leaving the city

Vers un exode urbain numérique ?

Depuis les années 90, la population rurale est repartie à la hausse en France après plus de 150 ans de baisse continue. La hausse est certes modeste et concerne davantage les périphéries urbaines que les zones véritablement rurales mais elle met fin à un processus présenté comme inéluctable. Plus d’un Francilien sur deux souhaiterait aujourd’hui quitter l’Ile de France ! Et la moitié des candidats au départ se projettent dans une ville petite ou de taille moyenne (moins de 100 000 habitants), devant la campagne (26%) ou la grande ville (18%).

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“J’appelle un ami” La mobilisation du réseau chez les entrepreneurs

Pour cet article, nous inaugurons un projet que nous avions en tête depuis longtemps; faire participer des coworkers à la rédaction et à la publication d’articles de notre blog. Merci à Thérèse de s’être prêtée la première à cet exercice. Thérèse est arrivée début 2013 à Mutinerie, elle est diplômée en conseil et gestion du changement. Son parcours d’étudiante est tourné vers la sociologie et la science politique, connaissances sur lesquelles elle s’appuie pour écrire ses articles et nous apporter des clés de compréhension du monde des startups et de l’entrepreneuriat. Monde qu’elle pratique elle-même puisqu’elle travaille actuellement pour Jogabo, plateforme de mise en relations et d’organisation de matchs de football amateurs; une start-up rencontrée il y’a plus d’un an et demi, alors que Mutinerie occupait précairement ses premiers locaux rue Oberkampf…

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Evoluer en Terre Inconnue

Rares sont les moments où l’histoire suit un déroulement linéaire et prévisible. Rares sont les business plans qui se réalisent fidèlement. La plupart du temps, l’incertitude règne ou des évènements perturbateurs viennent déjouer les stratagèmes les plus subtils… La période que nous traversons a toutes les chances d’être particulièrement agitée et imprévisible, rares sont ceux qui savent à quoi ressemblera le monde dans cinq ans …

Dans cet environnement, comment se positionner et comment se projeter dans l’avenir efficacement ?

Comment agir efficacement lorsque l’on se retrouve « without model » ?

Une bonne question à se poser dans les environnements imprévisibles est « que nous reste-il lorsque l’on s’aventure dans des zones vierges et que les schémas, les repères et les conventions qui prévalaient jusqu’à lors ne s’appliquent plus ? Sur quoi peut-on encore s’appuyer dans ces environnements incertains ? »

Pour y répondre, prenons le cas d’Ernest Shackelton, un explorateur britannique qui a réussi l’exploit de survivre un an et demi au milieu de l’antarctique sans perdre aucun de ses hommes.  Son plan justement était de traverser l’Antartique en passant par le pôle sud. Malheureusement, l’Endurance  son bateau qui devait débarquer l’équipe d’explorateurs s’est retrouvé pris dans les glaces et au bout de quelques temps broyé par celles-ci. A l’issue d’une aventure épique, ponctuée d’exploits impressionnants, Shakelton parvint à rejoindre la Georgie du Sud à bord d’une chaloupe pour trouver des secours… L’aventure de l’expédition Endurance mérite largement le détour et le cas de Shackelton mérite d’être étudié plus profondément.

Le style comme un moyen de naviguer dans l’inconnu

Recherche Hommes pour voyage hasardeux, faible rémunération, froid mordant, longs mois  dans l’obscurité, danger permanent, retour incertain. Honneur et reconnaissance en cas de succès.

Annonce de recrutement pour l’expedition Endurance de Shakelton.

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Shakelton savait qu’il allait mettre les pieds dans l’imprevisible, qu’il s’attendait à l’inattendu et qu’il était dès le départ honnête avec ses collaborateurs ! Il n’était pas victime du triste syndrome de l’Illusion de la Maitrise.

L’illusion de la maitrise

Face à la complexité d’un environnement et à l’angoisse qu’elle génère inévitablement, le travers le plus fréquent de notre époque est de tenter de se réfugier dans les statistiques et les analyses interminables nous donnant l’illusion de maitriser notre environnement. Le meilleur exemple que je connaisse est encore le power point délirant produit par l’Etat Major américain en Afghanistan qui résume la situation du pays en … 326 points (reliés par des flèches) ! « Quand on aura compris cette présentation on aura gagné la guerre ! » déclara le général devant l’immonde graphique ! Ce syndrome se retrouve bien trop souvent dans les conseils d’administrations, dans les gouvernements, parmi les analystes financiers ou les journalistes spécialisés dont les prédictions se révèlent aussi fumeuses que celles de la Pythie en dépit de leurs abords rationnels et logiques !

Aux antipodes de cette logique, Shackelton prend acte du fait qu’il va entrainer son équipe dans des zones inconnues. C’est là sans doute l’attitude la plus sage, la plus honnête et la plus vraie. C’est en prenant acte des limites de la planification et en misant sur ses capacités internes qu’on s’engage sur les chemins du succès.

Loin de décourager les recrues, Shackelton reçut 5000 candidatures de volontaires, prêts à le suivre dans son aventure ! C’est donc qu’il avait su inspirer confiance, une confiance non pas basée sur des plans imparables mais sur les qualités du « Boss » et sur son style unique aujourd’hui souvent étudié comme l’un des plus grands leaders ayant vécu sur cette planète.

