Le changement de mentalité a été d’une rapidité foudroyante. En l’espace de 7 ou 8 ans, l’idéal des étudiants et jeunes diplômés est passé de la grande entreprise prestigieuse à la jeune startup agile et conquérante. Un nouveau rapport au travail s’est forgé au rythme des progrès numériques, des crises financières et de l’affirmation d’une génération connectée.

La quintessence de ce nouvel esprit de travail, c’est la « culture startup » avec ses mythes, ses héros, ses combats, son esthétique et ses techniques. Culture désormais reprise et magnifiée sur les blogs, dans la presse et les médias. Magnifiée et caricaturée aussi. Rarement pour le meilleur…

startup clichés

Gare au startup washing.

Avec le temps, le pouvoir normatif s’établit partout, même dans les milieux innovants. Une espèce de sacralisation fini par s’installer qui tend à figer arbitrairement les choses et nuire à l’esprit pionnier initial.

Non pas que la norme soit un obstacle systématique à l’innovation, au contraire, la connaissance des normes et des règles peut aider à construire des solutions à la fois nouvelles et viables. Une certaine dose de tradition, un ensemble d’implicites partagés sont même totalement nécessaires.

Le problème vient lorsque la norme devient une injonction et incite les startups à devenir des caricatures d’elles-même.

Startup est un mot valise qui désigne à peu près tout et rien. Les startups prennent un nombre de formes innombrable, avec chacune des cultures, des compétences et des modes d’organisation différents. La culture startup, ne peut pas se résumer en un package clair de normes et de processus. On peut simplement dire qu’elle s’est construite en opposition à des standards trop réducteurs. Sortir des clichés pour retomber en plein dedans, ce serait quand même un peu dommage non ?

idols

Il y a des innovateurs dans des milieux très classiques comme il y a des suiveurs chez les alternatifs. C’est un jeu de rôle vieux comme les sociétés humaines. Rien d’autre à faire, pour y voir clair, qu’exercer son discernement.

Non, il n’est pas nécessaire d’adhérer à tous les mythes de la Silicon Valley pour créer ou intégrer une startup.

Appliquer des méthodes qui ne vous correspondent pas, recruter dans un entre-soi, mimer un comportement qui nous vous ressemble pas… Tout cela n’a jamais rien produit de bon.

D’autre part, la culture est une notion vivante qui n’est jamais figée et s’enfermer dans des ornières n’aidera pas au développement de votre activité, même dans les ornières les plus cool. La vie d’une startup est faite de changements rapides et profonds, les mentalités évoluent avec elle. Après 4-5 ans d’activité, lorsqu’elle commence à pérenniser son activité, lorsque les effectifs ont atteint une certaine masse, l’état d’esprit tend à changer naturellement. Cela n’est pas une mauvaise chose.

Les enjeux et les personnes n’étant plus les mêmes, l’entreprise doit être gérée et pensée différemment. Certains affirment que la culture startup n’est pas soutenable à terme pour une entreprise. C’est une question pertinente …

Une culture fédératrice est une culture dans laquelle les membres du groupe peuvent se reconnaitre. Avant de ressembler à tel ou tel modèle, elle doit ressembler à ses membres.

Ne créons pas de cloisons imaginaires, gardons l’esprit libre ! Gardons la faim et la curiosité, gardons l’oeil ouvert et le jugement indépendant. Cela est beaucoup plus important, et beaucoup plus représentatif de « la culture startup » que les clichés de barbes, de lean management, ou que les émissions de télé-réalité mettant en scène des startupers.

Le vrai esprit startup s’intéresse à l’essence avant l’apparence, à l’ivresse plutôt qu’au flacon.

Le nouveau est toujours bizarre, le plus souvent imperceptible et a la manie de surgir de là où il n’est pas attendu. Il fleurit dans les marges avant de s’imposer comme une évidence. Ce n’est donc pas la peine de regarder ce qui brille déjà, d’écouter avec trop d’attention ce qui se dit tout haut.

L’esprit startup c’est celui qui sait écouter les signaux faibles et s’intéresser aux graines invisibles enfouies sous le sol en se demandant comment faire pour les faire germer à la surface du monde.

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William

4 thoughts on “La culture startup au delà des paillettes

  1. Laurent Assoun on 16 octobre 2015 at 11 h 54 min Répondre

    William,
    BRAVO pour cet article. En effet nous n’avons pas besoin de changement cosmétique mais de changement profond au niveau de notre tissus économique. Le changement participatif est une solution pour effectuer des transformations profondes. Nous devons aussi promouvoir des valeurs intangibles comme la confiance, l’ouverture aux autres (et en particulier à ce qui nous semble bizarre) et aussi considérer que la graine est plus puissante que l’arbre …
    A bientôt
    Laurent Assoun

    1. William on 20 octobre 2015 at 16 h 16 min Répondre

      Merci Laurent !

  2. […] Retrouvez tous les articles de William Van den Broek sur le blog de Mutinerie […]

  3. Businessangel on 11 mars 2016 at 10 h 40 min Répondre

    des idées originales ..et sincères

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