Et si la campagne était le nouvel eldorado des travailleurs indépendants ? Et si les forces combinées de la désindustrialisation et de la révolution numérique allaient conduire à un repeuplement des campagnes par des freelances et des entrepreneurs ?

En fait, le mouvement a déjà commencé. Depuis le début des années 2000, la population rurale augmente à nouveau. Une hausse modeste mais qui met un terme à un déclin rural qui durait depuis 150 ans ! Une hausse qui est possible par l’essor des travailleurs indépendants.

Pour le moment, la plus grosse partie des freelances travaille en ville, dans de grandes métropoles. Ces grandes métropoles sont des lieux de passage, de formation et d’apprentissage. On y construit un réseau professionnel et on y lance une activité. Mais elles sont rarement des lieux où l’on s’établi durablement.

Les premières générations connectées, nées avec internet sont arrivées sur le marché du travail et travaillent souvent dans ces métropoles. Beaucoup d’entre eux sont devenus freelances ou entrepreneurs. Mais que se passera-il lorsqu’ils auront des enfants ? Où iront-ils poser leurs valises ?

Fin du modèle salarial, fin de la nécessité d’une vie urbaine ?

Le salariat est une invention urbaine, née de la révolution industrielle et de la nécessité de concentrer les hommes autour du capital (mine, usine, bureau…). Il n’est généralisé que depuis 60 ans. En 1900, encore 50% des français travaillent dans l’agriculture avec le plus souvent un statut d’indépendant. En 1944, ils représentent encore un tiers des emplois ! C’est finalement dans l’après guerre, et surtout dans les années 1955-1975 que le salariat s’impose comme la norme, et ce n’est pas par hasard si cette période correspond à une explosion de la production industrielle.

Usine

Le salariat et l’urbanisation suivent exactement la même trajectoire et semblent partager un destin commun. Plus les gens se salarient plus le pays s’urbanise, plus il est rural et moins les gens sont salariés.

Mais est-ce l’emploi agricole qui nécessite des travailleurs indépendants ou est-ce le fait de résider en zone rurale qui pousse les travailleurs à devenir indépendant ?

Nous sommes passés au cours du XXème siècle d’une production décentralisée (essentiellement agricole et artisanale) à une production centralisée (industrielle et urbaine). Mais aujourd’hui, l’essor des outils numériques est en train de réduire considérablement la pression centralisatrice. On peut travailler facilement à distance, posséder des outils de production numériques aussi puissants que mobiles, s’organiser de manière plus flexible et plus nomade, travailler par agrégation ponctuelle de compétence …

L’industrie occidentale décline, le taux d’indépendant est passé de 9% en 2007 à 13% et devrait considérablement augmenter à l’avenir. Dans le même temps, l’exode urbain s’établit. La corrélation indépendants/ruraux semble toujours aussi valide …

Les avantages de la campagne pour un freelance

Dans les zones rurales, étendues et faiblement peuplées, l’indépendance et la polyvalence sont bien plus nécessaires qu’en ville.

Les actifs doivent pouvoir être plus autonomes dans leur organisation et leurs déplacements. Les structures lourdes sont moins efficaces. L’indépendant peut travailler au moins une partie de son temps à distance bien plus facilement que le salarié, il a moins besoin de s’implanter dans un endroit où la main d’oeuvre est accessible puisqu’il est sa propre main d’oeuvre et qu’il peut collaborer à distance. Il est mobile et peut se déplacer avec tout ce qui lui est nécessaire si besoin. Cela le rend mieux à même de profiter réellement des avantages de la vie rurale; meilleure qualité de vie, coût de la vie inférieur et logements moins chers, plus de facilité pour élever ses enfants, pour s’aménager un espace de travail chez soi etc.

cerf-volant

Le danger principal de l’installation à la campagne est le risque d’isolement, le manque d’interactions aussi bien personnel que professionnel. C’est ce risque qui aujourd’hui empêche de nombreux indépendants de franchir le pas. Mais ce n’est pas une fatalité.

L’essor des outils numériques rend l’isolement physique moins difficile. Il permet de rester en contact avec ses proches, avec ses partenaires et de continuer à se former. Cela ne résout pas tout mais encourage quand même la tendance. Pour faciliter le repeuplement des campagnes, il faudra mettre dans les années qui viennent l’accent sur l’amélioration du réseau numérique en zone rurale.

L’essor d’une ruralité numérique

 Si la dynamique démographique rurale repart à la hausse, cela ne signifie pas qu’on en revient au XIXème siècle. Les campagnes ne redeviendront pas agricoles, mais elles pourraient devenir numériques.

Aujourd’hui seuls 8% de la population rurale travaille dans l’agriculture. Les autres sont soit des employés du tissu local, soit des salariés travaillant en ville, soit enfin des travailleurs indépendants.