Le style, c’est l’homme

Perdus sur leur banquise, Shackelton et ses hommes ne peuvent plus compter sur grand chose pour se sortir du pétrin.  Il n’ont plus leur bateau, plus de cartes valides, plus de contact avec la civilisation, plus de repères …

Et lorsque les repères se sont effondrés, il reste que ce que vous êtes en dehors des « interférences » de l’extérieur; un mélange unique fait de valeurs, de visions, de sensibilité, d’expérience et de tempérament. Appelons cela le style !

Trouver son pôle Nord

Le problème d’une étude de marché, c’est qu’elle s’appuie sur un référentiel mouvant et non sur un point fixe. Les attentes du client par exemple peuvent changer rapidement de même que son pouvoir d’achat etc… Se reposer uniquement sur ces paramètres pour la conduite d’une entreprise est par conséquent dangereux. Où irait un navire s’il avait comme consigne de naviguer uniquement en vent arrière ? Certes il avancerait toujours vite, mais il n’irait nulle part car par nature, le vent ça tourne !

A l’inverse, si l’on choisi un référentiel stable, comme l’étoile polaire ou le nord magnétique, on peut se repérer et donc se diriger n’importe où. Avoir une vision claire, un style affirmé permet de créer ce référentiel car le style n’évolue pas ou très peu. Il est un parti pris, une manière de regarder le monde, d’envisager l’avenir, de considérer son prochain …

Le style résulte d’un parti pris subjectif, mais il permet de créer ce pôle Nord, ce référentiel permettant de se repérer dans les zones non balisées.

Peu importe que la boussole indique le Nord ou le Sud pourvu qu’elle indique un point fixe !

Peu importe que deux styles soient différents car ils permetteront tous les deux de naviguer dans l’inconnu et de donner de la cohérence à ses actions.

Shackelton est un exemple de stabilité, d’endurance, de fiabilité et de solidité. Alors que son équipage contemple avec effroi leur bateau se faire avaler par les glaces, sa réaction tint en une seule phrase mais tellement percutante : « So let’s go home ! » Shackelton inspire confiance et il est l’homme de la situation car il connait son « Nord » psychologique. Il est stable, solide et charismatique.

Agir sur le futur

Dans un monde où tout est connu, où le futur est certain, le style n’existe pas. C’est le règne de l’optimisation. Il existe un « one best way » immuable et les meilleurs sont ceux qui sont capables de s’y conformer le mieux possible. L’évidence, venue de l’exterieur, s’impose d’elle-même. Mais ce monde n’existe pas.

Devant cet état de fait, on peut chercher tout de même à approcher l’optimal unique qui nous échappe ou développer son propre référentiel. Ces deux aspects ne sont pas du tout incompatibles et peuvent être menées conjointement.

Ceux qui sont guidés par leurs propres visions, qui développent leur propre style peuvent devenir des réferences en cas de succès et seront alors imités par d’autres. Le référentiel créé n’est plus seulement le vôtre, il le deviendra pour ceux qui marchent dans vos pas car tout le monde a besoin de cette stabilité pour avancer. Si les gens s’alignent sur votre vision, il sera nettement plus facile de prévoir leur comportement et l’environnement s’en retrouvera moins incertain. Cela vous donne en outre le momentum, vous imprimez le rythme des choses; un atout vital pour tout stratège qui se respecte…

Plutôt que de chercher à entrer systématiquement en conformité avec son environnement, agir selon son style permet de mettre son environnement en conformité avec soi, de le stabiliser par ses propres actions.

Affuter son style

La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend. Dès qu’il la sait, il doit la cultiver. Rimbaud

Arthur

Après avoir vu comment le style pouvait être un « outil de gestion » de l’incertitude efficace, il faut désormais apprendre à maitriser cet « outil », à l’affûter pour en faire une véritable boussole capable de nous orienter dans l’obscurité complète. Le travail sur le style ne suit pas les mêmes regles que n’importe quel apprentissage. C’est un travail sur soi, un travail de vérité qui s’avère le plus souvent éprouvant voire sanguinolent ! C’est enfin un travail que personne ne fera à votre place !

Se connaitre

Comme le dit Rimbaud, il s’agit d’abord de se connaitre à fond, de savoir quels sont ses valeurs, ses qualités, ses motivations profondes. Cela suppose de savoir se regarder en face, de prendre des risques, de se tester, de savoir qui nous sommes au-delà de ce que nous voudrions être ou de ce que la société aimerait que nous soyons. Il ne s’agit pas tant d’apprendre que de se retrouver.

Pour une entreprise, il est tout aussi important de mener ce travail d’auditeur, d’inspecter non pas seulement son mode de fonctionnement, mais d’aller chercher son essence et de la développer.

Si elle a une intuition, elle doit en faire une vision, si elle a un centre d’intérêt elle doit en faire une passion, si elle a une particularité elle doit en faire une identité.

Injecter du sens

Une fois accompli ce travail, nous sommes enfin armés pour repasser ce qui défile sous nos yeux au spectre de notre perception « nettoyée ». Nous devons chercher les significations possibles aux ombres qui s’agitent sur les murs de notre caverne et questionner constamment le sens de ses actions.

Pour une entreprise, il s’agit de questionner ses méthodes et son environnement au filtre de sa propre culture, de sa propre identité. Ses méthodes d’organisation sont-elles adaptées à sa culture où sont-elles une copie inconsciente de modèles préexistants, plus ou moins faux, plus ou moins efficients, plus ou moins applicable dans le contexte de l’entreprise ? Sa communication correspond-elle vraiment à ses valeurs etc ?

