Le 8 mars s’est tenue la journée internationale des droits des femmes. Le féminisme a revêtu des formes diverses dans l’histoire et reste aujourd’hui un concept protéiforme sujet à controverses. A mes yeux, être féministe, c’est surtout abandonner toute idée pré-conçue de ce qu’est une femme et plus encore de ce que ce doit être une femme. Petit éclairage back to basics sur le sujet…

Mâles, Femelles, Trav, Trans…

Qu’est-ce qu’une femme? Cette question paraît stupide. Mais est-ce parce que la réponse est évidente et sans appel ou plutôt parce ce que justement, à y réfléchir, la réponse est loin d’être simple ?

Quelques rappels de génétique

La 23ème paire de chromosomes humains est composée des célèbres chromosomes sexuels X et Y. C’est cette paire qui détermine le sexe d’un individu. Le sexe d’un être humain est déterminé génétiquement: les femmes sont XX, alors que les hommes sont XY. Enfin, ce n’est pas toujours aussi simple que ça. Il y a en effet parmi nous des individus qui se trouvent dotés tout à la fois des organes génitaux masculins et féminins. Génétiquement, ils peuvent avoir un troisième chromosome et être XXY, ou bien être simplement XX ou encore XY! Bref, même si ça marche quand même assez bien, on ne peut donc pas définir une femme du seul point de vue de la génétique..

Regard du côté du monde animal

Darwin nous a appris à regarder du côté de nos cousins du monde animal pour mieux comprendre ce que nous sommes. Nous pouvons alors nous rendre compte qu’il n’est pas plus facile de définir génétiquement ce qu’est une femelle. Ou plutôt, on observe que la différence entre mâle et femelle est parfois ténue, quand déjà on peut encore parler de mâles et de femelles…

  • Les escargots sont hermaphrodites: ils sont à la fois mâles et femelles, et peuvent d’ailleurs s’auto-féconder.
  • Les Mérous et les grenouilles seraient aussi hermaphrodites: il leur arriverait de changer de sexe, tout comme les dinosaures, rappelez-vous Jurassic Park…
  • Chez les tortues, si les gènes jouent un rôle dans la détermination sexuelle, le sexe d’un individu dépendrait surtout de la température à un moment donné de l’incubation
  • Certaines espèces de mammifères (ex: souris d’Amérique latine), une fraction des femelles sont XY au lieu d’être XX. Les femelles XY sont par dessus le marché plus fécondes que leurs congénères.
  • Chez d’autres espèces (rat-taupe d’Arménie), il n’y a qu’un seul chromosome sexuel, X. Ils sont pourtant bien mâles ou femelles, et jouissent d’une sexualité normale.
  • De nombreux vertébrés à sang froid (ex: reptiles) n’ont tout simplement pas de chromosomes sexuels.

Un étrange monsieur Y

Sans rentrer dans le détail des différents systèmes de détermination sexuelle, le chromosome Y est au cœur de la différenciation sexuelle dans l’espèce humaine: un Y t’es un homme, pas de Y t’es une femme (aux exceptions près qui confirment la règle…). Ce chromosome Y, commun à de nombreuses espèces, n’a néanmoins pas aujourd’hui un rôle toujours aussi tranché. Le chromosome Y a-t-il toujours été celui que nous connaissons ?

L’origine du chromosome Y

Dans une paire de chromosomes classiques, les deux chromosomes sont homologues (jumeaux), or la paire de chromosomes sexuels a cette particularité de ne pas être homologue: X et Y sont très différents, du moins aujourd’hui. Nous savions aussi déjà depuis longtemps que X et Y avaient des points communs. Si cela constitue un premier symptôme de parenté, la réalité est encore plus croustillante que ça !

A l’origine, ces chromosomes, qui ne méritaient pas encore le qualificatif « sexuels », formaient une paire homologue. Le chromosome Y est en fait un X dégénéré

Pourtant, avant que Y ne fasse en effet apparition il y a environ 200 millions d’années, les deux genres existaient déjà (la reproduction sexuée est apparue il y a près de 1 milliard d’année). La détermination sexuelle de nos ancêtres de l’époque nous rappelle naturellement le fameux rat-taupe d’Arménie ou tout simplement les reptiles. A savoir, nous n’avions pas de chromosomes sexuels, et le sexe d’un individu n’était pas déterminé génétiquement, mais surtout par des conditions environnementales (ex: température) au cours de l’incubation.

La nature étant créative, on pourrait imaginer des scénarios plus insolites.. Les intrépides pourront découvrir avec plaisir d’autres mécanismes de détermination sexuelle exotiques.

