces de coworking peuvent permettre de fédérer, de renforcer et d’organiser les communautés existantes ? Comment peuvent-il transformer les communautés en micro-sociétés ? Internet a vu naitre un nombre impressionnant de communautés qui n’avaient pas de lieux physiques pour se rassembler et s’organiser. Les espaces de coworking peuvent remédier à cela ; ils permettent aux micro-sociétés en puissance de se réunir, d’y organiser des évènements ou encore de s’y former pour être plus efficace dans leurs actions collectives.

La mort des communautés

Lorsqu’une communauté perd le patrimoine commun qui fait son unité, elle perd du même coup sa raison d’être.

Une communauté n’a plus lieu d’être si elle n’a plus rien à partager.

Je vois 3 causes de mortalité principales pour une communauté :

  • le patrimoine commun disparait : Suite à un changement technologique, culturel, politique ou idéologique, l’élément commun qui faisait l’unité de la communauté disparait. Ce patrimoine peut également disparaitre en cas de dispersion géographique d’une communauté ou en cas de disparition d’une ressource partagée. L’exode rural donne un bon exemple de la destruction de communautés. En quelques années, les communautés rurales unies autour d’un lieu (village), d’une ressource commune (la terre) d’un métier (agriculture), d’une mémoire commune voire d’une langue ou d’un patois local ont été délocalisées, dispersées et finalement assimilées. Elles ont laissé la place à de nouvelles communautés plus urbaines, plus industrielles…
  • le patrimoine commun est confisqué : Il peut arriver, lorsque la communauté a commencé à s’organiser, que le patrimoine commun soit confisqué par une ou plusieurs personnes éminentes qui auraient été tentées de confondre « gestion » du patrimoine commun avec « appropriation » du patrimoine… l’histoire fourmille d’illustrations : idées religieuses et valeurs morales confisquées par un clergé, hommes d’Etat véreux ayant tendance à confondre les caisses de l’Etat avec les leurs, historiens malhonnêtes réécrivant l’histoire… Or si le patrimoine autrefois partagé par tous est confisqué par quelques-uns, le bien commun devient bien privé et la communauté disparait.
  • la communauté n’a plus de raison d’être : Cette dernière cause de mortalité représente en quelque sorte la belle mort des communautés, celle qui survient lorsque la communauté a atteint une taille critique ou une maturité suffisante. La communauté perd alors son pouvoir fédérateur et sa vitalité, elle n’est plus un vecteur identitaire assez fort pour l’individu. Elle se scinde alors en plusieurs sous-communautés plus vivaces qui, partant d’une base commune, y ajoutent des éléments propres et créent une nouvelle dynamique.

En revanche, une société peut survivre à la communauté dont elle était issue. De la même manière qu’un récif de corail continue de garder sa structure longtemps après que ses micro-organismes soient morts, les structures sociales peuvent perdurer un temps mais elle perdent alors leur vitalité, deviennent rigides, cassantes et finissent par s’effriter progressivement…

Tableau récapitulatif :

communautés et sociétés

Coworking : 5 atouts français

Individualisme, conservatisme, aversion au risque, culte du secret professionnel, voilà quelques-uns des traits de caractère pas très sympathiques souvent attribués aux français quand il s’agit de business… Des caractéristiques pas franchement compatibles avec le coworking, d’autant plus que notre mère patrie est encore à la traine dans ce domaine si nous la comparons à ses voisins européens. Pourtant, la France dispose de plusieurs atouts précieux qui nous laissent penser qu’elle pourrait elle aussi devenir une terre d’accueil pour les espaces de coworking. En voici quelques-uns.

1) Des précédents historiques

Avant même que le concept de coworking n’émerge véritablement, la France fut un temps un pays pionnier pour les communautés créatives.

