En quelques années, les technologies numériques sont entrées dans nos vies… dans nos boulots, nos relations, dans la rue, dans nos assiettes et jusque sous nos couettes ! Nous sommes saturés d’information, harcelés de requests et de notifications. Nous suintons du like et respirons du tweet à longueur de journée. Nos yeux s’abîment sur des écrans bleus à mesure que nos doigts scrollent toujours plus loin dans des contenus qui nous amusent et nous indiffèrent. 

Il y a de la friture dans le cerveau, la concentration dérape, la mémoire s’enraye, les occasions de diverger sont infinies. L’information déferle sans contexte, sans logique et sans exigence sur des esprits lessivés.

L’accès à l’information, ancien met de choix des élites, est désormais consommé comme de la junkfood.

Il y a de part le monde, des millions d’esprits brillants occupés à traquer votre attention, à meubler votre temps de cerveau disponible à coups d’algorithme ou de marketing. Et ces gens-là ont fait du bon travail. En quelques années, nous voilà harponnés pour de bon, les deux pieds dans un monde radicalement différent.

On s’approche du moment où l’on sera sur smartphone 8h par jour nous dit Uzbek et Rica. Les scénarios de science fiction mettant en scène des hommes sous le contrôle des écrans se sont réalisés plus vite que prévu.

Vers l’idiocratie ?

Qu’en est-il de l’intelligence et du bonheur des hommes ? Cette nouvelle donne numérique nous emmène-elle vers un progrès humain ? C’est au fond la seule question qui compte. Et la réponse est évidemment nuancée. Si ces technologies numériques nous apportent énormément de bonnes choses, elles charrient avec elles des menaces et appellent à rester attentifs.

Certains symptômes sont inquiétants. La baisse des QI dans les pays occidentaux est une réalité, de même que la multiplication spectaculaire des troubles du comportement chez les enfants, les troubles du sommeil, la diminution rapide de notre capacité d’attention et de mémorisation ou du développement des addictions numériques. Pendant ce temps, la dépression occidentale ne montre aucun signe d’essoufflement.

Les technologies numériques, en nous sollicitant constamment, nous rendent parfois incapables d’apprécier le moment présent (syndrome des FOMO), de profiter du calme, de la solitude, de pratiquer un peu d’introspection …

Nous sommes plus que jamais reliés au monde, mais sommes-nous suffisamment reliés à nous-même et correctement reliés à nos proches ?

Allons-nous vers une idiocracie comme le décrivait le film emblématique de Mike Judge ? C’est malheureusement l’impression que donnent certains débats sur nos réseaux sociaux, ou même le constat d’une journée de travail sans cesse interrompue par les diversions numériques. C’est lorsque l’on se rend compte qu’on peine à passer 1h consécutive dans un livre et qu’on était capable de faire mieux quand on avait 10 ans !

idiocracy

La tyrannie des sentiments, l’incontinence des égos, la faiblesse absolue des débats qui succèdent aux polémiques caricaturales entretenues par des excités du hastag sont un peu inquiétants… La foule numérique est en train de trahir le peuple d’internet avec la complicité d’élites qui ne jouent plus leur rôle.

Mais sous ces interférences permanentes, l’esprit humain n’a pas vraiment changé. Il réclame ses moments de contemplation et de solitude. Il trouve encore une joie plus sereine à la poursuite d’objectifs porteurs de sens à long terme. Il aspire toujours à des relations en tête à tête sans interruption. Il demande enfin le temps pour mettre en ordre ce qu’il reçoit et pour articuler ce qu’il pourrait offrir.

Développer une écologie mentale

Cette nouvelle forme de pollution mentale ne doit-t-elle pas faire l’objet d’une réflexion écologique ? Développer une forme de sobriété heureuse numérique n’est-il pas devenu un enjeu essentiel pour nos sociétés ?

Wall-E

Les réactions à ce problème s’organisent déjà et certaines donnent de bons résultats. Nous sortons de la naïveté technophile, nous avons compris que ces outils, comme tous les outils, peuvent libérer ou aliéner selon l’usage que l’on en fait. Nous avons compris que plus d’information ne veut pas dire plus d’intelligence.

L’écologie mentale peut nous réapprendre à consommer moins mais mieux en matière numérique, à choisir avec plus d’exigence ses contenus, à les mettre en perspective, à prendre de la distance. Bref, à construire une philosophie d’équilibre dans l’accès à ces outils fantastiques. Pour que l’outil numérique reste au service de l’homme, il faudra mettre l’accent sur l’éducation, l’éthique et la discipline.

L’enjeu de l’éducation au numérique est un sujet majeur de notre époque. C’est avec une éducation appropriée que nous maintiendrons le contrôle de nos nouveaux outils pour en faire des instruments d’épanouissement plutôt que des nouveaux liens de servitude. Les parents de la silicon Valley ne mettent pas leurs enfants devant des écrans, et l’on commence à réaliser que l’exposition trop précoce aux écrans peut nuire au bon développement des enfants.

Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine, et mieux vaut une tête pleine de bonnes choses qu’une tête farcie de vidéos de chatons !

Chez les adultes, il devient urgent de développer des moyens d’échapper à l’addiction. Des solutions existent déjà. Le succès des séjours de détox numérique, l’essor de la méditation, du yoga ou des sports de plein air montre à quel point le besoin est grand de maintenir l’équilibre mental. Le contact avec la nature est une thérapie redoutablement efficace à notre boulimie numérique. Mais cela doit s’accompagner du développement d’une véritable éthique de l’usage de nos joujous numériques.

Evidement, il reste essentiel de s’armer d’une bonne discipline personnelle et de s’aider au besoin d’outils d’autocontrôle, particulièrement pour les travailleurs indépendants qui ne bénéficient pas d’un cadre aussi structurant que les salariés.

Enfin, l’environnement dans lequel on évolue nous influence grandement. Trainer seul chez soit, exposé à toutes les tentations possibles n’est pas la bonne solution pour qui n’a pas une discipline naturelle de moine shaolin ! Il faut se mettre en situation. Les rapports humains directs directs sont irremplaçables. C’est pour cela que créer un espace de coworking qui privilégie les vraies rencontres et créer un espace de coliving en pleine campagne nous paraissent avoir plus que jamais du sens dans cette drôle d’époque !

 

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William

4 thoughts on “Face à la surcharge numérique, développer une écologie mentale

  1. Philippe Braquier on 5 avril 2018 at 18 h 28 min Répondre

    Et dans ce monde numérique, digital, s’invite la Sophrologie pour reconnecter cette fois le mental au physique et se reapproprier sa concentration, ses ressentis physiques émotionnels psychiques….pour aller vers une prise de conscience de l’instant present.
    Philippe Braquier (medoucine linkedin et c’est tout)

  2. Grégoire on 6 avril 2018 at 12 h 59 min Répondre

    Petit conseil de lecture : « Reclaiming conversation in the digital age ». Par Sherry Turkle. Très bonne journée à tous.

    1. William on 9 avril 2018 at 16 h 13 min Répondre

      Merci Grégoire, le livre a l’air passionnant en effet ! On aura l’occasion d’avoir une conversation là dessus prochainement il me semble .!.

  3. Clémentine Prévost on 9 avril 2018 at 16 h 30 min Répondre

    Super article will, toujours un plaisir de te lire ! C’est très vrai !

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