Il est loin le temps où les gens ouvraient des grands yeux quand on leur parlait de coworking. Avec 700 000 coworkers dans le monde, le coworking est devenu une industrie. WeWork par exemple est aujourd’hui valorisée à 10 milliards d’euro ! Ca balance des gros chiffres et ça fait plaisir quand on repense au chemin parcouru depuis 5 ans !

Mais le coworking porte aussi (et surtout) un projet de société pour un monde du travail refondé, pour des travailleurs plus libres, plus heureux et plus efficaces. Avec des objectifs pareils, on n’est pas près de la retraite paisible !

Pas le temps de se reposer sur ses lauriers, voici 4 défis que le coworking devra relever pour aller plus loin dans sa mission

hydre

1) Le business model à fignoler

Même si le succès est là en terme de notoriété ou en terme de fréquentation, même si de nombreux espaces ont réussi à imposer leur marque et à délivrer un service reconnu, le succès financier n’est pas toujours garanti.

Dans ce secteur encore jeune où les charges sont fixes et les revenus variables, et dans un marché composé principalement de freelances et d’entrepreneurs qui ne roulent pas sur l’or, il n’est pas facile de trouver un modèle rentable.

L’indépendance financière est donc loin d’être une donnée évidente pour une grande partie des espaces. Nombreux sont les tiers-lieux qui parviennent à s’en sortir grâce aux aides publiques, ce qui n’est pas très sain à terme, et certains espaces historiques ont même dû fermer leurs portes.

Ce qui ressort de ces difficultés c’est avant tout l’importance du facteur immobilier dans le succès économique d’un projet de coworking. La localisation de l’espace, son prix, sa taille sont absolument déterminants. Les porteurs de projet doivent mettre un soin extrême dans le choix du lieu.

Ensuite, l’un des éléments clés de succès économique est l’ajout de nouvelles sources de revenus. L’évènementiel, la formation ou les services complémentaires peuvent vous sauver la mise.

2) La collaboration à la vitesse supérieure

“Se réunir est un début ; rester ensemble est un progrès ; travailler ensemble est la réussite.”

On peut dire qu’aujourd’hui, le coworking a réalisé les deux premières parties de la phrase d’Henri Ford. Reste à concrétiser la troisième !

Les collaborations entre coworkers sont légions dans les espaces de coworking mais le plus souvent, elles ne sont pas vraiment structurées ni organisées pour aller chercher des missions de manière active et massive. Rares sont les espaces qui peuvent offrir aux coworkers la possibilité d’agir de concert sur des projets ambitieux, de répondre ensemble à des offres importantes.

Le collectif est parfois difficile à mobiliser pour l’action car l’action demande du temps, un engagement fort et exige parfois de faire des choix difficiles, mais la logique veut que l’on aille vers une collaboration plus solide entre les membres d’un espace de coworking.

Sans doute cela passera-t-il par des modèles comme des coopératives internes aux espaces, ou des plateformes capables de faciliter la collaboration ou le travail en équipe de manière plus fluide et décentralisée comme Loomio ou le modèle d’Enspiral.

3) L’hybridation du modèle

Les Fablabs, les espaces mêlants coworking et coliving n’ont pas encore trouvés leur vitesse de croisière. Ils représentent pourtant l’extension des logiques et des méthodes du coworking à des échelons différents.

Ils ouvrent le coworking à de plus en plus de métiers ; artisanat, art, gastronomie, voire agriculture… Dans ces domaines, on en est à peu près là où en était le coworking il y a 4 ans.

Ces hybridations seront pourtant à terme la proof of concept la plus incontestable qui soit pour démocratiser les méthodes du coworking et dépasser largement le cadre des travailleurs indépendants ayant comme outil de travail leurs ordinateurs. C’est pour ça qu’il est très souhaitable de faire en sorte de démontrer leur viabilité.

Le rêve de l’espace de travail total est bien là et semble à portée de main. Le succès de l’initiative des Grands Voisins à Paris montre qu’il soulève la curiosité et l’enthousiasme. Sauf que la complexité de tels projets, et surtout la difficulté à trouver un modèle viable économiquement freine encore beaucoup d’acteurs.

cowo village

4) La défense des indépendants

Les travailleurs indépendants représentent une part croissante de la population active et cela n’est qu’un début ! Pourtant, ils sont moins bien représentés et moins bien protégés que l’immense majorité des travailleurs.

Il faut dire qu’un travailleur indépendant, ça ne fait pas de bruit. Ca exerce toute sorte de métier. Ca ne se voit pas vraiment, ça travaille un peu à domicile, un peu partout. Ca ne se syndique pas, ça ne proteste pas trop, ça ne prend pas trop de place dans le débat public. Et logiquement, un travailleur indépendant, c’est moins bien reconnu légalement, moins bien protégé, moins bien écouté …

Mais les espaces de coworking eux sont visibles, vivants et peuvent transmettre des messages. Ils ont vocation à être des porte-parole et des caisses de résonance pour cette galaxie d’indépendants. Ils peuvent, en s’organisant entre eux améliorer non seulement la condition des freelances mais aussi porter une parole forte dans le débat public.

Il y a deux niveaux d’actions réalisables. Le premier, c’est d’agir soi-même localement, en proposant des formations aux indépendants, des services de mutuelle, ou d’assurance, des assistances comptables ou législatives.

Le second est de s’organiser pour devenir des porte-parole des indépendants, pour faire connaitre leurs méthodes de travail, leurs aspirations, leurs besoins et leur difficultés afin de trouver des réponses intelligentes. Une initiative comme Freelancers Union est à cet égard, très intéressante.

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William

One thought on “Les prochains défis du coworking

  1. Alexandre Bourlier on 28 juin 2016 at 15 h 23 min Répondre

    Encore un bel article. Clairement les indépendants rejettent trop vite le modèle de l’entreprise classique et semblent en oublier les bons côtés, comme la force de frappe, la visibilité, la robustesse, l’entraide interne.

    C’est clair qu’être à son compte c’est fun mais c’est aussi bien précaire, et faible au vu des forces en présences.

    Je l’ai déjà dit mais… sur le point 4 les choses bougent pas mal. Je t’invite à regarder Smart en Belgique par exemple, qui se retrouvent en position de force face aux clients même si j’ai des échos internes que tout n’est pas tout rose encore.

    Ceci dit : bel article ! Toujours cool de sortir la tête du guidon et de penser « formation de la légion 😉 ». L’idéal reste la fameuse phrase des Anonymous :
    WE ARE LEGION […] EXPECT US

    On est nombreux à avoir conscience de l’immaturité que tu soulignes ici et à bosser dur pour imposer ces nouveaux modes de travail comme la norme, et non l’alternative « cool et précaire » qu’elle est aujourd’hui

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