En 6 ou 7 ans de présence en France, le coworking est devenu un outil reconnu et largement utilisé par les professionnels. Il est devenu mainstream. Il a supplanté rapidement les télécentres qui faisaient partie du paysage depuis 25 ans. Le nombre de coworkers est passé de 40 000 à près de 700 000 membres dans le monde ! Ce succès fulgurant est le résultat d’un diagnostic juste sur les mutations du monde du travail mais certains nuages sombres sont en train de s’accumuler dans le secteur. Le danger principal est celui de devenir mainstream.

Le coworking n’est pas seulement une facilité

L’objectif de transformation sociale qui a toujours été à la base du projet de coworking ne doit pas disparaître, pas par idéalisme mais parce qu’on ne rassemble pas des gens sans une idée. Depuis son origine, il a toujours été associé à la fois à un service mais aussi à un mouvement. Or, un mouvement repose sur des idées et même des idéaux, et c’est avec ces ingrédients qu’on transforme une masse de gens en un groupe uni et capable d’actions collectives.

Le coworking n’est pas de l’immobilier d’entreprise d’un nouveau genre. Il n’est pas en premier lieu un moyen pas cher et flexible d’accéder à des bureaux.

Ceux qui viennent dans les espaces sont en premier lieu des travailleurs indépendants à la recherche d’un environnement de travail au sens large. L’argument qui revient le plus pour ceux qui sont venus à Mutinerie est « j’en ai marre de bosser seul chez moi comme un c.., j’ai besoin d’un cadre à la fois matériel et humain ! »

Mais pour autant, si le coworking doit poursuivre une visée transformatrice, il ne peut se contenter de réciter les idées qui ont fait son succès hier.

Un espace sans idée ne permet pas d’unir

Quand on se positionne sur un mouvement, on ancre son succès sur le front toujours mouvant des idées. Or, en 5 ans, le monde a beaucoup changé et le coworking doit regarder la réalité en face.

Nous parlions l’autre jour de la fin de l’illusion technophile, et du grand déniaisement qui a suivi ces années où l’on avait pu penser que la technologie, les réseaux sociaux et la capacité théorique des citoyens à s’organiser nous annonçaient un monde enfin intelligent et pacifique. Et bien, il faut reconnaître que nous nous sommes trompés.

Bien sûr de nombreuses prédictions se sont avérées fondées ; l’essor des freelances et des plateformes numériques, l’accroissement de la mobilité des travailleurs, la prise de conscience des indépendants, de leur singularité, la nécessité pour les entreprises d’adapter leurs méthodes, l’engouement d’une génération pour l’entreprenariat…

Mais sur d’autres plans, nous avons tous fait des erreurs d’analyse. Tout n’est pas rose dans les transformations numériques et tout le monde s’en aperçoit.

Il serait ridicule de camper sur des positions de techno-béat ou des clichés de jeunes cools connectés ! Ce serait un coup à finir en tête de gondole souriante sur les pages promotionnelles de concours d’entreprenariat subventionnés …

 

Il y a 5 ans, Airbnb était moins connu que Couchsurfing, Uber était embryonnaire et l’économie collaborative portait d’autres promesses que la marchandisation des rapports humains. Il y a 5 ans, il n’y avait pas de Daesh, de Brexit ou de Trump. Il n’y avait pas eu 250 morts dans des attentats en France. Tout cela créé une ambiance et nous invite à nous repositionner.

Le monde des idées continue ses fluctuations, l’air du temps se déplace ailleurs. L’air du temps, pas la mode qui lui court toujours après

vilain petit canardLes nouvelles Frontières

Alors sur quoi aujourd’hui rassembler les travailleurs indépendants ?

 Pas facile, quand on a la tête dans le guidon depuis des années, quand on fait face à des impératifs de rentabilité dans un contexte désormais compétitif de garder la fraicheur nécessaire pour voir plus loin et dessiner les contours des nouvelles frontières du coworking.

Les réponses seront sans doute très différentes d’un espace à un autre, d’un projet à un autre. Certains pourraient s’investir davantage dans la vie locale et citoyenne, d’autres pourraient se spécialiser sur des idées, à l’image de clubs, pour sortir d’un coworking qui resterait bâti sur un consensus autour du plus petit dénominateur commun. Mais il existe aussi des pistes plus larges à explorer.

Il faudrait décloisonner le coworking, le sortir d’un entre soi parfois étouffant, l’élargir à d’autres métiers et d’autres populations. Pourquoi les artisans indépendants ne pourraient-ils pas s’unir sous des formes d’espace coopératifs, mutualiser leurs talents, leurs outils et leurs charges ? Pourquoi ne pas mêler le coworking à des projets de repeuplement harmonieux des zones rurales capables de redynamiser les campagnes ?

Pourquoi ne pas pousser plus loin les liens entre coworkers afin d’être capable de répondre ensemble à des projets vraiment ambitieux tout en restant indépendant ? Pourquoi ne pas chercher à utiliser les espaces de coworking pour aider à la réinsertion et l’accès au travail ?