Epurer

De même qu’un grand peintre est capable en quelques traits de donner forme et vie à sa toile, une entreprise au style abouti doit savoir atteindre l’essentiel le plus simplement possible.

Lorsque Steeve Jobs reprit la tête d’Apple en 1997, il décida de concentrer son attention sur quatre produits et d’abandonner tous les autres. Ce n’est pas en suivant les avis d’études de marché qu’il prit cette décision (il ne faisait pas grand cas des études de marché) mais en se concentrant sur sa vision fondamentale : créer les ordinateurs les plus simples et les plus beaux possibles. Ainsi, au delà de toutes les « opportunités » que peuvent reveler les études de marché, il faut savoir s’en tenir à sa mission fondatrice et éviter la dispersion.

Devenir un compositeur

En construisant, l’architecte s’éloigne du plan et se rapproche de lui-même.

En pratique, on n’est jamais totalement sans repère, sans modèle. On évolue même presque tout le temps dans un univers plus ou moins balisé. Même au fin fond de l’antarctique, certaines lois restent identiques, certaines connaissances restent utiles… Avant d’être un explorateur, Shackelton était un excellent marin et un homme instruit qui avait une connaissance aigüe de l’Antartique. Le salut de son équipage tient évidemment de ces aspects.

Un grand joueur d’échec base 90% de ses coups sur des choses apprises, sur des stratégies qui ont fait leur preuves. Ce qui fait son originalité réside dans les 10% restants. C’est sa capacité à évoluer dans ces 10% en sachant abandonner les schémas de pensée habituels qui en fait un grand joueur.

Mais même dans un univers largement balisé, le style joue un rôle capital; il permet de sortir d’un état passif dans lequel nous ne sommes que des imitateurs aveugles à un état de compositeur, d’interprete qui joue en conscience et injecte ce qu’il est, son style dans une oeuvre préexistente. Lorsqu’un grand pianiste joue un air de Chopin, ll ne fait pas que repeter ce qui existe, il le transforme et le sublime. Un grand musicien est certes capable d’improviser et de composer mais il en est capable justement parce qu’il a parfaitement assimilé et intériorisé les principes des gammes et les classiques de la musique. C’est de cette manière qu’on doit utiliser la somme des connaissances et des savoirs-faire existants; en conservant sa propre essence et en agissant en conscience.

Des Espaces et des Idées

Je me suis souvent demandé pourquoi certains espaces, certaines villes ou certains territoires ont vu naitre tant d’idées nouvelles ou d’innovations en tous genres. Pourquoi certaines entreprises ont été, ou sont encore des terreaux à idées tandis que d’autres apparaissent incapables de proposer de véritables nouveautés? On pense à Athènes, cette cité si petite par sa taille mais dont la fécondité fut absolument stupéfiante à tous les niveaux (philosophiques, politiques, religieux, scientifiques …) au point qu’elle irrigue encore notre époque.

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Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour les pirates

Ce qui s’est passé à Berlin est loin d’être anodin. Pendant que nous postions un article sur la piraterie et son rôle dans les sociétés à travers les âges,  le « Piratenpartei », ou Parti Pirate, récoltait à Berlin 8,9% des suffrages. Un parti 100% issu de la culture white hat plaçant la transparence des systèmes politiques au coeur de leur programme. 15 députés pirates (sur 130 au total) entrent aujourd’hui au parlement de Berlin. L’image est surréaliste.

Des trentenaires chevelus et barbus, sac à dos et basket, qui circulent tout sourire au milieu d’hommes politiques guindés dans un décor plus que sérieux.

Au delà de l’image qui ne peut laisser indifférent, cette entrée fracassante en politique du jeune parti pirate symbolise l’entrée en politique d’une nouvelle classe, jusqu’alors non représentée par les partis traditionnels; classe que l’on désigne souvent par l’appellation « créatif culturel » (bien que ce parti pirate représente la frange bien geek de ce mouvement).  Impossible en voyant ces images de ne pas faire le lien avec Wikileaks et son rôle dans la reconstruction de l’Islande. Impossible de ne pas penser aux mouvement indignés qui traduisent une désillusion des jeunes face aux pouvoirs politiques traditionnels. Ces nouveaux visages qui bousculent les conventions sont porteurs de promesses pour tous ceux qui réfléchissent aujourd’hui sur de nouvelles façons d’appréhender la politique. Leur apport sera essentiel. Les problématiques de transparence des pratiques politiques, d’ouverture des données publiques (open data), d’implication des citoyens dans les processus décisionnels sont essentielles. Il suffit de regarder les débats de l’assemblée nationale et les mesures adoptées dans le domaine de l’internet pour se rendre compte de la méconnaissance totale de ces sujets par la classe politique.

Il est essentiel de se rendre compte que ces nouveaux élus l’ont été par la masse et à peu de frais  (40 000 euros de frais pour la campagne contre 1,7 million pour le SPD). Il ne s’agit pas comme en France d’un CNN (Conseil National du Numérique) où les sphère dirigeantes nomment des membres. Il s’agit de membres élus. A leur échelle, ils illustrent déjà leurs convictions. Les reportages les montrent, après leur élection, dialoguant via leur ordinateur avec les sympathisants du mouvement.