De puissantes communautés ont commencé à se former en France pendant le siècle des lumières dans les cafés et les salons de certaines personnalités ( comme le café Procope ou l’hôtel de madame de Lambert). Des esprits éclairés s’y rassemblaient fréquemment pour échanger et débattre autour des idées progressistes de l’époque. A la veille des révolutions de 1848, les cercles de libres penseurs apparaissent en France et se fédèrent progressivement jusqu’à la veille de la Commune de Paris. Ces communautés intellectuelles, philosophiques et politiques se rassemblaient régulièrement pour échanger des idées et pour faire évoluer la société. Dans le même temps, on voit se multiplier les ateliers d’artistes où se recréent des espaces communautaires proche de l’esprit de la bohême. Pour tous ces artistes, l’atelier représentait l’espace de la gestation des œuvres. Lieu réel, il est aussi celui dans lequel se construit l’identité fantasmée de l’artiste, philanthrope et prométhéen. Enfin, l’atelier est l’espace de la sociabilité artistique. Ces ancêtres du coworking, nés sur nos bonnes terres de Gaule ne sont-ils pas des exemples encourageants pour les prochaines générations ?

Atelier d'artistes

2) Une protection sociale qui permet de tester ses projets en limitant les risques

Le très haut niveau de protection sociale dont nous pouvons bénéficier est un atout pour le coworking français ; il offre une sécurité financière à ceux qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure risquée de la création d’entreprise ou travailler à leur compte.

En d’autres termes, notre protection sociale nous permet de tester un projet sans prendre des risques financiers excessifs.

Assedics, RSA, prêts d’honneur et aides diverses permettent de tenir financièrement pendant la période de vaches maigres que traversent bien souvent les freelances et les entrepreneurs au début de leur parcours. Si vous tombez malade, vous n’aurez pas à revendre votre ordi ou mettre votre appart en hypothèque pour vous payer des soins, vous serez soignés quasi gratuitement ce qui est loin d’être le cas partout. Relativisez donc votre risque. Les espaces de coworking sont les endroits parfaits pour tester un concept dans les meilleures conditions sans prendre de risque financier excessif.

3) Un tissu urbain favorable

La plupart des agglomérations françaises ont un tissu urbain très dense, organisé en étoile autour d’un centre-ville agréable et stratégique car bien relié par les transports en commun et autres vélib’, bien équipé et offrant une visibilité importante aux entreprises. Malheureusement, ces centres sont coûteux ce qui oblige bien souvent les petites structures à s’installer dans la périphérie lointaine et ce qui force parfois les indépendants à travailler à domicile.

Le coworking s’avère idéal, pour bénéficier des avantages d’une implantation centrale sans en subir les contraintes budgetaires.

4) Un tissu de TPE dense et dynamique mais éclaté

On compte en France 1,25 millions d’entreprises unipersonnelles ce qui représente près de 50% du total des entreprises françaises !

Poussé par la crise économique et boosté par la création du statut d’auto entrepreneur, le niveau de création d’entreprise atteint des records. Pourtant, ces entrepreneurs et ces nouveaux freelances (qui partagent de nombreuses problématiques communes) ne parviennent pas à s’unir ou se fédérer. Les centres d’affaires et les pépinières ne sont pas toujours des solutions adaptées puisqu’ils demandent des investissements plus important, qu’ils sont moins flexibles qu’ils ne résolvent pas totalement le manque d’interaction qui affecte souvent les indépendants.

La création du statut d’auto entrepreneurs est en train de modifier progressivement le paysage français du monde du travail. De nombreuses personnes, anciennement rattachées à une structure d’entreprise ont pu (ou ont dû) prendre leur indépendance et ont quitté les structures d’entreprise traditionnelles. Où sont ces travailleurs aujourd’hui ? Chez eux probablement, et sans doute en train de réaliser qu’il n’est pas forcément évident de bosser en freelance… Dans ce contexte, le coworking serait une solution adaptée pour cette population croissante d’indépendants.

5) Un lien social à reconstruire.

La France est à la recherche d’un nouveau lien social. Nos structures sociales sont sorties salement amochées du XXème siècle. Résultat; un civisme qui laisse souvent à désirer, un individualisme encore dominant et une défiance importante entre les citoyens. Le contrat qui liait l’entreprise aux salariés a lui aussi du plomb dans l’aile. Utiliser les jeunes comme variable d’ajustement et outil de diminution de coûts (et non plus en vue d’embaucher) est devenu monnaie courante pour beaucoup de grandes entreprises françaises. La crise économique renforce le besoin d’entraide et de solidarité entre les citoyens.

Si le coworking parvient à montrer sa capacité à recréer du lien social, il est fort probable qu’il soit plébiscité par les français.

Liberté, égalité, fraternité ou la mort