Faire naitre un univers entier, comme George Lucas, Tolkien ou George R.R Martin, l’inventeur de l’univers de Game of Thrones c’est un peu l’exercice de créativité ultime. Totalement immergé dans un univers fictif dont vous pouvez déterminer les règles et décider du destin de vos créatures, la seule limite réelle est votre énergie créatrice ! Vous êtes le Dieu tout puissant, le Verbe du commencement, le grand ordonnateur du monde…

Etre un Dieu tout puissant -même dans le petit monde qu’on a façonné- est quand même une situation assez peu commune qui pose la question de la créativité sous sa forme la plus parfaite et Game of Thrones nous donne une belle occasion d’en étudier les ressorts profonds et d’en retirer quelques enseignements qui pourraient s’appliquer au boulot comme ailleurs.

Les combinaisons plutôt que les inventions

L’idée n’est pas vraiment importante dans le processus de créativité, dit George R.R Martin, tout est dans l’exécution. La créativité ne réside pas dans l’idée la plus originale.

Elle consiste plutôt dans les manières de combiner ce qui existe déjà ajoute-il dans cet article de Business Insider.

L’univers de Game of Thrones ne cherche l’imaginaire pur, loin de toute réalité humaine. La créativité ne vient pas de nulle part comme peuvent le faire certains mystiques, au contraire, elle prend sa source dans tous les recoins de l’Histoire et s’inspire d’une multitude de coutumes et de mythes.

Difficile de ne pas reconnaitre dans Westeros, une sorte de Grande Bretagne remodelée. Le Nord, avec ses landes et ses anciens dieux, ressemble à l’Ecosse catholique en opposition au Sud et ses nouveaux dieux protestants. Le Mur de glace qui garde les frontières septentrionales rappelle étrangement le Mur d’Hadrien et l’archipel des Iles de fer ressemble à un mélange irlando-viking. Les intrigues pour le trône de Fer de Westeros sont ouvertement inspirées de la Guerre des Deux Roses.

L’empire déchu de Valyria rappelle l’empire romain tandis que sa forme géographique est très proche de la Grèce. On trouve, des petits bouts éparpillés, des Rois Maudits de Druon, des fragments religieux, des lambeaux de mythologie, des grumeaux de personnages historiques…

Bref, George Martin est un pillard sans vergogne ! Il mange à tous les rateliers, mais cette nourriture représente un travail phénoménal de lecture et d’étude. Elle est un préalable indispensable.

La force de la série est de représenter un ensemble cohérent et complet à partir d’éléments aussi divers. La créativité réside dans la combinaison qui, clairement n’avait jamais pris cette forme avant George Martin.

Game-of-Thrones

La contrainte créatrice

Il est rare de trouver dans le même auteur, le génial inventeur d’univers et le romancier capable de décrire les manoeuvres étroites du pouvoir et de la société. George Martin est un de ces auteurs et c’est une originalité de sa série par rapport au genre fantastique habituel de ne pas s’arrêter à une créativité purement « inspirée » pour entrer dans des champs de créativité nés de la contrainte; une source que l’on trouve d’habitude dans des genres littéraires plus réalistes. Certains personnages de la série ressemblent plus à un Bel-Ami ou un Rastignac qu’à un Aragorn ou un Dark Vador ! Il en ressort un monde à la fois plein de souffle, de beauté et de surprise, mais également étouffant, tordu et embrouillé.

Plus l’univers créé devient dense, riche et complexe, plus les personnages ont un historique chargé et des traits de caractère bien définis, plus la cohérence d’ensemble devient difficile à respecter.

Martin créé des règles certes, mais doit ensuite s’y soumettre !

Lors d’une interview, il a lui-même déclaré être obligé parfois d’interroger ses propres fans pour éviter d’écrire des choses incohérentes avec ce qu’il a lui-même créé ! Au bout d’un certain point, le moindre changement engendre une quantité phénoménale d’implication variées.

Pourtant, l’augmentation de la contrainte n’est pas une entrave à la créativité, bien au contraire, elle force à imaginer des solutions nouvelles dans un univers au champ des possibles plus restreint. Coincés dans des situations toujours plus tendues, entourés de pressions contraires, de haines mutuelles, d’impératifs politiques, économiques et d’aléas du sort, les personnages se débattent dans des équations tragiquement insolubles et doivent souvent trouver des solutions inédites.

Nous connaissons tous, au travail ou ailleurs, des gens capables de manoeuvrer dans les petits espaces et de trouver des solutions nouvelles dans des situations qui paraissent bloquées.

Cette créativité pratique, qui est à la fois sens de l’opportunité, capacité à manipuler un ensemble de données complexe, c’est celle d’un Littlefinger, d’un Lord Varys, d’un Tywin ou d’une Cersei. C’est une créativité par le bas, née de la nécessité; mère de l’invention parait-il.

Je ne suis pas à la place de Martin mais j’imagine qu’en cours de route, ses personnages, auxquels il a donné une trajectoire doivent forcément lui échapper, entrainés par leur destin. Leur ayant donné une trajectoire, les personnages de la série suivent leur logique propre et ont dû inspirer à leur créateur de nouvelles idées.

George.R.R.Martin

La création est une composition

Contrairement à plusieurs idées reçues, la créativité n’est pas une chose purement abstraite inspirée par des muses ou un élan mystique.

Cette source existe bien sûr, mais elle est rare et ne compte que pour une petite partie de la capacité créative. Les sources les plus sûres sont bien souvent le fruit d’un travail. D’abord le travail d’inspiration, de documentation, de copie, d’adaptation de redécoupage et enfin, de composition. L’imagination est une force de synthèse qui a besoin d’être nourrie. Et trouver la nourriture qui lui convient est un travail colossal.

Enfin, une fois l’univers posé, les personnages lancés, les règles définies, le jeu commence et l’auteur se retrouve lui-même entrainé par les chocs des personnalités et des évènements. Toutes ces contraintes deviennent alors un moyen formidablement puissant d’imaginer de nouvelles situations. Puisque vous avez posé de nouvelles règles, de nouvelles situations ne manqueront pas de se produire. Vous n’avez plus qu’à les laisser germer et les guider là où vous voulez !

Game of thrones illustre parfaitement les deux grandes sources de créativité ; celle engendrée par l’inspiration et celle qui nait de la contrainte.

Author

William

One thought on “Game of Thrones, l’art de la créativité

  1. Elisa Lucchini on 19 mai 2015 at 12 h 37 min Répondre

    Je ne regarde pas la série mais l’article n’en est pas moins super intéressant !
    Pour plus de détails sur les inspirations de George R.R. Martin, voici deux vidéos d’un gars passionné d’histoire :
    Partie 1 : https://www.youtube.com/watch?v=4XPTCPWTJAk
    Partie 2 : https://www.youtube.com/watch?v=TmTGyLyA0Ck

Leave a Comment

Your email address will not be published. Marked fields are required.