Une certaine vision de l’écologie

Les rapports qu’ils entretiennent avec les verts sont également emblématiques du mouvement. S’ils partagent un certain nombre de convictions avec ces derniers, ils leur reprochent leur côté propret et rangé. Encore l’une des caractéristiques de cette frange de la population, convaincue par la cause écologique, mais mal à l’aise avec ses représentants politiques. C’est au sein de cette population que se développe notamment les mouvement de consommation collaborative. Ces systèmes, se basant sur l’accès aux biens plutôt que sur leur propriété, ont un impact écologique considérable et sont aujourd’hui regardés de près par les mouvements verts pour la réponse efficace à des problématiques complexes qu’ils proposent. Pourtant les acteurs de la consommation collaborative se revendiquent rarement comme issus directement de l’écologie. Ils mettent en avant le lien social et les économies qu’ils permettent de réaliser au même titre que la réduction de l’impact écologique. Ils intègrent les problématiques écolos dans leur ADN et dans leur mode de fonctionnement sans le brandir comme un étendard castrateur ou comme un argument marketing.

Bref, cette entrée fracassante du parti pirate dans la vie politique berlinoise est bien loin d’être anecdotique. Pour sûr, elle fera des petits.

Elle illustre l’émergence d’une politisation dans son sens noble d’une grosse partie de la population, désabusée par les partis traditionnels, confiants dans les logiques d’intelligence collective et avide de transparence.

Je me réjouis personnellement de voir cette bien chère Berlin, encore une fois, proposer au monde une vision différente de voir et de faire les choses.  Affaire à suivre.

Pirates d’hier et d’aujourd’hui

Lorsque Alexandre le Grand entra dans la tente où l’on détenait le capitaine du vaisseau pirate tombé entre ses mains, il jeta un regard méprisant sur son captif en haillons et lui lança d’un ton sévère :

« Comment oses-tu infester la mer ? »

« Et toi, » lui rétorqua le pirate

« Comment oses-tu infester la terre ? Parce que je n’ai qu’un frêle navire, on m’appelle pirate, mais parce que tu as une grande flotte, on te nomme conquérant ».

L’Histoire ne nous dit pas ce qu’a bien pu lui répondre Alexandre et c’est bien dommage car l’empereur dût être bien incapable de réfuter clairement cette accusation. Cet exemple fameux souligne combien il est difficile de donner une définition claire au phénomène ambigu de la piraterie.  S’il est parfois compliqué de distinguer un pirate d’un empereur autrement que par la puissance, il n’est pas non plus évident de définir le pirate par son activité car dans son histoire multimillénaire, la piraterie a pris toutes les formes possibles et a embrassée un nombre incalculable de causes.

Il y’a presque autant de motifs de piraterie qu’il n’y a de pirates ; certains étaient des brigands cruels (l’Olonais), d’autres furent des mercenaires (Eustache le moine ), des explorateurs, des exilés, des rebelles (Sextus Pompée )… certains sont considérés comme des résistants (Pier Gerlofs ), des héros dans un pays et comme des criminels dans un autre (Francis Drake).

En définitive, savoir si quelqu’un ou non doit être qualifié de pirate est une question dont la réponse appartient à celui qui a le pouvoir.

Anne Pérotin-Dumont

Ce n’est donc pas tant par ses activités ni par le but recherché que l’on définirait le mieux la piraterie. Je crois plutôt qu’être pirate tient surtout à deux choses ; un environnement et une méthode.

Into the Wild; l’Environnement Pirate

Il arrive à certains moments de l’histoire, lorsque les nouvelles découvertes ou les avancées techniques rendent possibles l’exploration de nouveaux territoires, que les civilisations se retrouvent soudainement face à des espaces immenses échappant largement à leur contrôle.

Ces zones, qu’elles soient matérielles ou immatérielles, deviennent accessibles mais restent difficilement contrôlables.

Elles représentent à la fois une source de richesse inestimable, un océan d’opportunités mais aussi un lieu effrayant où les règles qui prévalaient jusqu’alors sont abolies.

C’est précisément là que se trouve le pirate, et c’est je crois, le point commun entre tous les environnements dans lesquels a pu évoluer la piraterie.

Hier, c’étaient l’océan ou les terres encore vierges du nouveau monde qui abritaient les flibustiers, les boucaniers et autres hors-la-loi débraillés. Aujourd’hui c’est sur Internet qu’ils agissent.

  • Comme l’océan au XVIIème siècle, le web est un espace immense et mal contrôlé, n’appartenant à aucune nation, régit par des lois floues, peu nombreuses et largement inapplicables.
  • Comme l’océan au XVIIème siècle, le web est un lieu d’échange où transitent des flux commerciaux colossaux.
  • Comme l’océan au XVIIème siècle, le web est un endroit où les maillages de la société se distendent, où les pressions sociales s’affaissent, entrainant un affaiblissement des dogmes existants.

Ces milieux immenses et chaotiques sont la demeure du pirate, ils sont pour lui son gagne-pain, son refuge et sa culture. Mais ce qui a changé pour le pirate numérique, c’est qu’il n’a plus besoin d’un très coûteux navire pour opérer, un simple ordinateur lui suffit.

La Méthode Pirate

Si l’on a pu qualifier de pirate des personnages ayant des intentions et des motivations très diverses, c’est qu’ils avaient au moins en commun le recours à des méthodes spécifiques. Il me semble très intéressant de se pencher davantage sur la question car ces méthodes me paraissent particulièrement efficaces à l’heure du numérique.

Fuite combative

le pirate, qui n’a qu’un « frêle navire » est généralement confronté directement à des institutions nettement plus balèzes que lui. Par conséquent, l’attaque frontale n’est pas son domaine. Je pense que l’une des méthodes les plus caractéristiques du pirate est ce que j’appellerais la fuite combative.