La malédiction d’Adam

Quand on regarde l’évolution génétique du chromosome Y, il s’avère qu’il évolue beaucoup plus rapidement que ses frères et sœurs. Une étude du MIT publiée dans la revue Nature de janvier 2010 mettait notamment en évidence que si le chimpanzé et l’homme était génétiquement identiques à 99% sur l’ensemble de leurs génomes respectifs, ce niveau chutait à 70% à l’échelle de leurs seuls chromosomes Y. Cela s’explique par le fait que le Y ne se présente jamais en paire homologue YY. Là où tout autre chromosome peut réparer un incident de réplication génétique en dupliquant la séquence perdue depuis son chromosome homologue, le Y accuse de plein fouet toute mutation sans possibilité de backup.

Le chromosome Y est voué à disparaître… d’ici 10 millions d’années

Cette volatilité du Y est mécanique: monsieur Y est en effet coincé dans une spirale de dégénérescence qui l’a déjà rendu plus petit et pauvre que le chromosome X. Aussi des experts prédisent que le chromosome Y est voué à disparaître… d’ici 10 millions d’années selon certains d’entre eux. Ce qui serait d’ailleurs déjà le cas pour notre vénéré rat-taupe d’Arménie, et de sombres poissons vivant dans des lacs russes.

Rat-Taupe

Cela signifie-t-il pour autant que la femme est l’avenir de l’homme ? Voir l’article de Olivier Postel-Vinay sur ce sujet.

Le célèbre australopithèque Lucy était une femme… avec ou sans balloches ?

Lucy est ce célèbre australopithèque fossilisé datant de 3,2 millions d’années qui a été découvert en 1974. Oui, bon, en général, on se souvient surtout de l’excellente chanson des Beatles « Lucy in the Sky with Diamonds » qui a donné son nom à cet hominidé de 1m10. With diamonds… hum and maybe with balls too (genre Cristiano Ronaldo). La question se pose réellement et fait encore l’objet de débats: Lucy est-elle Lucien ?

Lucy, la première femme ?

La raison en est que déterminer le sexe d’un australopithèque fossilisé et incomplet (Lucy était complet à 40%) n’est pas chose si évidente: le manque de mesures (sur d’autres squelettes d’australopithèques de la même époque) ne permet pas de caractériser suffisamment l’espèce de Lucy donc les propriétés morphologiques propres aux femelles de cette espèce. En d’autres termes, notre connaissance de cette espèce ne permet pas d’affirmer définitivement que Lucy était bien une femelle. Codécouvreur de Lucy, Yves Coppens ouvre lui-même la porte au doute.

«Un chercheur de Zurich a défendu la thèse que Lucy était un homme. Pour des raisons anatomiques, avec les personnes de mon équipe, nous sommes presque sûrs que le bassin de Lucy ne peut être masculin. Mais nous ne disposons, parmi tous les restes d’australopithèques retrouvés, que de deux bassins totalement reconstituables: l’un est celui de Lucy, l’autre a été trouvé en Afrique du Sud. Ces deux bassins se ressemblent beaucoup et ça peut vouloir dire qu’il s’agit deux bassins féminins. Mais nous ne connaissons pas le bassin masculin.»

Yves Coppens, codécouvreur de Lucy, interviewé par Libération en 1999

Par ailleurs, utiliser la taille du bassin comme critère discriminant mâles et femelles australopithèques de l’époque de Lucy signifie déjà poser l’hypothèse d’un tel dimorphisme sexuel (différences morphologiques entre mâles et femelles): il n’est finalement pas certain que mâles et femelles aient eu une taille de bassin significativement différente. Ce critère est peut-être une extrapolation abusive du dimorphisme sexuel chez l’espèce humaine d’aujourd’hui.

Face à une telle incertitude, une autre thèse a été proposée, beaucoup plus insolite… Les ossements de Lucy auraient été découverts dans une grotte. Non loin de là, les paléontologues ont relevé un cumul d’os de petits animaux variés qu’ils ont identifié comme restes de repas, c’est-à-dire une poubelle. Compte-tenu de la configuration de la grotte et des autres éléments qui y ont été découverts, ils auraient conclu que le lieu où se trouvait Lucy était la zone de préparation de la nourriture.

Lucy aurait été trouvée dans une cuisine: l’analyse de l’environnement indiquait clairement aux scientifiques masculins qu’il s’agissait d’une femelle

Bon, je n’ai entendu cette thèse qu’une seule fois, au cours d’une conférence sur le féminisme il y a plusieurs années. Je n’ai pas réussi à rassembler d’infos qui puissent l’étayer, mais je l’aime bien. Cette hypothèse constitue à mes yeux une éloquente illustration de ce que peut être le sexisme et une base intéressante de réflexion.

Sources

– L’Etrange Monsieur Y, article d’Agathe Chaigne paru dans Le Monde du 30 janvier 2010

Le chromosome Y Humain, portraits croisés de Françoise Ibarrondo et Gilles Camus

Lucy, Australopithèque sur Dinosoria.com

Author

Maître Boucanier

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