Lors des mes expériences comme formateur en permaculture, j’ai pu constater, -à ma surprise et à ma joie- à quel point le sujet attire un public large, divers, curieux et positif. Tous les âges, tous les sexes, toutes les catégories sociales, professionnelles et géographiques étaient représentées. Cela m’a convaincu que le message véhiculé par la permaculture n’est pas un effet de mode ou un phénomène sociologique, mais un reflet profond de l’esprit du temps. Il y a beaucoup de raisons d’en venir à la permaculture : l’intérêt pour l’écologie, l’agriculture ou la botanique, la volonté d’être plus autonome, l’envie d’embellir son jardin ou le sentiment d’une proximité avec les valeurs et principes de la permaculture.

Plus largement, la permaculture touche les gens car elle est une réponse possible à l’usure de plus en plus évidente de notre modèle de société.

Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un peuple plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir.

Alexis de Tocqueville

Cette pensée de Tocqueville, sur la démocratie américaine de son temps résonne d’une manière presque prophétique. Ne sommes-nous pas nous-même à ce moment où le contrôle semble nous échapper ? L’empire consumériste, le royaume de la distraction, la tyrannie du présent et de l’individu nous dépassent et nous étouffent. Et pourtant, les alternatives satisfaisantes ne sont pas légion. Je crois que la permaculture a beaucoup d’atout pour en devenir une !

La méthode permacole dépasse largement l’art d’aménager un jardin, elle donne des clés pertinentes pour retrouver du sens et pour gouverner plus intelligemment des choses complexes. Elle offre des éléments de réponse pour agir aussi bien au niveau individuel que collectif. Elle apporte des solutions très concrètes, pouvant être mises en place immédiatement et fournit une vision à long terme sur des enjeux d’échelle planétaire. Elle s’applique aussi bien au niveau micro que macro.

Une posture ni dogmatique ni nihiliste

L’un des principes essentiel en permaculture est le design, autrement dit, l’agencement des éléments de son système permacole.

Laisser ses poules retourner le sol de son potager en pleine période de semi est une mauvaise idée. Faut-il pour autant blâmer ses poules ? Elles ne font que ce que leur nature leur ordonne : gratter le sol à la recherche de nourriture.

Mieux vaut réagencer ses deux éléments (poules et potager) de manière à obtenir le meilleur des deux mondes. Et les interactions positives entre eux sont nombreuses : le fumier des poules enrichit la terre, le potager peut fournir des grains pour les poules. En définissant un enclos à poules autour du potager, celles-ci peuvent aider à lutter contre l’envahissement végétal et contrôler les parasites en mangeant les larves. En combinant la serre et le poulailler, on peut obtenir un lieu mieux chauffé pour nos amies à plumes et celles-ci en retour, dégagent une chaleur corporelle qui maintient les plantes au chaud pendant la nuit. Et ce n’est que quelques exemples parmi d’innombrables possibilités…

coq

Bien souvent le bien ni le mal ne sont pas présents dans les choses elles-mêmes mais dans leur agencement.

Le design en permaculture repose sur une observation très fine du vivant afin que chacun des éléments de son système puisse générer des effets positifs sur les autres tout en agissant selon sa nature.

Agir pour le bien commun en s’appuyant pour cela sur la nature profonde de chacun. Il me semble qu’il y a là un parallèle intéressant avec la manière dont on pourrait régir les sociétés humaines …

Quoi qu’il en soit, dans le débat public actuel, partagé bien trop souvent entre un dogmatisme caricatural et l’envie de démissionner intellectuellement, ce mode de conception apporte un grand bol d’air frais, fécond et vivifiant !

Cheminer vers l’autonomie

Nos sociétés complexes, hypertechnologiques et ultraspécialisées ont tendance à faire perdre aux individus la vision du sens, génèrent un sentiment de perte de contrôle de son environnement direct et finalement de soi. Cette perte de sens est un mal qui ronge les sociétés occidentales depuis bien longtemps et cause des dégâts énormes bien que difficiles à mesurer. Nous sommes de plus en plus nombreux à en avoir conscience et à agir pour reprendre plus de contrôle sur nos existences.

Nos sentiments d’impuissance, de dépossession et de déconnexion peuvent être largement estompés lorsque l’on commence à appliquer un peu de permaculture dans sa vie.

La permaculture est un guide vers l’autonomie, pas une apologie de l’autosuffisance.

Elle indique des moyens d’agir, de provoquer des « réactions en chaîne » pour pouvoir accéder à davantage d’autonomie (et une meilleure résilience de l’environnement). Par où commencer ? Quelles erreurs éviter ? Quels sont les besoins réels etc.

Enfin, en même temps que se développe l’autonomie matérielle, on réalise que son indépendance intellectuelle augmente parallèlement. Faire les choses soi-même demande de nombreuses connaissances, exige de nouvelles compétences et impose plus de discipline, développe un sens de la responsabilité et la capacité à prendre des décisions. C’est pourquoi l’autonomie ne remplit pas seulement nos besoins matériels mais satisfait en même temps l’esprit et le cœur.

L’autonomie ne s’obtient pas en une nuit et ne se gagne pas en rejetant en bloc tout ce que la société nous apporte. Elle se construit et se conquiert jour après jour, en fonctionnant par petits pas. Elle n’est jamais absolue, elle n’est pas synonyme ni d’isolement, ni de rejet.

Cheminer vers l’harmonie

Quand la société devient un terrain d’expression sans limite pour les égos, les excès et les appétits, la nature est une école de l’humilité et de la nuance salutaire.

Humilité parce que la nature nous place souvent devant notre ignorance et nos limites, parce qu’elle agit à des échelles de temps qui nous dépassent, parce que l’ingéniosité dont elle sait faire preuve nous remet souvent à notre place en ce qui concerne notre propre génie humain.

Nuance parce que la complexité de la nature nous oblige à des visions non binaires, à des décisions réfléchies, modérées et sans cesse remises en question par l’observation. Parce que dans le monde du vivant, où toutes les choses se lient et s’équilibrent, il n’est pas évident d’anticiper les conséquences de ses actions en amont.

La nature, lorsque l’on commence à interagir intimement avec elle, fait éclore en nous des qualités qui font défaut à notre époque pleine d’excès et de démesure. Le cycle de la vie, les sources de la fertilité, la place de chaque chose dans le monde du vivant font prendre conscience d’une forme d’ordre et d’unité au delà du chaos apparent de nos sociétés.

Tournesol

Si la préoccupation environnementale est centrale en permaculture, n’oublions pas que l’écologie n’a même pas besoin d’être justifiée par la pollution, la santé, ou l’épuisement des ressources pour être valable et digne d’être mieux intégrée à nos sociétés. L’écologie est aussi (et peut-être d’abord) intérieure. Elle touche à nos besoins d’harmonie, de sens et de beauté, aussi importants pour l’homme que la pure fonctionnalité.

Il y a une élégance à produire et à faire grandir la vie avec le moins d’énergie possible, comme il y a une élégance pour le peintre à donner en trois coups de crayon la vie et le mouvement à une toile.

Améliorer la vie humaine, animale ou végétale, en quantité, en qualité, en diversité, n’est-ce là une belle et grande mission capable de remplir nos vies d’un sens supérieur ?

 

 

Author

William

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