La mobilité, la capacité à frapper, puis à disparaître est un point commun à tous les pirates, que ce soit sur mer, sur terre, ou sur Internet.

Oui, les pirates sont des fuyards, mais des fuyards constructifs, courageux. Les Etats-Unis n’ont ils pas été fondés par des fuyards anglo-saxons en lutte contre le vieil ordre européen ? Et quelle société va fonder notre génération de fuyards du numérique qui a largement déserté les sphères de l’ancien monde pour les lumières blafardes des écrans d’ordinateurs ?

En prise directe avec le réel

Les pirates sont réalistes. D’emblée, ils se confrontent à la réalité et ne s’en remettent qu’à eux pour subvenir à leurs besoins. Les pirates ne souhaitent pas forcément changer le monde, ils s’en tiennent à un principe que l’on connait  lorsque l’on créé une entreprise, ne pas chercher à vendre quelque chose que l’on utiliserait pas soit-même. Contrairement aux grandes théories élaborées par des idéologues au XXème siècle, dont la mise en pratique réclamait  la création d’un homme nouveau et la prise de contrôle des structures, les pirates prennent comme point de départ ce qu’ils ont, ce qu’ils sont et tentent de faire le maximum pour vivre selon leurs règles propres. Ce n’est pas une utopie magnifique sur le papier mais inapplicable en pratique.

Le mode de vie qu’ils recherchent doit pouvoir être pérenne et durable, ils doivent être en mesure de l’assumer.

L’esprit d’expérimentation

Innover n’est pas une option pour les pirates. Vivants hors du cadre juridique, social et moral traditionnel, dans un environnement mal connu, mal régulé et mal exploité, ils sont obligés de refonder de toute pièce une micro société avec de nouvelles lois, de nouvelles valeurs, des nouveaux rites,  et des techniques inédites… Le vaisseau pirate forme une entité sociale autonome qui doit pouvoir s’auto réguler.

En mouvement perpétuel car pourchassés par des forces supérieures, ils doivent rester mobiles pour rester vivants. Cela les pousse à découvrir de nouveaux lieux, à s’aventurer là ou leurs ennemis ne pourront les atteindre, ce qui fait d’eux des explorateurs.

Mais leur rapport à l’innovation est original. Il n’obéit pas à un schéma « top-down » dans lequel des penseurs/ingénieurs conçoivent en amont un modèle qui sera mis en pratique par la suite, c’est un processus plus organique qui part du constat d’un problème.

Les pirates savent que la nécessité est la mère de la création.

Ce potentiel d’expérimentation est nettement plus puissant aujourd’hui qu’au XVIIème siècle car le gain d’expérience qui autrefois restait trop souvent cantonné à l’échelle de quelques navires isolés peut aujourd’hui être répandu et partagé rapidement sur Internet.

Pirate map

Légitimité et pertinence de la piraterie

La piraterie n’est pas un phénomène marginal correspondant à une période donnée de l’histoire. Elle accompagne les sociétés depuis toujours. Elle semble apparaitre spontanément n’importe où dans le monde dès que les conditions sont réunies.

Pour Rodolphe Durand et Jean-Philippe Vergne, auteurs de l’essai « l’Organisation Pirate« , le phénomène de piraterie est indissociable de la place de l’Etat dans les processus de territorialisation et de normalisation marchande. Si les individus choisissent volontairement de s’organiser en dehors et contre les règles produites par la puissance publique, c’est qu’ils en contestent la légitimité et qu’ils souhaitent mettre en œuvre une alternative.

Les questions soulevées par la piraterie sont aussi légitimes qu’éternelles, normal qu’elles collent aux basques des institutions de manière chronique depuis Alexandre le Grand jusqu’à nos jours;

De quel droit telle ou telle nation, telle ou telle corporation, peut-elle s’approprier un nouveau territoire, demande le pirate. Qu’est-ce qui lui donne la légitimité de contrôler les  échanges dans ces zones encore vierges ?

Les débats qui font rage autour de l’usage et du contrôle d’Internet nous rappellent tout de même étrangement ceux qui ont été soulevés lorsque les nations européennes ont pris conscience de leurs capacités nouvelles à naviguer et commercer sur toutes les mers du monde. Lisez plutôt ce passage de « Mare Liberum » le traité d’Hugo Grotius sur la liberté des mers (1609) :

« Il ne s’agit point ici de la mitoyenneté d’un mur ni du déversement des eaux sur l’héritage voisin, objets d’intérêt purement privé ; il ne s’agit même pas de ces débats fréquents entre les peuples au sujet de la propriété d’un champ sur la frontière, de la possession d’un fleuve ou d’une île ; mais il est ici question de tout l’Océan, du droit de naviguer et de la liberté du commerce. Entre nous et les espagnols, il y a controverse sur les points suivants : l’immense et vaste mer est-elle la dépendance d’un royaume seul, et qui n’est pas même le plus grand de tous ?

Est-ce le droit d’un peuple quelconque d’empêcher les peuples qui le veulent de vendre, d’échanger, en un mot de communiquer entre eux ?

Par les questions qu’elle soulève, la piraterie génère du droit nouveau. Elle invite les institutions à se regarder dans un miroir. Elle questionne les fondements même des règles établies, propose une alternative et pose des limites aux systèmes existants.