On voit que les pistes sont nombreuses et prometteuses. Il en existe sans doute beaucoup d’autres auxquelles nous n’avons pas encore pensé… A nous de dessiner l’avenir et d’échapper à la case dans laquelle on voudrait nous enfermer.

Les nouvelles frontières nous emmènerons même peut-être par dépasser ce terme de coworking, mot vague qui à force de recouvrir trop de réalités pourrait aussi bien tout dire que ne plus rien signifier. Dans tous les cas, la réponse à la normalisation du coworking, c’est d’aller vers l’avant sans viser le consensus à tout prix !

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7 thoughts on “Coworking, les dangers du mainstream

  1. Joël DIVIER on 2 décembre 2016 at 16 h 29 min Répondre

    Le coworking est devenu un phénomène très « tendance ». Voici deux exemples récents où le coworking est pris comme un modèle pour se développer ou booster son organisation :

    1) Banque Populaire expérimente une agence de type nouveau où le coworking pourrait être un nouveau service client « Mon Bureau Pop » http://cestpasmonidee.blogspot.fr/2016/11/banque-populaire-ouvre-lagence-au-co.html

    2) Caisse d’Epargne Normandie explore un nouveau mode d’organisation interne, plus collaboratif qui va bien au delà de l’open space, à travers un lieu aménagé comme un espace de coworking http://simpleashello.fr/integrer-le-travail-collaboratif-au-sein-de-la-caisse-depargne/

    Il me semble que des synergies entre les entreprises « traditionnelles » et les espaces de coworking pourraient être bénéfiques pour tous et permettraient d’améliorer les chances de réussite de chacun, car :

    – d’un côté, les entreprises (des banques dans l’exemple), n’ont pas l’expérience de l’animation d’espaces de coworking dont l’ADN est bien particulier ;
    – de l’autre, les espaces de coworking sont en mesure d’apporter leur savoir-faire à ces entreprises plutôt que de subir cette concurrence externe, et ainsi pérenniser un peu plus leur activité.

  2. Alexandre BOURLIER on 3 décembre 2016 at 14 h 58 min Répondre

    Encore un bel article ! Je partage l’analyse.

    Je suis bien en phase également avec la réponse de Joël.
    J’ajoute encore et toujours que c’est exactement dans cette dynamique qu’avancent des initiatives comme Coopaname ou Happy Dev. On cherche à aller au delà du buzzword et faire un collectif forts d’indépendants.

    Faut vraiment qu’on se cause !
    Je te fais un email William 🙂

  3. Thierry Vallée on 9 décembre 2016 at 18 h 16 min Répondre

    Merci pour cet article, tout à fait en phase avec les questions que nous nous posons actuellement, et les projets sur lequels on bosse !

    Notamment :
    « Pourquoi ne pas pousser plus loin les liens entre coworkers afin d’être capable de répondre ensemble à des projets vraiment ambitieux tout en restant indépendant ? Pourquoi ne pas chercher à utiliser les espaces de coworking pour aider à la réinsertion et l’accès au travail ? »
    Oui et encore oui !

    Thierry, la Locomotive (espace de coworking de Gap, Hautes-Alpes)

    1. William on 9 décembre 2016 at 18 h 20 min Répondre

      Merci Thierry ! Je suis avide de retours d’expériences de ce genre si tu as des premiers retours…

      1. Thierry Vallée on 10 décembre 2016 at 15 h 40 min Répondre

        En 2017 nous allons par exemple mener une expérience (soutenue par le Conseil Départemental) pour accueillir à tarif privilégié des bénéficiaires du RSA qui veulent créer leur propre activité. A suivre…

  4. sophie on 10 décembre 2016 at 0 h 56 min Répondre

    Moi ce qui m’interpelle c’est ça :
    « on ne rassemble pas des gens sans une idée. Depuis son origine, il a toujours été associé à la fois à un service mais aussi à un mouvement. Or, un mouvement repose sur des idées et même des idéaux, et c’est avec ces ingrédients qu’on transforme une masse de gens en un groupe uni et capable d’actions collectives. »
    Tellement vrai et pas que dans le coworking, valable pour les circuits courts (amap) et autres initiatives qui partent des citoyens qui entreprennent…Coworker c’est aussi se réapproprier son travail, sa façon de bosser, son relationnel …
    Coworkeuse à gap à La locomotive

  5. Pascal on 14 décembre 2016 at 21 h 58 min Répondre

    Chez Now coworking nous essayons justement de multiplier ces échanges :
    Dans un même espace nous accueillons bien entendu des freelances mais egalement des teletravailleurs de grandes entreprises, des TPE de 4 a 20 personnes, des entités locales de structures nationales, des personne en repositionnement professionel a travers un parcours de formation en partenariat avec le Greta et Pole Emploi, des etudiants porteurs de projet avec des partenariats universitaires. Et tout ce monde se croise, échange et co-produit.

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