Ah le future of work, encore un sujet d’angoisse pour les travailleurs, de stress pour les managers et de profits pour les consultants !

La peur de l’automatisation succède à celle la robotisation. La toute puissance de l’IA, terme vague sur lequel on projette tout et n’importe quoi, nous annoncerait la fin d’innombrables emplois. Les véhicules autonomes seront déployés massivement dans 10 ans. Il faut donc s’adapter à toute vitesse, oublier les modèles du passé et saisir le futur à pleine main sous peine de voir le futur se saisir de nous avec ses grosses pattes mécaniques.

Mais une question demeure ; sommes-nous capables de nous saisir de ce futur ? Ce futur est-il souhaitable ? Est-il faisable ?

Sorry HAL

L’insoutenable légèreté de la Classe Créative

On annonce un peu partout que près de 50% des métiers d’aujourd’hui seront remplacées par des robots d’ici une génération.

Le travail change et ce n’est pas nouveau. Cette vieille angoisse existe depuis le début de la Révolution Industrielle, et par certains aspects, elle est tout à fait justifiée. L’exode rural, le déracinement de millions de gens de leur terres ancestrales vers des villes-usines a eu par exemple un impact majeur sur la civilisation occidentale toute entière. Et pourtant, on n’oublie souvent que la Révolution Industrielle s’étendait sur 150 ans et l’on estime que le taux de croissance européen de l’époque n’était que de 1% par an. Si l’on met cela en perspective avec la vitesse des évolutions de la révolution numérique, il y a bien de quoi se poser des questions…

Ainsi l’enjeu n’est pas tant de savoir s’il y aura une quantité de travail distribuable suffisante pour tous mais si la majorité des travailleurs pourra être soluble dans les nouvelles exigences professionnelles.

Sommes-nous tous faits pour passer 8h par jour devant un ordinateur ? La ressource humaine est-elle plastique au point que l’on puisse généraliser si rapidement un modèle qui n’a encore aucun précédent dans une épopée humaine où le travail physique avait toujours été la norme ?

Le futur du travail ressemble-t-il à un monde où seule une minorité pourra apporter sa contribution ?

Après tout, nous autres humains sommes les descendants de milliers de générations de chasseurs-cueilleurs, de centaines de générations d’agriculteurs, artisans, ouvriers, guerroyeurs ! Taillés pour le grand air et l’effort physique, programmés pour apprendre en faisant jouer nos mains, pourrons-nous nous épanouir massivement dans des open spaces ? Pourrons-nous devenir tous des communicants, influenceurs, des développeurs, des startupers, des business developpers ?

2001 OdysséeCertes, il y a toujours eu des artistes qui laissaient leurs empreintes sur les cavernes, il y a toujours eu des conteurs, des inventeurs, des prêtres et des seigneurs mais ils ont toujours constitué une petite minorité, une forme d’anomalie sociale dans l’immense masse des travailleurs manuels.

Or, les qualités qui prévalent dans le futur du travail sont celles de cette minorité. Cette minorité que Richard Florida qualifie de classe créative. Florida estime qu’elle représente aujourd’hui 30% de la force de travail américaine, pour 50% des salaires et 70% du pouvoir d’achat disponible. Pourrait-elle demain devenir majoritaire à l’échelle mondiale ?

Une révolution culturelle ou le chaos

La classe créative triomphe comme triomphait la bourgeoisie industrielle du XIXème siècle mais elle pourrait tirer quelques leçons des erreurs du passé.

La révolution culturelle en cours est au moins équivalente à celle qui s’est produite sous la Révolution Industrielle. Savoir la diriger vers un modèle adapté au plus grand nombre est l’un des principaux défis du siècle.

Car si les mentalités ne parvenaient pas à changer assez vite, si le modèle présenté par cette classe culturelle n’était pas synonyme de progrès et d’émancipation pour le plus grand nombre, s’il n’était pas capable de comprendre les besoins, les aspirations de chacun, d’inclure ceux qui en sont actuellement exclus, ce futur du travail produirait des effets dévastateurs sur nos sociétés.

Dans les villes-métropoles, on trouve un aperçu de cette société qui vient. Des créatifs culturels formés, mobiles, intégrés et sur sollicités, produisent l’essentiel de la valeur ajoutée tandis qu’ils ont recours à une population croissante de serviteurs nouvelle génération dégottés sur les plateformes ; chauffeurs de VTC, livreurs à vélo ou bricoleurs semi professionnels… Dans le même temps, les villes moyennes et les zones rurales vidées de leur sève deviennent de simples producteurs de produits de consommation. Est-ce l’idée que l’on se fait d’un futur souhaitable ? D’une société moderne, juste et inclusive ?

On voit s’affirmer toujours davantage le clivage entre les nomades et les sédentaires, entre les mondialistes et les nationaux, entre ceux qui prônent la fin du travail pour tous et les partisans de la valeur travail à l’ancienne.

Ces clivages forment déjà une ligne de partage très nette au sein de l’Occident tout entier. Et cela n’est encore qu’un aperçu cordial de ce qui pourrait arriver.

Les valeurs de la classe créative ont leurs attraits et leurs justifications mais elles restent celles d’une minorité (privilégiée ?) et comportent de nombreuses faiblesses. Savoir les tempérer et les corriger sera l’un des combats du futur; un combat bien plus culturel que technologique.

Une voie médiane reste à trouver. Une voie qui combine l’individualisation des métiers avec la nécessité d’agir collectivement face aux grand défis du siècle. Une voie qui réhabilite le travail manuel tout en l’ouvrant aux avancées technologiques et sociale de notre époque. Une voie qui met tout le monde devant ses responsabilités.

Author

William

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