Les pirates furent parmi les premiers à établir des règles démocratiques à bord, à récompenser les hommes au mérite (les capitaines et les contremaitres étaient désignés selon leurs capacités et pouvaient être révoqués) et même à établir des systèmes de pensions d’invalidité pour les blessés. Par certains aspects, l’organisation de la « société » pirate, était très proche des aspirations des intellectuels et des réformateurs qui viendront après eux.

Coworking : 5 atouts français

Individualisme, conservatisme, aversion au risque, culte du secret professionnel, voilà quelques-uns des traits de caractère pas très sympathiques souvent attribués aux français quand il s’agit de business… Des caractéristiques pas franchement compatibles avec le coworking, d’autant plus que notre mère patrie est encore à la traine dans ce domaine si nous la comparons à ses voisins européens. Pourtant, la France dispose de plusieurs atouts précieux qui nous laissent penser qu’elle pourrait elle aussi devenir une terre d’accueil pour les espaces de coworking. En voici quelques-uns.

1) Des précédents historiques

Avant même que le concept de coworking n’émerge véritablement, la France fut un temps un pays pionnier pour les communautés créatives.

De puissantes communautés ont commencé à se former en France pendant le siècle des lumières dans les cafés et les salons de certaines personnalités ( comme le café Procope ou l’hôtel de madame de Lambert). Des esprits éclairés s’y rassemblaient fréquemment pour échanger et débattre autour des idées progressistes de l’époque. A la veille des révolutions de 1848, les cercles de libres penseurs apparaissent en France et se fédèrent progressivement jusqu’à la veille de la Commune de Paris. Ces communautés intellectuelles, philosophiques et politiques se rassemblaient régulièrement pour échanger des idées et pour faire évoluer la société. Dans le même temps, on voit se multiplier les ateliers d’artistes où se recréent des espaces communautaires proche de l’esprit de la bohême. Pour tous ces artistes, l’atelier représentait l’espace de la gestation des œuvres. Lieu réel, il est aussi celui dans lequel se construit l’identité fantasmée de l’artiste, philanthrope et prométhéen. Enfin, l’atelier est l’espace de la sociabilité artistique. Ces ancêtres du coworking, nés sur nos bonnes terres de Gaule ne sont-ils pas des exemples encourageants pour les prochaines générations ?

Atelier d'artistes

2) Une protection sociale qui permet de tester ses projets en limitant les risques

Le très haut niveau de protection sociale dont nous pouvons bénéficier est un atout pour le coworking français ; il offre une sécurité financière à ceux qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure risquée de la création d’entreprise ou travailler à leur compte.

En d’autres termes, notre protection sociale nous permet de tester un projet sans prendre des risques financiers excessifs.

Assedics, RSA, prêts d’honneur et aides diverses permettent de tenir financièrement pendant la période de vaches maigres que traversent bien souvent les freelances et les entrepreneurs au début de leur parcours. Si vous tombez malade, vous n’aurez pas à revendre votre ordi ou mettre votre appart en hypothèque pour vous payer des soins, vous serez soignés quasi gratuitement ce qui est loin d’être le cas partout. Relativisez donc votre risque. Les espaces de coworking sont les endroits parfaits pour tester un concept dans les meilleures conditions sans prendre de risque financier excessif.

3) Un tissu urbain favorable

La plupart des agglomérations françaises ont un tissu urbain très dense, organisé en étoile autour d’un centre-ville agréable et stratégique car bien relié par les transports en commun et autres vélib’, bien équipé et offrant une visibilité importante aux entreprises. Malheureusement, ces centres sont coûteux ce qui oblige bien souvent les petites structures à s’installer dans la périphérie lointaine et ce qui force parfois les indépendants à travailler à domicile.

Le coworking s’avère idéal, pour bénéficier des avantages d’une implantation centrale sans en subir les contraintes budgetaires.

4) Un tissu de TPE dense et dynamique mais éclaté

On compte en France 1,25 millions d’entreprises unipersonnelles ce qui représente près de 50% du total des entreprises françaises !

Poussé par la crise économique et boosté par la création du statut d’auto entrepreneur, le niveau de création d’entreprise atteint des records. Pourtant, ces entrepreneurs et ces nouveaux freelances (qui partagent de nombreuses problématiques communes) ne parviennent pas à s’unir ou se fédérer. Les centres d’affaires et les pépinières ne sont pas toujours des solutions adaptées puisqu’ils demandent des investissements plus important, qu’ils sont moins flexibles qu’ils ne résolvent pas totalement le manque d’interaction qui affecte souvent les indépendants.

La création du statut d’auto entrepreneurs est en train de modifier progressivement le paysage français du monde du travail. De nombreuses personnes, anciennement rattachées à une structure d’entreprise ont pu (ou ont dû) prendre leur indépendance et ont quitté les structures d’entreprise traditionnelles. Où sont ces travailleurs aujourd’hui ? Chez eux probablement, et sans doute en train de réaliser qu’il n’est pas forcément évident de bosser en freelance… Dans ce contexte, le coworking serait une solution adaptée pour cette population croissante d’indépendants.

5) Un lien social à reconstruire.

La France est à la recherche d’un nouveau lien social. Nos structures sociales sont sorties salement amochées du XXème siècle. Résultat; un civisme qui laisse souvent à désirer, un individualisme encore dominant et une défiance importante entre les citoyens. Le contrat qui liait l’entreprise aux salariés a lui aussi du plomb dans l’aile. Utiliser les jeunes comme variable d’ajustement et outil de diminution de coûts (et non plus en vue d’embaucher) est devenu monnaie courante pour beaucoup de grandes entreprises françaises. La crise économique renforce le besoin d’entraide et de solidarité entre les citoyens.