Dans les années 90, de nombreux territoires ruraux ont expérimenté les télécentres dans le but de maintenir les salariés sur place en leur évitant des trajets trop longs. Cette approche par le salariat a conduit à un demi échec des télécentres car bien souvent les salariés eux-mêmes préféraient passer plus de temps dans les transports que de rester en dehors du cadre social de l’entreprise.

Mais depuis quelques années, le coworking rural gagne du terrain et séduit de plus en plus de gens. Il agissent comme des lieux de rencontre pour les néoruraux indépendants et les salariés en liberté. Pour faciliter l’installation, les métiers intensifs en technologies numériques auront besoin d’accès à des lieux d’interactions. Ils sont amenés à devenir des têtes de pont pour les néoruraux.

Depuis la création de Mutinerie Village il y a deux ans, déjà 6 personnes ont décidé de s’installer durablement sur place ou à proximité. Ils savent qu’ils pourront ainsi profiter pleinement des avantages de la vie rurale sans subir le handicap majeur qu’est le risque d’isolement. Et cela n’est que le début …


Cowokring

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William

7 thoughts on “Quand les freelances repeupleront les campagnes

  1. Arnaud D on 6 mai 2016 at 18 h 35 min Répondre

    Très intéressant. Un facteur néanmoins qui n’est pas mentionné ici et qui pourtant pèse beaucoup pour certaines personnes ayant fait ce choix (ou qui hésitent) c’est l’accès à la culture, autre nourriture indispensable et sève d’une vie saine en pro comme en perso. Que ce soit les sorties ciné, théâtre, expos ou encore les échanges humains, le sentiment d’isolement peut se fait sentir au bout d’un moment, a fortiori si l’on a des enfants.
    Sans tomber dans la caricature de « vivre avec les ploucs », il y a clairement des zones où « ça capte mal » et ne pas l’admettre serait hypocrite.
    D’où la nécessité de « retours » fréquents dans les villes pour recharger les batteries culturelles, un luxe que certains n’ont pas tout le temps les moyens de s’offrir.
    Espérons que cela évoluera au fil du temps justement grâce à cet exode progressif.

    1. William on 9 mai 2016 at 12 h 43 min Répondre

      Merci pour ta précision ! Je pense que, dans un premier temps du moins les néoruraux auront besoin de fréquents « arrêts au stand » en ville. Même si l’accès à la la nourriture culturelle est de plus en plus facile à la campagne (qui ne manque pas toujours de culture d’une part et grâce au numérique d’autre part), la ville gardera cette fonction qu’elle a toujours eu même avant la révolution industrielle. D’ailleurs à cette époque déjà, nombreux étaient les ruraux à se rendre régulièrement dans les villes pour cela.

    2. Stephane on 11 mai 2016 at 14 h 33 min Répondre

      Vivre « à la campagne » ne signifie pas forcément s’isoler dans un village de 50 habitants à 40 km de la première agglomération importante, d’ailleurs le fait d’avoir des enfants va aussi nécessiter d’avoir les infrastructures adéquates. Faire 20 minutes de trajet matin et soir pour emmener ses enfants à l’école ou pour simplement faire ses courses n’est pas une réelle amélioration de sa qualité de vie. jE ME SUIS INSTALL2

    3. Stephane on 11 mai 2016 at 14 h 38 min Répondre

      Vivre « à la campagne » ne signifie pas forcément s’isoler dans un village de 50 habitants à 40 km de la première agglomération importante, d’ailleurs le fait d’avoir des enfants va aussi nécessiter d’avoir les infrastructures adéquates. Faire 20 minutes de trajet matin et soir pour emmener ses enfants à l’école ou pour simplement faire ses courses n’est pas une réelle amélioration de sa qualité de vie. Je me suis installé dans une commune de 5000 habitants en Freelance avec les champs à coté du jardin, j’ai été étonné du niveau culturel proposé par la commune avec une médiathèque, des conférences mensuelles sur divers sujets, des animations régulières et spectacles pour différentes catégories d’âges. Alors j’ai pas la fibre et à moins d’être un gros consommateur de streaming, l’ADSL suffit amplement à profiter du numérique.

  2. Alex Bourlier on 9 mai 2016 at 23 h 01 min Répondre

    Je valide « l’arrêt au stand »

  3. […] travailler à la campagne, c'est plus facile en freelance. N'allons-nous pas assister à un repeuplement des zones rurales par les indépendants ?  […]

  4. […] en savent quelque chose. C’est ce qui ressort des diverses discussions que j’ai pu avoir avec ces pionniers d’un nouvel exode urbain. Contraints par leur localisation, ces derniers se retrouvent dans l’obligation de segmenter leur […]

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