Les débats sur l’innovation et la créativité face aux conventions à la défense du status quo sont souvent présentés de manière manichéenne. D’un côté les aventuriers et les explorateurs du possible rejetant les dogmes et les conventions, d’un autre les conservateurs sans autre idée que le maintien d’une situation.

En réalité, l’innovation naît des frottements permanents entre les marges et les conventions, frottements souvent douloureux, conflictuels mais toujours féconds. Les deux se nourrissent l’une et l’autre par apports et inspirations réciproques.

La marge ne cesse d’altérer, de sculpter, d’enrichir les conventions. Tandis que les innovateurs ne cessent ne puiser leur inspiration dans les sources du monde classique et l’utilisent pour communiquer leurs découvertes.

La convention est matière, l’innovation est énergie ; et comme pour la matière et l’énergie, il y a des lois secrètes qui les unissent. Approcher le E=mc2 entre le réel et le virtuel, entre le neuf et l’ancien, c’est de ça dont il est question aujourd’hui.

punk et grand mère

L’innovation ne peut se transmettre que par la convention

Comme l’énergie a besoin de matière pour être perceptible, la nouveauté a besoin de convention pour être vue et partagée.

Il faut comprendre qu’il n’y a pas vraiment de moyens de communiquer, ni même d’échanger autrement que par la convention. C’est parce que des millions de personnes se sont mises d’accord pour que le son « table » désigne l’objet table que l’on peut discuter ensemble de ces « supports horizontaux à plateau ». Et bonne chance à celui qui décrétera qu’une table doit désormais s’appeler « klouk »…

C’est parce que des millions de personnes se sont mises d’accord que des bouts de papier valent vraiment quelque chose. Et c’est parce qu’on a donné un nom de note à certaines vibrations de matière qu’on a pu faire progresser la musique.

La marge, sous sa forme brute, est un brouillard plus ou moins au fond de nos cerveaux qui peine à être formalisée, faute de langage existant, c’est-à-dire de convention.

Les nouveautés nées de la marge n’ont donc aucun autre moyen de prendre une consistance réelle dans le monde qu’en se formalisant autour de choses existantes et admises.

C’est pour cela qu’un bon niveau de solfège aide à improviser. C’est pour cela qu’une maîtrise poussée de la langue est fondamentale pour produire des idées neuves. C’est pour cela qu’une parfaite connaissance de la finance permet de fabriquer des innovations financières etc.

Cela amène deux observations :

Le conventionnel est arbitraire et n’a pas de valeur intrinsèque. Il vaut uniquement parce qu’il rassemble et permet l’échange et la compréhension mutuelle. Le conventionnel est le domaine de l’échange et c’est en ce qu’il permet l’échange que sa valeur est immense.

La nouveauté se transmet toujours par la convention et procède par détournement. Tout le jeu des créateurs est de véhiculer des nouveautés à travers des symboles, les valeurs et des mots existants. L’innovation est un détournement. C’est en combinant des choses connues, dans un ordre inhabituel qu’on parvient parfois à faire ressortir et à faire comprendre ce qui n’existait pas encore.

Pas d’opposition entre la convention et l’innovation

La convention n’est pas synonyme d’obstruction intellectuelle.

Il n’y a pas d’opposition entre convention et innovation, c’est même probablement l’inverse. Tous les mythes communs, les idées admises, les symboles ou les histoires partagés sont des moyens pour les idées marginales de trouver des points d’accroche dans le réel.

Si l’on en est arrivé à opposer ces deux notions, c’est que de mauvais gardiens du temple sont allergiques aux détournements sans se rendre compte eux-mêmes que ce qu’ils défendent est une conséquence d’innombrables détournements antérieurs. Certains de ces gardiens le font cyniquement parce qu’ils ont placé quelques intérêts dans le status quo, et d’autres sont parfaitement sincères ; c’est vrai que le changement est parfois douloureux à accepter et qu’il n’est pas toujours drôle de voir se faire détourner ce que l’on aime et qu’on a toujours connu.

Le risque de voir la convention figer l’innovation et gripper le changement ne vient donc pas de la quantité de choses conventionnelles en cours dans une société, mais de la sacralisation excessive des conventions.

Le classique bien enseigné est un énorme atout pour la créativité, souvent bien supérieur à tous les livres de « self development » et autres guides pratiques. C’est l’avis d’Elon Musk lorsque on l’interroge sur ses inspirations et sa créativité : I read Books.

 Death to hipsters

Author

William

Leave a Comment

Your email address will not be published. Marked fields are required.