Si le coworking parvient à montrer sa capacité à recréer du lien social, il est fort probable qu’il soit plébiscité par les français.

Liberté, égalité, fraternité ou la mort

 

Hippies et Geeks, Même Combat ?

« In loyalty to their kind they cannot tolerate our minds ~ In loyalty to our kind we cannot tolerate their obstruction »

Jefferson Airplane Crown of Creation

Ce cri de guerre est plus que jamais d’actualité et pourrait figurer sur le fronton de Mutinerie, mais ne nous méprenons pas : un espace de coworking n’est pas une communauté hippie. La confusion est commune chez les profanes. Liberté, partage, communauté… ça nous rappelle quelque chose tout ça… et on voit comment ça a fini… Voici donc une petite mise au point.

Le rapport au progrès

Le mouvement hippie est largement dominé par une défiance vis-à vis-de la modernité et des avancées technologiques. Les nouvelles technologies sont surtout appréhendées comme une menace à notre bien-être.

Après les ravages de la seconde guerre mondiale, en pleine guerre du Vietnam, il est forcément difficile de louer un progrès technique qui sert surtout à tuer plus de gens plus facilement.

L’idéologie hippie dominante prône un retour à la nature, elle est emprunte d’une certaine nostalgie romantique. Comme chez Rousseau l’état sauvage est associé à une innocence heureuse. Le progrès en revanche, est dangereux. Nous sommes loin du geek overplugué insatiable de nouvelles découvertes technologiques. Le geek croit au progrès ; il y croit car il en bénéficie directement. Alors que la technologie était vue comme une arme à disposition des puissants, elle peut apparaitre aujourd’hui comme un instrument d’émancipation. Les révolutions arabes (dont nous ne connaissons pas encore les conséquences) ont pu avoir lieu en partie grâce à des objets technologiques très récents. De jeunes informaticiens y sont devenus des héros.

L’organisation de la communauté

Communauté ; un mot fortement associé à la culture hippie qui revient en force aujourd’hui. D’où quelques malentendus… Les communautés hippies se veulent être des sociétés idéales. Malheureusement, les expériences communautaires hippies ont souvent échouées sur le long terme car elles ne permettaient pas le renouvellement nécessaire du contrat social – et avec lui, c’est fatal, des membres constituant la communauté. Les communautés se sont souvent fossilisées autour d’idéaux trop éloignés de la réalité du terrain. Elle ont souffert d’une trop forte consanguinité.

Les désirs des humains évoluant sans cesse, la communauté doit être capable de s’adapter en permanence. Ex Fan des sixties, petite baby doll, sèche tes larmes. Exit la communauté idéale – bonjour la communauté optimale. Nous pouvons définir très simplement la communauté optimale comme celle qui articule au mieux liberté individuelle et intérêt commun.

La communauté optimale n’existe en fait qu’à un instant donné. Elle est constituée par des individus qui à un moment bien précis décident d’unir leurs efforts pour aller ensemble dans une direction commune selon un plan établi.

La communauté geek existe de fait. Alors que la communauté hippie se définit autour d’une sorte de profession de foi idéologique, la communauté geek prend d’abord son sens dans l’action.

La révolution digitale a considérablement fluidifié les rapports humains. Elle permet de trouver plus facilement les gens susceptibles de former une communauté réussie puisque n’importe qui peut potentiellement interagir avec le monde entier. D’où ce paradoxe d’une société individualiste où l’on ne cesse de parler de nouvelles communautés.

Ces nouvelles communautés sont incroyablement dynamiques. Leur niveau d’intelligence collective (crowdsourcing, cloud, open source) est infiniment supérieur aux anciennes. Les Anonymous ne vivent pas tous ensemble dans une ferme et ne se connaissent pas entre eux mais ils forment néanmoins une communauté efficace, unie ponctuellement autour d’objectifs concrets, rassemblée sous le même étendard.

Le mode opératoire

Les communautés hippies se sont constituées comme un rejet de la société de l’époque. Elles se définissent d’abord par opposition. Les hippies s’inscrivent en marge de la société dominante. À l’inverse, le geek va généralement chercher à agir au sein même du système.

Le hippie rejette le système, le geek hack le système.

Le mouvement hippie est fortement influencé par des artistes (musiciens, écrivains, peintres, poètes). Ils poussent un cri d’indignation face à un nouveau monde mercantile déshumanisé. Plus qu’une réelle alternative sociale, le mouvement hippie est surtout une salutaire prise de distance, un coup de pied dans la fourmilière.

Le cyber activiste (hacktiviste) cherche lui à construire un nouvel habitat viable. Il est plus concrètement tourné vers l’action. Il y a souvent chez les hippies un rejet de toute forme d’organisation. Or, une communauté doit être organisée pour être efficace. Les geeks à l’inverse sont obsédés par les nouveaux modes d’organisation.

Le geek n’est pas dans une logique de repli mais plutôt dans une dynamique d’infiltration.

Le mouvement hippie fait partie de notre patrimoine et les leçons ont été tirées. Cet élan a eu un impact global et définitif sur les mentalités. Certaines portes ont été ouvertes. D’autres seront bientôt crochetées.

 

Le Yin et le Yang du travailleur indépendant

Quand Internet vous emporte

Mais comment vous qui cherchiez, pour des raisons toutes professionnelles, la définition du terme sérendipité, avez-vous pu échouer de liens en liens sur cet antique blog spécialisé dans l’étude des mœurs des corvidés ? Vous regardez votre montre ; deux heures se sont écoulées. Vous cliquez frénétiquement sur vos précédents pour comprendre quels nœuds sémantiques ont pu vous amener jusqu’aux corvidés… Et les pages défilent sous votre œil effaré : Wikipédia article « chameau de Bactriane », fichier PDF de comportement animalier, émouvants témoignages doctissimo, détour par Youtube pour regarder des combats épiques entre ours et caribou géant … Et merde … Si ces phénomènes vous disent quelque chose, c’est que vous êtes, comme moi, victime de divergite chronique.

Car internet peut très vite devenir une arme de dispersion massive. Il y’a tant de choses passionnantes à voir en seulement quelques clics ! Tant d’amis qui viennent toquer à votre mur, tant de gens qui viennent vous gazouiller dans l’oreille, tant d’images, de flux RSS, de billets passionnants…

Mais si internet nous emporte parfois vers des lieux de perdition, il permet surtout d’élargir vos perspectives, de vous informer des moindres nouveautés et de vous nourrir de nouvelles sources d’inspiration. Il corrige une tendance presque culturelle que nous avons trop souvent dans le travail, celle de se focaliser à l’excès sur ses objectifs en préparant savamment ses plans de bataille dans son coin sans réellement tenir compte des contraintes nouvelles et des variations de l’environnement. C’est par exemple le cas de nombreux créateurs d’entreprise qui considèrent la rédaction d’un joli business plan comme la première étape de la création. C’est ce que Guilhem Berthollet appelle le syndrome de la business planque.

Activités divergentes, activités convergentes

On peut distinguer deux grandes énergies distinctes mais complémentaires dans les différentes activités que nous menons ; les activités divergentes et les activités convergentes.

Les activités divergentes comprennent par exemple les activités de veille, ou de documentation, les études de marché, les discussions stratégiques et autres échanges para-professionnels ainsi que les twitteries et facebookeries traditionnelles. Elles guident l’action, indiquent la marche à suivre, permettent de garder contact avec la réalité et d’inspirer de nouvelles initiatives.

Les activités convergentes sont plus opérationnelles. Elles comprennent les actions permettant d’aller d’un point A à un point B. Vendre, produire, bouffer du code, remplir des formulaires, écrire un article pour votre blog, produire un business plan sont autant d’exemples d’activités convergentes.

Le taureau et la pieuvre

On pourrait comparer l’extrémiste de la convergence à un taureau dans une arène. Il est puissant, balèze, rapide et endurant mais il a une sale tendance à foncer droit devant. Il suffit que sa cible se décale de quelques centimètres pour qu’il la loupe et parte dans le décor plus énervé que jamais. Le « convergator » abat du boulot comme personne, sa puissance de travail est exceptionnelle mais, faute d’observer son environnement et d’être capable d’adapter sa trajectoire, il tend à viser au mauvais endroit et à faire de mauvais choix.

Taureau corrida

A l’inverse, le divergeur fou est semblable à une pieuvre. Dotée de huit bras pour tripoter tout ce qui pourrait passer à portée de ventouse, et d’un système nerveux hors norme, cette brave bête est d’une curiosité extrême, capable d’apprendre et de s’adapter avec agilité à son environnement. Mais tout admiratif que l’on puisse être envers cet animal, n’oublions pas qu’il reste avant tout un mollusque bien mollasson… Alors, comme Paul le poulpe, le divergeur développera peut-être des talents d’oracle, mais il est plus probable qu’il ne puisse jamais s’extraire de sa condition de créature flasque, condamnée à fuir ses prédateurs en fabricant de jolis nuages d’encre !

Pieuvre curieuse

Les activités divergentes permettent de stimuler la créativité, de repérer les opportunités et d’éviter un grand nombre d’erreurs mais elles ne font pas directement avancer les choses. A l’inverse, les activités convergentes permettent d’avancer, d’éliminer les obstacles entre vous et votre objectif.

Le Yin et le Yang du travailleur indépendant

L’énergie convergente et l’énergie divergente forment en quelque sorte le Yin et le Yang du travailleur indépendant. Il vous faudra trouver le dosage idéal pour atteindre votre pleine efficacité. Si vous avez une sensibilité divergente, il vous faudra vous discipliner pour développer votre capacité d’exécution. Si vous avez une sensibilité convergente, sortez la tête du guidon et cherchez à en savoir plus sur votre environnement.

Pensez à organiser vos journées en respectant un équilibre entre travaux convergents et travaux divergents. Par exemple, donnez-vous une heure le matin (quand votre cerveau est encore tout frais) pour faire de la veille, une heure à midi pour échanger avec toute sorte de personnes qui vous paraissent intéressantes ou mener des réflexions stratégiques avec vos associés, et une heure le soir (tard) pour approfondir vos connaissances dans n’importe quel domaine. Le reste du temps, vous pourrez le consacrer à faire avancer plus concrètement vos activités.

Pensez aussi, si vous cherchez un associé, à respecter un équilibre entre ces deux sensibilités au sein de l’équipe. Le résultat sera détonnant pourvu, bien entendu, qu’un dialogue sain soit possible.

willingness-and-motivation

Coworking : dope ta motiv

Rester motivé, c’est une question de volonté bien sûr, mais c’est aussi, et dans une large mesure, une question d’environnement. Afin de mieux comprendre comment le coworking peut stimuler la productivité des indépendants, revenons sur les déterminants de la motivation que nous avions mentionné dans notre infographie du vendredi.

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